Des croisés aux croisières

Invasions versatiles.

Le grand naufrage

a1

 

 

L’occidental a ceci de merveilleux que lorsque lui vient le désir d’envahir un territoire lointain, exotique et surtout peuplé d’individus qu’il considère comme des êtres inférieurs, il prend le bateau. Remarquez bien qu’un mouvement inverse s’est également produit dans des époques plus lointaines, ce qu’on nommait alors les hordes barbares se contentaient quant à elles de venir à cheval, montrant sans doute qu’elles n’étaient que de passage. Les Vikings firent exception à la règle mais peut-on parler d’exception avec des envahisseurs qui laissèrent autant de traces bénéfiques en dépit de leur odieuse réputation ?

La folie expansionniste des occidentaux a eu d’abord le désir de civilisation oubliant sans doute que celle-ci était née ailleurs puis elle prit pour prétexte la libération du tombeau du prophète, avant que le commerce ne devienne son unique prétexte. Les navettes maritimes d’alors, prirent le relais pour poursuivre à grande échelle l’abominable esclavage pratiqué depuis toujours. Les bateaux se firent négriers et bien des fortunes se firent sur ce crime contre l’humanité.

a3

Les temps ont changé, la mondialisation a permis une double navette, toujours en bateau du reste, comme si le prochain naufrage de l’humanité hâtait l’échéance par le truchement de ce mode de transport. Les porte-conteneurs nous apportent des anciennes nations qu’on prétend sous-développées des produits manufacturés grâce au labeur de masses considérées tout juste mieux que les esclaves d’hier tandis que des paquebots de la honte, conduisent des voyeurs aveugles à la misère se donner l’illusion du voyage dans des croisières immondes.

Dans les deux cas, ce double mouvement que des adeptes de pratiques sexuelles réciproques qualifieraient de versatile, est un aiguillon de la prochaine catastrophe. Ces monstres marins sont des horreurs écologiques pour lesquels nos responsables politiques ont les yeux de Chimène. Ils passent outre l’effroyable pollution de ces machines à CO2 pour vanter les prodiges de la construction navale sans jamais voir plus loin que le bout de la proue.

Les océans sont devenus des décharges à ciel ouvert, véritables bombes à retardement qui tôt ou tard finiront par nous exploser à la figure. Mais qu’importe, il faut faire du fric, apporter des marchandises de fort loin et en échange, permettre aux nantis et aux égoïstes d’aller se baguenauder sur les côtes de ces nations laborieuses. De ce double échange de bons procédés, j’ai le sentiment que l’expression la plus parfaite de l’indignité se situe sur les paquebots de croisière.

a4

Mais qui sont ces gens gavés et repus, replets et méprisants qui veulent jouir sans entrave durant le voyage, baffrant et consommant ce qui se fait de pire pour l’espace de quelques heures, longer une côte, voir la misère d’en haut et repartir faire la fête sur leur immeuble flottant ? Des êtres amputés de l'empathie et de toute conscience environnementale, des électeurs de Donald Trump ou de ses presque pareils, des individus sans la moindre conscience planétaire.

S’il y a une nouvelle croisade à mener c’est bien celle-là. Supprimer ce trafic de la honte et de la superfétatoire vanité des occidentaux. Bien sûr, les chantiers produisent de la main-d’œuvre, les ports d’embarquement font travailler des gens, mais ces personnes pourraient tout aussi bien œuvrer à des projets et des réalisations qui permettraient de changer de modèle plutôt que d'accélérer pour un motif aussi futile la fin de l’humanité.

Quant aux gros cons, aux abrutis écervelés, aux jouisseurs de l’instant sans conscience, que faire d’eux ? Je crains que la cause soit entendue, ennemis de la nature, négationnistes de la catastrophe climatique, adeptes de l’hyper-consommation, nous ne pouvons rien attendre d’eux. Le mieux serait sans doute une grande série de naufrages, une forme de rédemption par la punition divine. Ne désespérons pas, il y aura bien une belle série de tempêtes, cyclones, tornades pour nettoyer la planète de ces insupportables boursouflures navigantes.

Croisement leur.

a2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.