Acte de contrition.

Jamais plus…

 

Des-raisons d'état

 

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Notre cher Freluquet, la main sur le cœur et la mine déconfite fait acte de contrition, confession publique tout comme étalage de bons sentiments pour remettre les compteurs à zéro et laver les outrages du passé. On peut admirer la confession publique, en rechercher les motifs, chercher la raison profonde qui motive cette repentance soudaine, s'indigner ou applaudir selon ses convictions, le fond de l'affaire est bien plus sournois.

Ainsi donc, le premier d'entre-nous, se confesse au nom de tous et les yeux dans les yeux, la main sur le coeur, avoue que parfois, la raison d'état suppose quelques entorses à la morale et à la vérité. Parfois, au nom de la raison d'état, il est permis de torturer, d'assassiner, l'essentiel étant que bien des années plus tard, il se trouve un président en mal de légitimité pour en demander pardon.

Prenons acte de cette confession tout en nous démarquant d'un contexte qu'il ne nous appartient pas de juger. Ce qu'avoue le brave naïf en quête de voix, c'est que la politique exige parfois, souvent à moins que ce ne soit toujours, des entraves à la moralité, des entorses aux règles de droit, des crimes au nom de l'intérêt supérieur de la nation.

Il ne fait du reste que confirmer ce que nous subodorons tous, peu ou prou lorsque nous nous disons qu'on nous cache des choses. C'est la loi du genre, nulle nation n'échappe à ce travers tandis que notre grand comédien vient ici se fendre en excuses et en regrets, simplement pour amuser la galerie.

En reconnaissant ainsi un crime d'état, il valide tous les autres, supposés ou probables, qui ne sont toujours pas élucidés. Il reconnaît que la raison d'état peut justifier l'abomination, l'horreur, la torture et le crime. Il ne fait pas que reconnaître une faute, il sous-entend que cette pratique est la règle, la bonne gestion des affaires étrangères et peut-être intérieures.

Nous devrions nous étrangler devant cet aveu qui démontre que notre Démocratie a besoin de dérives ou et de travers ignobles pour maintenir son rang. Il lève dans le même temps le voile sur toutes les affaires louches, les crimes douteux qui émaillent l'histoire de la cinquième République en proclamant ouvertement qu'un gouvernement légitiment élu peut recourir à de telles pratiques.

Il ne s'agit pas ici que de la seule réconciliation franco-algérienne mais bien de la reconnaissance implicite qu'il n'est pas possible de faire de la politique en gardant les mains propres. Si personne n'était dupe, nous n'avions nullement besoin qu'un Président vienne déballer les tréfonds de l'âme républicaine pour engranger quelques voix.

L'indignité a ses limites. L'odieux personnage vient ici de salir tous ses prédécesseurs tout en se présentant implicitement comme un modèle de vertu, un ange purificateur, un parangon de droiture. Nous aimerions le croire en dépit de toutes les ignominies que nous devons mettre à son passif en si peu de temps. Freluquet n'est ni exempt de félonies, ni à l'abri du mensonge et du crime d'état. C'est à n'en point douter, le poids d'une fonction qui n'accepte pas les états d'âme.

En crachant dans la soupe, il entérine l'idée que gouverner c'est nécessairement commettre les plus abominables abjections. Il n'y a aucune raison qu'il n'y eût que ce crime dans la longue série des méfaits commis en notre nom. Le mieux, il me semble est de n'en rien dire et de faire en sorte de mettre un terme à de telles pratiques.

La canaille, bien au contraire, se présente en père la morale sans rien modifier dans la manière de remplir une fonction bien trop lourde pour un seul individu. Il démontre que la fonction le dépasse et qu'en aucune façon il n'est de taille à l'assumer. C'est bien là la seule évidence dans le nouveau dérapage de ce triste sire.

Hypocritement sien.

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