Faire le pont.

L’insoluble équation.

De la société de consommation !

 

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Nos jolis mois de printemps aiment à nous offrir de grandes plages de repos, des possibilités d’escapade qui indignent nos chers économistes, toujours à la recherche de dispositions pour rabaisser les travailleurs à la condition de main d’œuvre taillable et corvéable à merci. Pour la compétitivité, pour le profit de quelques-uns, par esprit de lucre, ils envisagent de supprimer des jours fériés.

Voilà une excellente idée qui pourrait bien plaire à Freluquet premier, Prince des puissants et tourmenteurs des gueux et des vieux. Son grand projet consiste à réformer la nation dans le sens du moins disant social. Il faut satisfaire les industriels, les investisseurs, les boursicoteurs sans jamais accorder la moindre pensée à ceux qui sont à l’origine de leur prospérité. C’est le grand principe de la politique actuelle.

Alors ces maudits ponts doivent être abattus. Un peuple heureux est un peuple au travail. Oublier les jours de congés offerts gracieusement par le calendrier. Il convient de revenir à moins de prodigalité, en serrant la vis, on ouvre de nouvelles perspectives de richesse pour ceux qui déjà se gavent copieusement. Merci Macron !

Nos chers amis oublient que durant cette belle période, les hôtels, les restaurants, les centres de loisirs ou d’attraction font le plein. Ils considèrent comme quantité négligeable toutes ces fêtes locales, kermesses, vide-greniers, festivals et autres réjouissances qui affichent complet. Il est vrai que cela ne compte guère dans la grande comptabilité des aigrefins et des margoulins. Seule l’économie boursière vaut la peine que notre Prince se penche sur elle.

Que valent ces réjouissances modestes ? Rien en somme au regard du terrible manque à gagner des sociétés qui échappent systématiquement à l’impôt en France. Que les présidents d’association oublient de payer l’odieuse Sacem et c’est le drame mais qu’un baron d’industrie fasse de l’optimisation fiscale et il aura les éloges de la clique au pouvoir. Il faut accepter cette règle d’un jeu qui nous laisse toujours sur la touche.

Nous sommes les bêtes de somme d’un libéralisme qui n’a plus à considérer ceux qui sont les bras de ses profits immenses. Nous n’avons plus à réclamer notre part, ni augmentation de salaire ni petits avantages comme ces jours de congés pris à la providence, fut-elle parfois divine. Nous devons plier l’échine, ployer sous le joug d’une société qui ne contraint que les plus faibles.

Adieu donc les joyeux ponts de mai. La mesure va arriver soyez en certains. Vous n’avez pas à demander votre modeste part de la prospérité nationale. Tout doit désormais aller dans les poches de quelques-uns. Quant à vous, vous devez comprendre que vous avez déjà bien de la chance de disposer d’un emploi, d’une assurance maladie, de quelques droits encore. Profitez de ce qu’on vous consent encore et surtout, n’allez plus vous réjouir dans de misérables réjouissances qui sentent la merguez et la frite.

Le génie économique est en action. Prochainement sauteront nos ponts, ceux qui nous octroient encore une belle respiration et un peu de bonheur. Le libéralisme n’est pas libéral pour les humbles, les miséreux et les pauvres bougres. Toutes les richesses, tous les plaisirs, tous les bienfaits doivent aller aux mêmes, une infime minorité jouissant sans entrave ni contrainte, à l’abri des obligations communes.

Ce modèle-là est intolérable ; c’est pourtant celui qui est défendu par l'homme pour lequel nombre d’entre-vous ont voté. Alors, puisque vous jouissez pour une des dernières fois de ce privilège, scandaleux à ses yeux puisqu’au plus grand nombre destiné, prenez le temps de réfléchir à ce qui se trame en sourdine dans ce beau pays en voie de devenir une zone de non droit pour les travailleurs.

Colériquement sien

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