Le discours d’un roitelet mal embouché.

Dérapages et indignités

Le Poissonnier des médias

m0

 

Nous avons une chance merveilleuse, notre président est un jeune homme résolument moderne, au langage branché et au sourire enjôleur, si bien élevé, si propre sur lui que c’en est une bénédiction. C’est du moins ce que les naïfs espéraient, se fiant à la mine de jouvenceau de ce beau parleur. Ils n’avaient sans doute pas retenu à son passif les hurlements de fou furieux qu’il avait tenus dans l’euphorie d’une campagne électorale triomphale…

Ainsi donc, les vieux croûtons de la politique, de par son action salvatrice et épurative, étaient balayés, laissant place au souffle libérateur et rafraîchissant d’une parole nouvelle soutenue des têtes inconnues. Nous allions voir ce que nous allions voir, la nation enfin en marche vers un avenir radieux. Le gamin jubilait, il avait raflé la mise et pouvait se permettre quelques saillies branchées, afin de prouver à tous, que les temps avaient changé !

Ils changeaient en effet. Balayé la dignité de la fonction, effacé le reste d’unité nationale, jeté aux oubliettes le respect pour les plus humbles. Freluquet premier devint une tornade verbale en bras de chemise, le rictus aux lèvres. Car non seulement ce qu’il ose déclamer est de la plus odieuse abjection qui soit mais en prime, il s’autorise un sourire narquois et une mine satisfaite. Plus il nous avilit, nous salit, nous humilie avec ses propos glaçants, plus il jubile et se sent dépositaire du pouvoir !

Il est le parfait héritier des petits marquis d’autrefois, des nobles confits dans leurs privilèges et leur morgue. Mais qui donc va enfin moucher ce morveux quand il insulte une catégorie sociale, rabaisse une autre, moque un groupe professionnel, se permet des raccourcis honteux, joue le boutefeu sans nuance ? Il dérape à chaque sortie, s’autorise une vilenie pour faire le buzz comme ça se dit dans son langage branché.

Il a fracturé, segmenté, brisé la société, provoqué l’immense colère des invisibles, des exclus, des oubliés. Il a feint le repentir avant que de reprendre de plus belle sa marche en avant à coups de petites phrases assassines, de dérapages verbaux, de répliques ironiques et méchantes. Il n’y a véritablement aucune humanité dans ce personnage, élu pour enfoncer les plus faibles au nom de quelques possédants commanditaires de cette formidable manipulation.

Où sont les philosophes, les intellectuels, les sages, les journalistes ? Qui donc va enfin dresser le procès public de ce triste personnage si mal embouché. Notre langue ne supporte pareille utilisation ! Ce grand lettré, cette bête à concours use de sa culture pour abaisser, casser, insulter, ridiculiser les minorités, les plus vieux, les moins cultivés avec une morgue qui fait passer le petit Nicolas pour un communiant de l’année. Fort heureusement, il a échoué à Normal Sup, voilà bien un professeur indigne...

Nous sommes très nombreux à ne plus tolérer ses propos, à réclamer justice. Il n’est désormais qu’une solution à ce phénomène qui n’est pas le fruit de maladresses explicables par des erreurs de jeunesse mais bien tout au contraire à un choix délibéré de gouverner par la diatribe contre les composantes les plus fragiles de son peuple. Ce monsieur si vulgaire, ce Prince du crachat verbal doit partir. Seule sa démission nous libérera d’une parole humiliante, insupportable, vulgaire et piquante.

Il n’est pas envisageable que dans une démocratie, le mépris érigé en mode de gouvernance puisse ainsi le maintenir en place en dépit de la révulsion qu’il engendre parmi la majorité des citoyens. Dressez donc le florilège de ses turpitudes verbales, faites en des annales, lui qui justement apprécie ce vocable. Le simple rappel de toutes ses répliques justifiera sans problème un départ pour qu’enfin il se taise.

Quand la parole présidentielle est à ce point inspirée par les remugles de la pensée, quand toutes ses expressions sont tirées des latrines, quand l’empathie est à ce point exclue de son discours, quand les propos semblent tous destinés à salir et avilir le peuple, il n’est plus qu’une seule exigence démocratique : « Son silence ! » Le plus vite sera le mieux.

Scandaleusement sien.

m1

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.