Ils ont les dents longues.

Le sourire canin des prétendants.

Chamboule tout et convainc personne

 

a1

 

 

La campagne électorale a ceci de merveilleux qu’elle met en lumière des comportements qui ne s’exprimaient guère dans le cours ordinaire de l’existence. C’est parce qu’il y a une lutte sans merci pour prendre ou garder un pouvoir qui d’après ce qu’on entend souvent de la bouche des élus en place est d’abord une charge, une lourde responsabilité difficile à assumer et un simple devoir contraignant et épuisant qu’on se rend compte soudainement que la place vaut sans doute bien plus que cela pour mériter pareille bataille de chiffonniers.

Les dents rayent le parquet d’une salle de réception que chacun entend bien investir à son tour. Les crocs ainsi acérés, tout naturellement nos joyeux drilles bavent sur leurs adversaires par subalternes interposés. Il arrive même que des petits toutous venus des loges viennent mordre les mollets d’un candidat trop dangereux placé en tête des sondages tandis qu’une colistière, portée aux joutes de l’assemblée retrousse ses effets de manche pour dire tout le mal qu’elle pense d’une tête de liste, à la gorge de laquelle elle saute impitoyablement pour justifier sa place.

La peste est dans la cité. Les regards sont brillants, les bajoues débordent d’une salive qui contient sa dose de venin, les uns suivent à la trace la prochaine proie pour découvrir dans son parcours un os à ronger avant que de l’exposer sur la place publique. La curée est à ce prix, il faut du graveleux, du saignant, du sordide, de l’indigeste pour lancer les chacals et les charognards sur le malheureux qui ose se dresser devant le mâle dominant.

La ville bruisse d’un râle surprenant, non pas un brame guttural pour séduire les femelles de la place, mais un hurlement de mort dans le soleil couchant. Les loups sont dans la place, pas les braves canidés auxquels on attribue tous les maux de la terre, mais bien les véritables prédateurs de la caste politique, capables de toutes les bassesses pour tenir la place. Les plus dangereux, sont ceux qui ont la rage et s’attaquent sans pitié aux vieux solitaires, aux jeunes bêtes isolées, aux malades et aux exclus.

La meute s’abreuve de chair fraîche, de rumeurs malsaines, de propos déformés. Le réseau se fait asocial, il devient la forêt primaire d’une lutte d’appropriation territoriale qui laissera un charnier derrière elle. Les victimes seront bien plus nombreuses que les triomphateurs du moment tandis que seuls quelques uns de la liste gagnante tireront les marrons du feu. Les autres ne seront que des comparses, qui une fois la basse besogne accomplie n’auront plus le droit d’ouvrir la bouche.

Le spectacle me laisse pantois. Ça sent la mort, l’hallali sonne le glas d’une démocratie apaisée. Les morsures dans le dos, les accrocs à la déontologie républicaine, la courtoisie citoyenne en prennent pour leur grade. Le champ de ruines laissera des amers et des déçus, des revanchards et des blessés, des dégoûtés et des indignés tandis que le vainqueur, proclamera haut et fort sa volonté de réunir tout le monde autour de lui.

La belle affaire que voilà. Le pardon se gagnerait dans les urnes tandis que toutes les saloperies distillées durant la traque seraient immédiatement oubliées, effacées dans le camp du grand gagnant seulement ? Permettez moi d’avoir un doute. Les couteaux resteront tirés, les griefs ne seront pas rangés, la bataille continuera en sourdine tandis que l’on fera taire ceux qui se sont gaussés de cette farce.

La place sera faite aux sournois, aux hypocrites, aux valets qui sont restés à l’écart de la farce. Malheur à ceux qui s’en sont moqués. Quel que soit le gagnant, la vérité n’étant pas bonne à dire, ils seront impitoyablement chassés. Tendre un miroir déformant est pire encore que de participer à la chasse dans une des meutes en présence. Il faut en accepter l’augure ! Qu’importe ! Ils méritent bien qu’on leur dise combien ils sont odieux, combien ils déshonorent la fonction à laquelle ils aspirent. Hélas, les dents trop longues empêchent indubitablement de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant que de prononcer une phrase assassine.

Carnivorement leur.

a2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.