L’étrange mystère.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.

L'homo-politicus n'est pas matinal

 

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On me dit que notre marché, depuis quelques semaines, est envahi par de curieux clients qui ne disposent pas de cabas. Curieusement, je n’ai jamais vu ces curieux personnages qui font le pied de grue aux deux extrémités de l’espace commercial. Qu’ont-ils donc pour ne pas s’aventurer entre les étals ? Seraient-ils porteurs d’un étrange virus ?

Il est vrai que cette piste mérite d’être explorée. Ils se parent de tenues seyantes, aux couleurs vives. Ils se regroupent du reste par coloris afin sans doute de ne pas échanger leurs microbes. Ils ont tous à la main une ordonnance qu’ils cherchent à donner également aux clients sains de corps et surtout d’esprit. Eux, on les reconnaît aisément à ce qu’ils ont justement une idée fixe. Faire passer des idées dans un espace dédié à l’alimentaire.

Est-ce parce que leurs propos sont pour la plupart du temps indigestes qu’ils ont besoin de côtoyer les producteurs locaux, ceux qui proposent des produits naturels, à l’opposé de ces artificiels propos glaçants sur papier glacé ? La question demeure en suspens même si le vert est dans l’emballage.

Car pour les uns comme pour les autres, l’environnement est au cœur de la propagande. C’est peut-être la raison de leur présence à la périphérie du marché. Ils se contentent d’environner, de contourner le problème, de rester à la surface des choses, loin du terrain en somme. Seules parfois, les têtes de liste s’aventurent, sans le vêtement distinctif et sans la prescription, au cœur des étalages. Ceux-là ont, m’a-t-on dit la poignée de main spontanée même en pleine crise du Coronavirus. Ils pensent échapper à toutes les contagions sauf à la leur.

Mais de tout ceci, je ne fais que rapporter des propos qui m’ont été soufflés par des gens qui se lèvent plus tard que moi. Moi qui me présente sur le marché à la première heure du matin, quand les vendeurs viennent tout juste d’installer leurs marchandises, jamais je ne croise nos plantons des extrémités. La politique ne doit pas pousser à se lever tôt, sachant que c’est sans doute à cause de cette étrange maladie que l’avenir est totalement bouché.

Je me rends compte qu’ils ne sont guère matinaux ceux qui prétendent à qui veut bien les entendre qu’ils se lèvent chaque matin en pensant à leurs concitoyens. Un réveil qui ne coïncide pas avec le chant du coq. Les têtes de liste ont besoin de se raser pour penser chaque fois à leur future victoire, les autres se font une beauté car tout réside essentiellement dans le paraître. La forme prime sur le fond d’où sans doute ces magnifiques tuniques chamarrées.

Si vous voulez échapper à la distribution de l’incontournable tract qui paraît-il respecte l’environnement, vous feriez mieux, de venir aux aurores. Vous échapperez aux sourires de circonstances, aux mains moites et aux propos affligeants. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt tandis que la suite revient aux fossoyeurs du futur.

Encore quelques semaines à venir importuner les clients de nos marchés. Ensuite, ils reprendront leurs habitudes, fréquenteront les Caps Satan et autres succursales de la mondialisation, celles-là même qu’en fait ils défendent becs et ongles et pour lesquelles, une fois encore, ils veulent s’emparer du pouvoir pour favoriser ces noirs desseins.

Ne vous laissez plus gruger par ces bonimenteurs minuscules. Ils n’ont rien à vendre, c’est d’ailleurs pourquoi ils sont confinés aux confins du marché. À défaut, préférez les produits frais, ceux-là même qui n’ont pas encore pris de fâcheuses habitudes dans l’exercice d’un pouvoir qui par nature, corrompt et vous coupe du réel.

Matinalement leur.

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