L’imbroglio ovale

Quand la farce entre par la porte.

Plaquage sans ballon

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Rien ne va plus dans le monde de l’Ovalie. Le merveilleux pays des Valeurs en a perdu la face, on s’étripe, on se déchire, on se ridiculise sur la place publique et il se murmure même que certains désormais refusent de trinquer avec leurs compères. C’est vous dire à quel point tout fout le camp dans le Rugby !

Il n’y a pourtant pas lieu de s’étonner. Un gredin a pris les rennes de la fédération en effectuant un hold-up sur les élections fédérales. Disposant d’un rouleau compresseur médiatique avec RMC, son ancien employeur, le candidat, ancien ministre d’opérette sous Nicolas premier, ancien entraîneur du quinze de France, a usé jusqu’à la corde de sa faconde et de son image.

Il a bouté les vieux par-dessus, ceux-là même qu’il accuse d’avoir laissé le Rugby français dans la plus terrible crise sportive de son histoire. Le chevalier blanc allait tout changer, redonner du souffle et des victoires par la seule force de sa conviction. Le résultat fut à la hauteur de la rouerie du bonhomme. Des affaires, en veux-tu en voilà, des abus de pouvoir, des arrangements douteux, des préférences clairement affichées dans les coulisses et sur la scène sportive, des défaites et encore des défaites.

La farce a assez duré, a déclaré le Zébulon énervé. Il a renvoyé comme un malpropre l’entraîneur en place, l’accusant même de faute grave pour ne pas payer l’indemnité de licenciement. Il ajoute ainsi la honte au déshonneur d’une première dans ce monde si conservateur. Virer Novès ne lui a pas suffit, il faut encore le jeter aux chiens qu'il a accusés de la rage. L’esprit qui prévalait dans ce sport ne résiste pas à la face obscure de son nouveau président !

Plus le temps passe plus on découvre que c’est la plus totale improvisation à la tête de la fédération. On nomme un entraîneur, ancien comparse du président en lui promettant un collège d’entraîneurs pour l’aider dans sa mission. Des paroles en l’air qui retombent bien vite car rien de cela n’est possible dans un monde devenu professionnel et cadenassé par des contrats en béton.

Alors on se contente de seconds couteaux, d’adjoints libres sur le marché, ce qui est de nature à certifier leurs compétences. Le bon président pourtant ne change pas de cap, il promet un grand pacte de confiance autour de son équipe phare. On continue de le croire, lui qui parle si bien, qui est un meneur d’hommes. La belle farce !

C’est la Bérézina en ovalie. La formation est en capilotade, la championnite a tué les rassemblements des plus jeunes, les éducateurs mal formés singent le rugby de l’élite, font des gamins des lutteurs sans adresse, des robots sans imagination. La complexité des règles qui varient d’une catégorie à l’autre, d’une compétition à l’autre rend totalement hermétique ce jeu englué dans son conservatisme. Rien ne change vraiment dans la maison surtout pas les solutions qui ont échoué depuis si longtemps.

Pire encore, ce jeu est devenu un coupe-gorge. Les chocs deviennent des collisions, les bulldozers ont remplacé les virtuoses, c’est la course aux kilos et à la fonte. Il n’y a plus de place pour le french-flair et l’on va chercher les joueurs de notre championnat dans l’hémisphère sud. De manière assez significative, le nouveau président est de ceux qui ont contribué à cette catastrophe avec son dernier club, Toulon, qui est en la matière le paradigme du jeu insipide.

Tout va à vau-l’eau dans ce petit monde qui se déchire. Le rugby prend une mauvaise pente qui écarte les jeunes de ce sport devenu trop violent, qui désespère les bénévoles dans une fédération opaque, qui n’a pas intégré les changements de l’époque et la nécessité d’inventer un jeu à la française sans copier ce qui se fait ailleurs.

En choisissant pour guide spirituel un homme douteux, le rugby français s’est tiré une balle dans le pied. La cabane est tombée sur le chien, les cochons sont dans le maïs et les faux rebonds ne cessent d’accompagner le parcours d’un Bernard à qui personne ne dira merci quand le bal sera fini.

Ovalement sien.

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