La préservation de la ressource.

Rien de plus logique cependant.

Un casier bien garni

 

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Quand l'actualité repasse au point mort, ce qui avouons-le, n’est pas près de nous arriver en ce merveilleux épisode de pandémie ubuesque, la toile ; désœuvrée, à la recherche d’un os à ronger, aime à sortir les vieux dossiers ou à tomber à intervalle régulier sur ce qu’on nomme un marronnier. Je ne sais comment qualifier le sujet qui va suivre, mais en tout état de cause s’il est parfaitement scandaleux, il est tout autant vain de penser que les choses changeront.

J’aime user de la circonlocution avant d’arriver à mes fins, c’est manière de décourager les impatients de la toile, ceux qui ne peuvent réagir qu’à une photographie ou bien un titre. La langue se satisfait désormais de raccourci, de formules expéditives, ce qui fait le succès de nos chaînes d’information en continu qui ne profitent pas de la durée qu’elles s’accordent pour aller au fond des choses mais se contentent de répéter inlassablement des propos curieusement vaseux alors qu’ils restent à la surface des choses.

C’est précisément au fond d’un océan de perplexité que je compte vous mener par le bout du nez. Acceptez de plonger avec moi dans les abysses de la réflexion législative qui pousse obstinément nos chers parlementaires à refuser d’appliquer pour eux, une mesure de simple justice sociale, réclamée par l’opinion publique.

Je constate que je n’ai toujours pas éclairé votre lanterne. C’est que le sujet est d’importance et qu’il convient de le traiter avec des pincettes. Soyez donc un peu patients, il n’est pas question de mordre à l’hameçon et c’est justement là le cœur du problème. Vous n’êtes pas sans ignorer la raréfaction de l’espèce parlementaire. Il est vrai que le métier est rude, les charges horaires souvent intenables, le sentiment d’utilité presque réduit à néant, la marge de manœuvre inexistante et la reconnaissance du public totalement nulle.

Force est de constater que dans un tel contexte, il revient au législateur de préserver la ressource d’autant qu’elle tend à diminuer grandement. C’est ainsi, qu’après des études approfondies sur le sujet, il est apparu parfaitement contre-productif d’exiger un casier judiciaire vierge pour exercer cette noble charge.

D’une part parce qu’avoir fraudé, commis quelques malversations ou irrégularités démontre à l’évidence l’expertise de l’individu dans la connaissance des lois et la manière de les contourner. C’est donc un sujet de choix pour édicter de nouvelles règles plus difficiles à enfreindre. C’est le rôle des experts que d’apporter leurs connaissances au service du bien général. D’autre part, les parlementaires se sont octroyés la possibilité de devenir avocats d’affaires. Une activité qui ne sert pas l’honnête citoyen mais bien les crapules de haut vol, princes de la finance et de l’optimisation fiscale. Ceux-là ont besoin d’avoir une entière confiance dans ceux qui vont les guider sur les chemins tortueux de délit légal. Rien de mieux qu’un ancien condamné pour éviter les chausse-trappes et les coups tordus d’une administration fiscale qu’il convient d’empêcher d’agir.

Mais la véritable raison du refus d’exiger un casier vierge est purement pratique, fonctionnelle dirai-je. Un casier s’il veut se montrer efficace doit être lesté et chargé d'appâts susceptibles d’attirer les futurs candidats. Le casier vierge ne serait d’aucune efficacité. Placé ainsi au fond des turpitudes marines, le casier prend dans ses rets le crabe qui va pouvoir grandir et se faire un nom au soleil dans ce panier de forme hémicylindrique qui regroupe les plus beaux spécimens de la race.

C’est donc pour cette seule raison qu’il conviendra toujours ne pas exiger de casier judiciaire vierge pour les représentants de la nation qui en pincent pour le pouvoir, les honneurs, l’argent et la gloire. Vous voilà averti, n’attendez pas d’eux qu’ils agissent à l’encontre des intérêts d’une espèce rare et nécessaire au bon fonctionnement d’un système démocratique fondée sur l’injustice, l’inégalité et la corruption.

Crabement leur

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