Les comiques-voyageurs.

Pour compliquer la tâche des secours.

 

La communication entrave les secours

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Il n’y a plus le moindre drame sans eux. Ils sont le corollaire incontournable de la désolation, les anges gardiens de la catastrophe, les témoins encombrants de la misère des autres. Nous pourrions penser que leur emploi du temps est si chargé, que ces gens tellement occupés à diriger le pays ne disposent pas d’une minute à eux, ce serait faire fi de leur immense capacité à faire de la place dès qu’il s’agit d’aller parader au cœur des calamités de toute nature.

En dignes représentants du peuple, ils pratiquent ce sport national que constitue le voyeurisme. Ils ont besoin de venir sur place se rendre compte de l’ampleur des dégâts, de la catastrophe humaine ou matérielle. Ils se donnent alors une mine déconfite, tiennent des propos de compassion devant des caméras et des micros qui se sont eux aussi déplacés pour assurer le spectacle.

Le grand cirque médiatique se régale des déplacements de ces comiques-voyageurs, princes en goguette au milieu des secours. Pour eux, il convient de divertir de leurs tâches éminemment plus précieuses, des secouristes, des forces de l’ordre, des élus locaux et le préfet qui auraient c’est certain bien mieux à faire. Mais qu’importe puisqu’ils sont à eux-seuls, la RÉPUBLIQUE qui vient exprimer sa solidarité, sa compassion, son émotion et toutes sortes de formules qu’ils ont d’abord pris le temps de publier sur les réseaux sociaux.

Ne pensez-vous pas que leur place serait ailleurs, là où il convient de gérer, d’organiser, de financer, de penser les moyens d’action ? Il est vrai qu’à y regarder de plus près, d’autres se chargent dans l’ombre d’œuvrer à leur place tandis que leur seul rôle est de se montrer, de pérorer, de serrer des mains et de compatir avec ostentation. C’est le grand guignol qui se déplace au cœur du chaos pour briller, obtenir des voix futures et gagner en popularité grâce à quelques passages d’antenne.

Ils perturbent, ils encombrent, ils ralentissent, ils occupent, ils mobilisent, ils ennuient, ils divertissent en bons comiques-voyageurs. C’est exactement tout le contraire de ce qu’ils devraient faire : « agir efficacement et discrètement dans l’ombre. » Mais là nous évoquons des termes qui leur sont totalement inconnus. L’efficacité est absente de la fonction puisque tout va de mal en pire et qu’aucun d’entre eux n’est capable d’inverser la chose. La discrétion est une faute professionnelle. C’est tout au contraire une présence permanente et inutile qui s’impose dans la corporation. Quant à l’ombre, elle est parfaitement incompatible avec les dorures de leurs ministères, les paillettes de leur existence dorée et les projecteurs des télévisions. Ce ne sont que des artistes de l’illusoire, des prestidigitateurs de la vacuité, des poids morts dans une société qui se passerait aisément d’eux.

Mais pourquoi diable personne n’ose leur botter le derrière quand ils viennent ainsi au plus fort de la crise, au plus pressé de l’alarme mettre des bâtons dans les roues aux vrais acteurs des secours ? Tout au contraire, leur présence attire les autres mouches, les parasites de l’organisation, les satellites de l’effort. Grâce à eux, le désordre vient s’ajouter à la désorganisation, l’encombrement à la panique, la sécurité de leur si précieuse personne à la préoccupation vitale pour des gens sans importance.

Nous devrions couper nos écrans, nos postes de radios, déchirer nos journaux quand un ministre paon, un premier ministre de pacotille, un président marionnette, viennent faire du tourisme politique là où souffre le peuple. À la colère des éléments, à la folie des circonstances nous devrions ajouter notre exaspération devant la gesticulation illusoire de ces pantins pathétiques et totalement inutiles. Les comiques-voyageurs sont la plus indigne manifestation de la vacuité de ce petit personnel sans honneur.

Catastrophiquement leur.

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