La farce ou la fable au pilori.

Les masques tombent.

L'humour en berne  !

dessin de Goerges Lafosse dessin de Goerges Lafosse

 

Une loi liberticide est la cause d’une contrariété qui touche votre serviteur, accusé soudainement par un État aux abois de divulguer de fausses nouvelles. La belle blague que voilà ! Je suis en effet coupable d’avoir annoncé la création d’un impôt sur les chaussures, un blague de potache qui prenait volontairement le contre-pied d’un gouvernement en marche. Ceci explique mon présent courroux que je ne saurais exprimer autrement que sous la forme d’une riposte proportionnée à l’outrage subi. J’use donc présentement de mon droit à la légitime défense de mon accès imprescriptible à la libre expression.

Il n’est plus question de se gausser du pouvoir qui compte reprendre les choses en main et ne supporte pas qu’on prenne par-dessus la jambe sa politique caricaturale. Si les cordonniers sont les plus mal chaussés, ils devront désormais battre la semelle devant les tribunaux pour prétendre ressemeler une paire d’escarpins présidentiels. La censure rôde maintenant sur les réseaux sociaux et même ce bon Médiapart répond servilement, les doigts sur la couture du pantalon, aux injonctions ou aux roulements d’épaules du pouvoir déboussolé.

Deux mois après sa publication, mon texte : « Un nouveau pas est franchi : En Marche en garde sous la semelle ! » ce pamphlet drôlatique et néanmoins prémonitoire indirectement, se voit honorer d’une dé-publication tout autant intempestive que dérisoire. La fable serait donc restée en travers de la gorge des chiens de garde d’une République bannière, incapable du moindre humour sauf à rire jaune de temps à autre, sur la plus belle avenue du Monde.

Paradoxalement, les mêmes continueront d’honorer la mémoire des humoristes martyres de Charlie Hebdo alors qu’ils seraient les premiers à les clouer au pilori de leur vindicte. Il y a loin des paroles, toujours en l’air et des actes, bassement totalitaires. Comment peuvent-ils confondre, ces maudits censeurs, une fable au ton résolument drôlatique avec une information fangeuse (je me refuse à utiliser l’anglicisme qui désigne la chose) ? Ils ont dû mettre le pied gauche, celui qui ne leur sert jamais, dans un étron canin pour se leurrer de la sorte.

Bien sûr, je vous invite à lire et relire, partager plus encore l’objet du délit, ce pied de nez sans danger qui trépasse ainsi sous les fourches Caudines de leur conception détestable et totalitaire de la liberté d’expression. Il ne sont pas venu fouiller dans mes modestes blogs personnels et je les mets au défi de venir interdire ici aussi, ce pauvre billet sans importance. Vous le trouverez encore ici jusqu’à ce qu’ils fassent appel à la Stasi pour me bâillonner définitivement.

Cette lecture vous fera toucher du doigt de pied le ridicule de ce retrait. Il n’y avait rien dans cette modeste farce qui puisse attenter à la sécurité de l’État et des canailles qui le composent. Désormais, il convient de marcher sur des œufs et d’éviter de commettre la moindre coquille pour ne pas voir rappliquer les poulets de la bien pensance afin de me voler dans la plume insolente.

Dérisoire, pathétique, méprisable, je manque de mots pour qualifier cette décision absurde. Voilà bien cette République de la honte qui continue de se prévaloir d’une devise dont chaque élément la constituant est systématiquement bafoué par ses représentants. Je réclame non seulement des excuses mais le droit d’user d’une chaussure détaxée pour botter l’arrière train de ceux qui ont voulu me faire taire.

Quant à Médiapart, j’ignorais que ce média manquât à ce point de sens d’humour tout autant que de courage. Ne pas voir dans ce texte une simple plaisanterie, accepter de retirer cet article pour satisfaire à une loi scélérate, prouve que les valets sont les plus nombreux dans la presse nationale. J’attends des excuses de la part de la rédaction. Je n’irai pas jusqu’à réclamer le retour de mon billet, ce serait prendre le risque de quelques représailles étatiques.

Je ferai désormais précéder chacune de mes publications de l’avertissement : « Ceci est une œuvre de fiction ou bien d’affliction ! C’est à vous de vous faire votre opinion si le gouvernement et ses Cerbères vous accordent encore l’usage de votre libre arbitre tout autant que de votre capacité à vous faire votre propre jugement ! » La formule est suffisamment longue pour que les esprits étroits de la censure se perdent en incompréhension.

Moqueusement leur.

censure

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.