La conjuration des parjures …

Le pacte avec le diable.

Raisonnement primaire.

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Un peu partout dans le pays se dressent des bonnes âmes, des militants sincères, des acteurs des mouvements associatifs pour prétendre vouloir participer à la primaire du parti qui se dit Républicain afin de faire barrage à un être hideux, un repris de justesse au sein même de son mouvement, un quincaillier expert en casseroles diverses et souvent avariées. Si la cause est juste, légitime et parfaitement salutaire, elle suppose bien des reniements auxquels ces gens, dans leur aveuglement sont tout disposés à céder.

Nos boutefeux de la politique nationale se disent prêts à apposer leur signature sur un parchemin semé de nids de poule et de dos d’âne, déclarant sur l’honneur-terme si douteux en matière politique qu’il semble illusoire d’y accorder la moindre fiance- partager les valeurs de ce groupuscule idéologique sans foi ni loi. Il conviendrait d’abord d’examiner le sens du partage tel que peut l’exprimer cette sensibilité de notre échiquier électif.

Partager chez les Républicains, c’est tout accorder aux nantis et rien aux plus démunis. C’est s’approprier l’argent public pour financer une campagne électorale fondée sur l’inégalité des moyens entre les différents candidats, c’est faire glisser des enveloppes en papier kraft sous la table afin de favoriser leurs desseins et priver l’état de ressources fiscales … On mesure à travers ces quelques exemples que le partage pour eux est parfaitement inéquitable et que nos naïfs du petit scrutin viendront abonder la machine de guerre de ce parti de quelques deniers pour prix de leur traîtrise ! Quelle horreur …

Quant aux valeurs, il y aurait à s’étrangler d’effroi. Penser que ces gens ont des valeurs ailleurs que dans les paradis fiscaux ou les banques suisses, ce serait déconsidérer leur credo libéral. Seul l’argent compte à leurs yeux : c’est la seule valeur qui mérite de se salir les mains, de trahir sa parole, de tricher, de spolier, de mentir. En dehors du Dieu Pognon, pas de morale, pas de conviction. Et ce serait cette fameuse valeur indexée sur l’Or caché dans les coffres de ces petits marquis à laquelle il faudrait faire allégeance en posant son cachet sur ce pacte avec le diable ? J’en tremble d’effroi et d’indignation.

Je pensais qu’il y avait chez le peuple de gauche un respect de la parole donnée qui évitait pareille forfaiture. Je me trompe. Je ne devrais d’ailleurs pas en être surpris : nous avons pu remarquer depuis cinq ans à quel point les sympathisants du président au pouvoir ont repoussé loin leurs capacités félonnes. La parole a été totalement dévaluée de ce côté-ci de la palette libérale. Mais est-ce encore la gauche ? J’en doute depuis si longtemps qu’après tout, un militant du PS peut parfaitement participer aux primaires de la droite sans se renier le moins du monde.

C’est aux autres, aux vrais militants de l’humain que j’adresse cette supplique ; «  Ne vous salissez pas à participer à cette mascarade, ne donnez ni votre argent ni votre parole pour intervenir dans ce chamboule-tout dérisoire, ne vous déshonorez pas à unir, l’espace d’un scrutin illusoire, votre destinée à cette bande de barons sur le retour ! »

Il est évident que les jeux sont faits, que le pire peut advenir lors de ces prochaines élections. Et alors ? Ne l’avons nous pas mérité en laissant faire sans broncher les renégats des valeurs de gauche ? Ne l’avons-nous pas suscité en acceptant de cautionner une constitution antidémocratique qui donne à une caste véreuse tous les pouvoirs ? N’avons-nous pas participé à l’illusion du vote comme élément démocratique alors que c’est l’argent qui décide du sort d’une élection ? N’avons-nous pas courbé nos échines devant les privilèges honteux que se sont accordés les coquins, les gredins, les fripons qui monopolisent le pouvoir ?

Laissez faire mes amis, ne vous abaissez pas à la farce. L’espoir viendra d’ailleurs que de ces urnes qui reçoivent les cendres de nos espérances. La cinquième République est agonisante : n’allez pas signer le testament de la devise républicaine. Laissez les loups se dévorer, vous verrez qu’à l’heure de la curée, ils se réconcilieront pour mieux dépouiller la nation et les pauvres gens. Cette primaire n’est pas la vôtre ; aucune primaire n’est d’ailleurs la vôtre, vous devriez bien le savoir : les élections ont toujours été de la poudre aux gueux.

Parolement vôtre.

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