Et maintenant la galette

Elle me reste sur l’estomac.

Quand la fève prend le haricot de vitesse.

 

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Les rois mages étaient-ils de mèche avec des nutritionnistes ? Il est légitime de se poser la question d’autant plus qu’après les agapes de Noël et du Nouvel An, nos trois lascars n’ont rien trouvé de mieux que d’apporter un petit flacon de Mir pour mettre leurs pieds dans des plats propres.

La galette est une forme élaborée de la cerise sur le fardeau stomacal. Une manière fort peu catholique il me semble d’enfoncer le clou après bien des abus et des crises de foie. C’est sans doute pour nous mettre à l’épreuve, que nos trois nomades nous soumettent une nouvelle fois à la tentation, semant qui plus est leur long parcours étoilé de crottes non plus de chameaux mais de chocolat. C’est à désespérer de leur santé mentale.

Rien de surprenant du reste que ces hommes du désert soient arrivés à imposer à la nation tout entière, au cœur de notre hiver souvent pluvieux, une galette sèche. La chose a fait couler plus d’ancre que de salive si bien qu’il fallut mille feuilles pour rendre compte de l’étonnement des premiers cobayes devant une telle pâtisserie roborative.

Plus tard, nos joyeux drilles de Nazareth ont souhaité la fourrer, prenant en compte les réalités climatiques. Une galette dans le plus simple appareil risquait de prendre froid, même en sortant du four. Ils se sont mis en demeure de l’habiller de pâte d’amende afin d’exorciser la répression policière des sbires de Ponce Pilate. Si l’idée était bonne, le prix à payer : 135 deniers avait de quoi vous rester sur l’estomac.

Bonne poire, Balthazar conseilla une délicate compote de pommes au cœur de ce gâteau. Il est vrai que leur trajet jusqu’à la grotte avait été émaillé de nombreux pépins. Voyager sans boussole en se guidant uniquement à une étoile n’est pas sans risque d’autant plus que le guide Michelin n’était pas encore d’actualité. On peut mieux mesurer la complexité de la tâche quand on roule sa bosse sur un chameau.

Gaspard, toujours en désaccord avec son compagnon de route évoqua quant à lui l’option Chocolat. Sa gourmandise légendaire n’ayant aucune limite, le garçon avait dépassé les bornes de la connaissance, proposant un produit qui n’avait pas encore été découvert. Le chameau est certes le vaisseau du désert mais il lui était impossible de voguer jusqu’au Nouveau Monde.

Melchior voulut mettre son grain de sel pour régler cette querelle. N’ayant qu’un caillou sous la main, il le glissa dans la galette. C’est ainsi qu’à tour de rôle ses deux compères se cassèrent une dent par excès de gourmandise. Ils furent bien punis tout en soumettant une idée qui allait faire son chemin à leur camarade : remplace donc ce maudit caillou par autre chose.

La galette, fort indigeste au demeurant avant sans doute besoin d’un additif de nature à faciliter le transit. La fève remplit parfaitement sa mission jusqu’au jour où il fut décrété qu’elle servirait de signe distinctif : une sorte de couronne pour couvrir les deux dents cassées de Gaspard et Balthazar. Tout eut été bien dans le meilleur des mondes si l’enfant Jésus n’avait braillé à tue-tête, prétendant qu’il était le seul roi des lieux.

Pour mettre tout le monde d’accord, la fève fut progressivement abandonnée au profit de figurines pas toujours du meilleur goût, pour distraire les enfants et les plus grands. Voilà résumée cette étrange aventure qui à titre personnel et en tant que bon mécréant, me reste sur l’estomac. Ne vous aventurez pas à me convier à cette cérémonie pâtissière, même accompagnée d’un champagne ou d’un cidre, ce gâteau me reste en travers de la gorge.

Je dois vous en confesser la raison. Voilà un dessert qui fait la part belle aux chameaux et à leurs passagers tandis que moi, l’âne j’étais présent depuis le début de l’histoire. Si vous voulez m’honorer comme il se doit mangez donc des Crottes d'Âne, ces merveilleux petits beignets que l'on déguste le jour du carnaval dans la région de Saint Étienne. Ailleurs on les appelle bugnes, et elles annoncent le début d’un Carême qui nous fera un bien fou.

Patissièrement vôtre

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