Berlaudiot pour toujours

Brèves de comptoir et d'ailleurs

L'imbécile heureux

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Berlaudiot revenait du marché où il avait acheté une magnifique cuisse de cochon pour faire un jambon. Il croisa un ami, excellent cuisinier qui lui suggéra une recette pour délicatement le fumer. Il la nota aussitôt sur un morceau de papier et remercia son ami. Pour rentrer chez lui, Berlaudiot devait traverser la forêt. C’est alors qu’un loup fonça sur lui et enleva le cuissot. Tout juste remis de ses émotions, pour sauver la face, il brandit son bout de papier en direction du loup qui se sauvait et lui cria : « Quel idiot tu fais, espèce d’imbécile. Tu ne te régaleras pas, tu as oublié de me demander la recette ! »

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La femme de Berlaudiot était sur le point d’accoucher. Perdant les eaux, sentant l’heure de l’accouchement arriver, elle demanda à son mari d’allumer une bougie et de la placer sur la table de chevet. Berlaudiot le fit et courut chercher la sage-femme. Ils eurent juste de temps d’arriver quand l’enfant sortait déjà la tête. Berlaudiot n’eut pas le temps de se féliciter quand un second enfant arriva. La sage-femme ne savait plus où donner de la tête quand notre bredin au lieu de se montrer utile se précipita pour souffler la bougie.

La femme de s’emporter : « Mais que fais-tu bougre d’imbécile. Je n’y vois plus rien. »

Berlaudiot sans se démonter répond alors à la femme de l’art : « N’avez-vous pas compris que c’est la lumière qui les attire ? Deux gamins, ça suffit amplement ! »

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Berlaudiot devait une forte somme d’argent à son voisin d’en face. L’échéance prévue depuis longue date arrivait le lendemain matin. Hélas l’imprévoyant n’avait plus un sou. Quand il se coucha ce soir-là, il ne pouvait trouver le sommeil. Il s’agitait en tous sens empêchant son épouse de fermer l’œil. Sa femme, fatiguée tout autant qu’excédée, se leva, alla à la fenêtre et cria en direction du voisin qui avait la fenêtre ouverte : « Mon mari doit te remettre son dû demain matin. Je préfère t’avertir qu’il n’a pas le sou ! ». Elle referma la fenêtre. Berlaudiot éberlué, la regarda d’un air interrogatif. Elle lui dit : « Maintenant, mon cher époux, dors tranquille. C’est notre voisin qui ne dormira plus ! »

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Berlaudiot, guère gâté par la nature fit curieusement la conquête de la plus jolie femme du village. Il faut avouer que la pauvrette était encore plus nigaude que notre gentil imbécile, ce qui expliquait sans doute ce choix par défaut. Le jour des noces, tout le village s’amusait d’un tel attelage. Les gens sont si méchants.

Berlaudiot se rendit compte des sourires narquois et des conversations derrière leur dos. Il voulut se venger à sa manière : « Voilà bien une grande presse de pintades et de coqs devant notre église. Ça caquette à tout va pour commenter ce qui n’est certes pas un mariage de faisans ! »

La foule interrogative, se calma et un compagnon de beuverie de notre bredin, l’interrogea sur ce message énigmatique ! Berlaudiot, ravi de son effet poussa son avantage en déclarant : «  Un mariage de faisans, c’est quand la femelle est moins belle que le mâle ! Ici, c’est tout le contraire, ce qui vous pousse à claquer méchamment du bec ». La foule rit de bon cœur de cette réplique qui fit taire tous les commérages, mais mieux encore, son épouse, honorée de cette remarque le rendit heureux toute son existence en dépit de leurs petites faiblesses respectives.

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Berlaudiot avait tant bu dans les tavernes des bords de Loire qu’il fut incapable de remonter sur son âne. C’est donc à ses côtés qu’il tenta de rentrer chez lui. L’âne, imitant en tout point son maître, avait lui aussi liché du vin que l’imbécile lui avait versé dans un seau. C’est en longeant le chemin de halage que le malheur survint. L’âne pris de boisson, tomba dans la rivière et s’y noya. Le lendemain, dégrisé, Berlaudiot alla à l’église mettre un cierge à Saint Nicolas. Le curé averti comme tout le village de ce qui était advenu s’étonna que l’imbécile puisse remercier le bon Saint Nicolas. Incrédule, Berlaudiot lui répondit : «  Mais mon père, si j’avais été sur mon âne, je ne serai plus là à cette heure ! »

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Berlaudiot, encore pris de boisson, avant de s’arrêter à la taverne, avait ramassé de gros fagots de bois qu’il avait juchés sur son âne. En chemin, la tête lui tournait quelque peu. Mais pire encore, l’imbécile était frigorifié. Chose rare chez lui, Berlaudiot eu soudain une idée pour parer à son problème. Il descendit de son âne et mit le feu aux fagots pour avoir moins froid. L’âne effrayé par les flammes qui lui cuisaient le dos, s’enfuit à toutes pattes. Berlaudiot de lui crier : « Puisque tu es plus malin que moi, cours vite jusqu’à la rivière »

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