Remaniement

Jeux de mains…

Pour des vilains

 

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Rien n’est plus explicite que ce terme qui surgit du chapeau d’un prestidigitateur qui ne fait plus de miracle. Nous étions très nombreux à souhaiter le voir passer la main, nous saluer une dernière fois d’un geste auguste et quitter la place avant l’heure comme le fit son grand modèle désormais, le Général après un référendum perdu. Mais lui, constatant qu’il perd sur toute la ligne remet l’ouvrage sur le métier en changeant de main.

C’est là le sens exact du remaniement, terme sans équivoque qui nous précise que nous serons tout simplement maniés par une nouvelle petite main de la politique présidentielle. Nous allons être malaxés, pétris, pressurés, essorés d’une main ferme et tonique, pleine d’une énergie nouvelle. Point ne sera besoin de lire dans les lignes de la main du nouveau manieur en chef pour savoir le sort qui nous est promis.

Il aura la main lourde, ponctionnant à tour de bras, châtiant les mouvements d’humeur, taxant les plus humbles, frappant une monnaie qui sera bientôt de singe, écrasant les protestations, réduisant en miette les acquis sociaux. Une main de fer qui sera celle de son maître, le grand Manitou du monde nouveau.

C’est malgré tout l’aveu d’un échec cuisant pour la vague des marcheurs. Le pays loin d’avoir pris son pied, doit au contraire changer de braquet, et faire des pieds et des mains pour redresser la barre. Le pied est passé de mode, il ne fut ni léger, ni altier, nous a menés nulle part et restera à jamais entravé par un gros caillou dans la chaussure. Pour changer de dessin à moins que ce ne soit qu’une illusion pour conserver le même diabolique dessein, le grand architecte de la décadence, a donc confié à un manœuvre anonyme le soin de s’occuper du ravalement et du gros œuvre.

Remanier sur les décombres, ce n’est pas nécessairement une bonne idée. Les spécialistes du bâtiment lui auraient soufflé pour sage conseil de se contenter de prendre la truelle et de se satisfaire d’une couche d'apprêt. Mais voilà, personne dans le petit monde des profiteurs et des prévaricateurs d’État n’a envie de toucher au fondement d’une constitution entièrement à revoir. Le remaniement c’est de la poudre aux yeux, une couche de vernis sur les lézardes d’une société qui ne tient plus debout.

Avec le grand Freluquet, nous avons tout d’abord marcher sur des œufs puis découvrant leurs vertus sur le cuir chevelu, nous nous sommes mis à marcher sur la tête. Ça ne suffisait pas, les marcheurs en voulait toujours plus et c’est maintenant sur les mains qu’ils nous feront courir vers le précipice. C’est le sens exact de ce remaniement qui est à la remorque du grand effondrement.

Cette politique tient plus précisément de la brouette javanaise. Position idéale pour nous serrer plus encore la ceinture tout en nous ôtant toute liberté et en s’accordant quelques prérogatives en agissant dans notre dos, le nouveau manieur en chef va se faire un plaisir de nous mettre le nez dans la farine et nous y enfoncer profondément.

La main leste, il nous flattera la croupe, tout nouveau tout beau, avant que de reprendre la main sur tous les dossiers laissés en suspens par une crise dont il convient scrupuleusement d’oublier les enseignements. Remanier c’est donc simplement abattre une main lourde et menaçante sur un peuple déjà à genoux. C’est encore introduire le viol à l’Intérieur, une matraque à la main en guise de pléonasme. C’est enfin une manie dans la maison en marche que de nous prendre pour des gogos.

En définitif ce remaniement n’est qu’un jeu de vilain, la continuité de la correction infligée au peuple. Dans les ministères, on se contente d’une main lourde plutôt que d’une matraque mais l’esprit est le même. Frapper, toujours frapper plus fort et dire que la fessée est désormais interdite. Où vont-ils frapper alors si ce n’est au niveau du porte-monnaie et de nos libertés ?

Je passe la main, ce nouveau manieur ne me dit rien qui vaille. Je crains qu’un jour nous devions en venir aux mains pour nous débarrasser à tout jamais de cette maudite caste qui n’a surtout pas le cœur sur la main.

Manuellement sien.

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