Maxime : talentueux accordéoniste hilarant.

Un grand soufflet de liberté.

Quand la musique enchante les mots

 

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Un dimanche gris et venteux sous la chape de plomb d’une période sinistre. Quelques ombres pourtant fuient l’injonction préfectorale à la morosité contrainte. Une à une, des silhouettes furtives pénètrent discrètement dans un jardin accolé aux anciennes murailles d’une cité ligérienne délivrée elle aussi en son temps par la dame Jehanne.

Au-delà du jardin, un rendez-vous a été donné sous le manteau pour qui ne veut pas renoncer au spectacle vivant. Qu’importe les peurs imposées à tous par un pouvoir qui méprise les artistes, des conspirateurs et de dangereux inconscients bravant les interdits pour assister à un concert vivant.

Un jeune accordéoniste de jazz attend ces courageux qui tombent le masque. Il leur apportera un grand vent de liberté avec son soufflet diabolique. Car non seulement ses mélodies réjouissent les mélomanes, enchantent les spécialistes, entraînent les béotiens dans son univers mais qui plus est, le garçon offre une étonnante diversion qui réjouira tout son petit auditoire.

Nourri musicalement au biberon de la liberté qu’octroie le jazz, la vie lui a offert la rencontre du théâtre et justement de ces merveilleux tournois d’improvisation qui donnent des ailes à l’imaginaire. Il s’interrompt au début d’un morceau se lance dans un récit hilarant, noie le poisson tout autant que sa belle-mère, reprend la lente agonie de la dame sur des notes salées venues de Corse. Il joue de la corde sensible, celle de l’humour noir qui fait toujours recette avant que de profiter d’un autre morceau pour entrer en pédagogie par la porte étroite de l’ironie et du rire.

Il est admirable de virtuosité sur son instrument et d’inventivité dans ses saillies, ses longues tirades drolatiques. Le public rit aux éclats puis s’extasie par les mélodies admirablement interprétées. Il excelle dans les deux arts qu’il mêle si habilement qu’on ne sait plus si c’est un concert commenté ou bien une comédie mise en musique. C’est digne des plus grands numéros d’humoriste tout en étant magnifiquement joué.

Maxime est épatant. Il donne l’opportunité de découvrir une musique qui bien trop souvent est réservée aux initiés. Il y a de la jubilation chez lui, une envie folle de se mettre à la portée de son auditoire, de l’amuser tout en lui apportant des notions d’harmonie, d’éclairer la lanterne de ceux qui avancent à tâtons dans ce genre souvent trop élitiste. C’est le bonheur de la découverte mis au service d’une interprétation fabuleuse et d’une simplicité admirable.

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Ces propos désarmants nous permettent par là même de découvrir toute la gamme de son savoir-faire. Il simule à lui seul un orchestre de jazz, nous conduit dans les couloirs du métro parisien pour jouer à contre temps des airs connus et incroyablement distordus. Pour ne pas être en reste, nous nous tordons de rire, ce qui, il faut bien l’avouer est parfaitement incongru lors d’un concert. Quel bonheur.

Il s’autorise à nous entraîner de Vesoul à Vierzon en prenant la clef des champs. Il est tout simplement réjouissant de partager ce voyage musical dans une telle bonne humeur. Le concert s’achève en apothéose avec dans l’esprit de chacun l’envie de retrouver au plus vite ce musicien merveilleux.

Le temps d’une collation et un bonimenteur est invité à clore la soirée. Il a glissé deux ou trois mots à l’accordéoniste lui expliquant le conte par lequel il va débuter. Il n’en faut pas plus pour qu’un duo se mette en place, le virtuose se mettant admirablement au service du récit, le soulignant de quelques notes discrètes. La complicité s’est établie. Maxime ne rangera pas son accordéon et durant trente minutes supplémentaires, il illustrera les farces de son acolyte de rencontre. C’est là la marque des très grands que de se mettre ainsi en retrait avec un tel talent.

Reconnaissancement sien.

Le retour de Gaston © C'est Nabum

 

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