Sur la route …

Votre compte est bon !

Divagations routières

 

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Ce jour-là, c’est aux toutes premières lueurs de l’aube que, la voiture chargée à ras le coffre pour une grande escapade, nous partons de Troyes, le cœur léger et l’espoir chevillé à nos amortisseurs. Ayant une confiance aveugle en notre GPS, nous nous laissons conduire par le bout du nez la voix suave d’une dame qui se cache dans le boitier de l’appareil.

La donzelle, par une étrange facétie de sa part, nous impose un crochet par Foix sans que l’on sache bien pourquoi elle nous proposa ce détour. Naturellement c’est moi qui me fais appeler Gaston par ma passagère qui prenant une carte, découvre l’immense crochet accompli. Je lui réponds que n’est pas Phœbus qui veut, réplique qui naturellement lui cloue le bec, faute de la comprendre tout simplement !

Notre guide peu soucieuse de faire des économies, consent enfin à nous remettre dans la bonne direction. Nous désirons nous rendre à Sète pour un cinq à sept amoureux. Me rendant compte que notre étoile avait sans doute quelques intentions malignes en choisissant cet itinéraire pas innocent, je décidais malencontreusement de faire le plein dans une station Total. Je ne fus pas surpris, je dois vous l’avouer, de voir sur mon écran s’afficher un vingt et un de mauvais augure. Il n’était pas question d’en rajouter, le risque planait sur cette folle équipée. C’est alors que ma passagère, voyant un homme charmant au demeurant, lever le pouce à notre passage, me prie dans l’instant de m’arrêter.

L’auto-quémandeur se précipite vers nous. Il a un accent à couper au couteau, prétendant aller là où le vent le mène, se laissant porter au gré des rencontres. Je le questionne sur son origine et c’est là que l’aventure bascule. Il est hongrois et se prétend fièrement descendant de Huns. Il n’en fallait pas plus pour qu’au prochain rond-point, surgissent vous l’avez deviné, des flics qui répondaient à l’addition de nos talents.

Le gendarme me tendit une curieuse pipette, me demandant de souffler de toutes mes forces. J’avais l’esprit serein de celui qui n’a rien bu mais en dépit de ma sobriété, la chose vira inconsidérément ce qui semble assez normal sur un rond-point. Le fonctionnaire s’empara de ma personne, me poussant sans ménagement dans un panier à salade. J’étais fait comme la romaine !

C’est alors que j’aperçus, fort mari je dois vous l’avouer, ma charmante compagne et son Hongrois filer à l’anglaise à bord de ma voiture. Dans la gendarmerie, devant des pandores hilares, je jurais mes grands dieux n’avoir rien bu. C’est en vain que je proférais ces dénégations qui amusaient plus encore mes tourmenteurs. Piqué au vif, je réclamais une prise de sang pour prouver ma bonne foi.

Hélas, mille fois hélas, j’eus le malheur de dire que j’étais de Rhésus positif. L’information constitua pour mon tortionnaire un aveu. Je me retrouvai avec les menottes au poignet, victime d’un coup de sang qui exigeait qu’on me maîtrisa ainsi. Je passais la nuit au poste tandis que celle qui fut ma passagère, je l’appris plus tard, s’offrait un voyage au septième ciel dans un formule Un avec ce maudit fils d’Attila.

C’est le lendemain qu’on m’informa que l’analyse plaidait en ma faveur et que j’avais été victime d’un malencontreux concours de circonstance. On m’élargit, ce qui il faut l’avouer me faisait une belle jambe. Je ne disposais ni de ma voiture ni de celle avec qui je devais passer une petite fugue galante. J’avais l’air idiot mais à quoi bon l’écrire.

Je décidais de rentrer au plus vite à Troyes et cette fois bien seul. Le train me parut être la solution la plus convenable d’autant plus que j’avais passé une nuit blanche. C’est ainsi que je montais dans un wagon, si troublé par ma mésaventure que j’en oubliais de composter mon billet. Naturellement, ce train disposait d’un contrôleur, une femme charmante certes mais rigoureusement à cheval sur le règlement.

Elle repoussa mes explications, me proposa de me verbaliser ou de me laisser descendre au prochain arrêt. Ayant épuisé toutes mes économies dans cette folle équipée, la bourse vide en dépit des apparences, je fus contraint d’accepter la seconde proposition. Le convoi s’arrêta étrangement au milieu de nulle part, loin de la moindre gare.

Une rivière coulait là, au pied de la voie ferrée. On me poussa sans ménagement et c’est ainsi que je me retrouvai seul, assis sur une plage, à méditer sur mon triste sort. Prendre le train et me retrouver en carafe sur une grève, voilà qui pour une fois ne correspond pas à ce qui arrive habituellement. Au désespoir, j’allais noyer mon chagrin et ma triste personne dans l’onde qui coulait là quand des flots surgit une belle sirène.

La suite ne vous regarde en rien. Je laissais le Hongrois chevaucher celle qui m’avait honteusement abandonné. J’avais désormais une cavalière bien plus agréable et même si mon histoire s’achève en queue de poisson, celle-ci est si charmante que je ne le regrette pas !

Numériquement vôtre.

Charles Trenet - Route nationale 7 - Remastered © Chanson Française

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