Faire une liste

La course à l'échalote

Marché conclu ...

 

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C’est bien le seul point commun entre la ménagère, soucieuse d’apporter le nécessaire aux siens et le candidat aux élections municipales, ils font une liste avant que de partir à la quête de ce qui leur manque cruellement. Pour le reste, à moins que la première ait besoin d’échalotes, il n’y a rien de commun entre eux.

La première ne cesse de compter, de valider un choix en fonction d’un budget qui ne supporte aucun dépassement. Elle agit pour le mieux dans le souci des siens, l’envie parfois, de leur offrir un petit plaisir si celui-ci ne grève pas trop le budget. C’est un délicat exercice d’équilibre financier qui s’avère de plus en plus compliqué au fil du temps. Ses revenus, comme pour beaucoup d’entre-nous, ne cessent de décroître tandis que les dépenses contraintes augmentent à vue d’œil. Elle se serre la ceinture, il n’y a que ça à faire.

Avant de poursuivre, je me dois de reconnaître que la répartition sexiste : ménagère - candidat correspond hélas à deux tristes réalités. D’une part, il y a bien plus de candidats que de candidates en tête de liste dans les grandes métropoles en tout cas, lieux de tous les appétits pour les voraces des suffrages, les professionnels de la chose politique, ceux-là même qui mangent plus souvent aux frais de la Princesse que les nécessiteux véritables ! D’autre part, les personnes les plus en difficultés pécuniaires sont souvent des femmes élevant seules leurs enfants.

Le candidat ne cesse de calculer, de déterminer un choix en fonction d’équilibre interne, de sujet à la mode, de grandes promesses de nature à emporter l’adhésion. Il se détermine en fonction de ses intérêts, de l’air du temps qui n’est pas forcément en rapport avec ses convictions propres. Il se moque de l’équilibre budgétaire comme de sa dernière veste à laquelle il vient de retirer l’étiquette. L’argent ne vient pas de sa poche et les promesses c’est bien connu ne présagent pas nécessairement de la suite des opérations. Seul ses appétits de gloire et de pouvoir doivent être satisfaits.

La ménagère établit une liste, fait le tour des réserves avant que de coucher sur le papier ce qui manque vraiment. Elle a le souci de ne pas charger la commande, d’agir avec parcimonie et prudence. Elle repousse les produits de meilleure qualité, plus sains, plus naturels parce qu’ils ne correspondent pas à ses moyens. Elle ajuste sans cesse, joue une partition délicate entre envies et besoins. Elle a le sens de la mesure.

Le candidat dresse une liste, fait le tour des postulants qui accepteront de rester bien sagement derrière lui. La discipline est la règle, le fouet la manière. Il ne passe pas commande, il sélectionne, établit un dosage savant entre les quartiers, les noms connus, les ambitions légitimes. Il repousse les prétendants trop clinquants, il a besoin d’un groupe obéissant, discipliné et totalement dévoué à sa personne. Il se lance dans un exercice de communication qui ne respecte en rien la sociologie de son territoire. Les bourgeois sont légions.

La ménagère fait ses courses dans les grandes surfaces. Elle n’a d’autre alternative. Sa préférence se porte sur les enseignes à bas prix, ce choix lui est imposé par son budget. Elle ne se rend jamais sur le marché, trop onéreux pour elle. Elle fait de son mieux avec ce qu’elle a. Le candidat, uniquement pendant la campagne arpente les marchés, un sourire aux lèvres, lui qui jusqu’alors était réputé hautain et méprisant. Il s’achète une conduite mais aucun produit de la terre. Il fait étalage de ses qualités sans regarder ce qu’il y a sur les étals. Il n’est pas économe des poignées de main, il en abuse même, serrant des pognes qui ne mettront pas son nom dans l’urne : quel gaspillage !

La ménagère profite de la présence à l’école de ses rejetons pour aller au ravitaillement. Elle a tant à faire qu’elle choisit un horaire pour échapper à la foule. Il lui faut courir, c’est son lot quotidien. Elle rentrera chargée dans un transport en commun mal pensé pour ce genre de situation. Elle arrivera juste à temps pour accueillir les siens. Ce jour-là, elle s’est offert un plaisir rare, une belle tranche de foie, il y a si longtemps qu’elle n’a plus mangé de viande.

Le candidat choisit l’heure de la grande foule sur le marché pour venir faire étalage de son sourire avenant. Il ne vient jamais seul, son équipe de campagne (pas celle qui cultive la terre mais celle qui a l’ambition de lui creuser un sillon glorieux) bat la semelle en sa compagnie, garde rapprochée et élégante pour montrer combien ces gens-là sont bien et dynamiques. Le temps ne compte pas, le chauffeur attendra. Le candidat fait distribuer par ses fidèles une profession de foi. Lui, il a de l’estomac, il se porte bien !

La ménagère ne croisera jamais le candidat. Ils vivent dans deux mondes différents, des lieux distincts à des rythmes sans commune mesure. Aura-t-elle le temps ou l’envie d’aller glisser une liste dans l’urne ? Une personne faisant du porte à porte pour le candidat qui ne s’expose jamais à pareille aventure le lui a demandé. Elle a voulu savoir ce qu’il y avait à gagner. Rien c’est bien là le problème, seul le candidat remportera le gros lot, encore six nouvelles années à vivre aux frais de la Princesse et de la ménagère. La politique ce ne devrait pas être un métier, pour certains gros candidats pourtant c’est le cas.

Dualistement leur.

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