Une autre manière de raconter Orléans.

Anti-guide pour non-organisation

La Loire pour décor

 

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Pas moins de trente personnes avaient répondu à mon invitation transmise uniquement par les réseaux sociaux pour découvrir l’histoire de la ville d’Orléans, à travers les récits décalés et un tantinet blasphématoires d’un Bonimenteur toujours de mauvaise foi. Je ne peux que me réjouir de ce succès d’autant plus méritoire que je ne dispose ni ne disposerai jamais sans doute de l’appui ou de la commande d’un Office de Tourisme qui ne s’abaisse pas à considérer un quidam marqué du sceau de l'infamie, pas plus d’ailleurs que le relais d’une presse locale dont je me fais un point d’honneur à ne pas réclamer l’intervention pour éviter d’être déçu ou plus sûrement repoussé.

J’ai donc entraîné ce groupe conséquent à travers le passé de la ville, de Céno la Celte jusqu’aux quais au pavage incertain d’une promenade pour enjoliver l’histoire et servir les desseins de quelques ambitions locales. Il me fallut user de l’amplification pour me faire entendre dans le brouhaha d’une ville dont les habitants profitaient joyeusement encore de cet été à rallonge. Ce fut aussi l’occasion de faire entendre insidieusement mon propos à qui voulait bien dresser l’oreille, pratique pas si courante semble-t-il, tant la curiosité devient monnaie rare en pays de conformité et d’agitation mercantile.

Qu’importe, les spectateurs me suivirent dans une excursion pédestre de deux heures trente, une durée qui échappe désormais au standard d’une capacité de plus en en plus réduite de concentration pour le commun des mortels. Ils tinrent bon, diront mes détracteurs, par patience et politesse. J’ai envie de croire qu’ils ont tout au contraire, trouvé là une approche différente, acide, moqueuse, ironique de narrer un récit historique qui a maintenu leur écoute.

Ce n’est pas la première fois que je me lance dans cet exercice. Je perçois là, la nécessité de proposer un anti-guide d’Orléans, pour faire contre-point à une représentation officielle forcément hagiographique qui place l’histoire de cette cité au-dessus de la moindre autocritique. Les guides patentés ou auto-proclamés dressent en effet un portrait merveilleux d’une histoire qui au final, semble se concentrer essentiellement sur l’incontournable saga johannique et la période faste de la marine de Loire. Tout ce qui échappe à ce qui devient immanquablement une épopée enluminée n’a pas droit de cité. Que c’est dommage d’amputer les heures sombres, les erreurs commises, les drames, mais aussi les pages merveilleuses rédigées par ceux qui ont fait l’histoire locale avec leurs travers, leurs défauts tout autant que leurs qualités et espérances.

Je continuerai à proposer à qui veut bien me suivre mes visites guidées, forcément à la sauvette, contre-point qui sera de plus en plus nécessaire à l’approche d’une bataille électorale locale qui s’annonce féroce et pour laquelle justement, l’histoire sera toujours convoquée par tous les postulants pour jeter de la poudre aux yeux à une population si prompte à tomber dans le panneau.

Ne nous annonce-t-on pas la venue de sa sainteté le Pape pour commémorer le premier centenaire de la béatification bien tardive au demeurant de notre sainte locale, la seule qui trouve grâce aux yeux d’adorateurs confits d’admiration pour une légende dorée souvent enluminée pour enfermer la cité dans ce récit unique qui doit à lui seul définir cette ville et sa population. Après l’adoubement du jeune Emmanuel, futur président de la République, poussé par des voix divines pour oser se lancer dans son parcours triomphal le 8 mai 2016, le Pape sera à son tour mobilisé en 2019 pour maintenir pour l’éternité l'hégémonie d’une bourgeoisie en place depuis trois siècles.

Je continuerai en dépit de tous ceux-là à explorer l’histoire de manière décalée. Je laisse alors aux gens qui m’écoutent le loisir de se faire leur propre opinion en prenant ce qu’ils veulent dans ce catéchisme local apocryphe, présenté de manière humoristique. Les tenants de l’orthodoxie officielle quant à eux jouissent de tous les relais, tous les supports, toutes les subventions pour servir la soupe attendue ; un délicieux velouté sans la plus petite aspérité ni le moindre grumeau.

Mon brouet est plus épais, parfois indigeste, à d’autres moments piquant ou acide. Il peut surprendre mais il ne laisse pas indifférent. Si vous voulez vous aussi y tremper les lèvres, regardez bien mon agenda sur les réseaux sociaux et nulle part ailleurs. Cette ville est impitoyable à qui sort du cadre et ne vient ni des grandes familles ni d’un sérail ankylosé dans sa suffisance.

Librement vôtre.

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Photographies Jean-Luc Philippe

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