En chemin

Itinéraires et sentiers

Divagations avec les pieds

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Il y a bien des manières de marcher, nous l’avons découvert depuis peu à nos dépens. Oublions donc un temps les affreux falsificateurs de cette merveilleuse activité et allons de ce pas explorer l’art et la manière d’aller de l’avant le nez au vent, la tête haute et le sourire aux lèvres !

Le pèlerinage est certes la forme la plus aboutie de l’expérience. Compostelle lui a redonné ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’aller à pied sans s’entendre demander si telle est votre destination. La coquille perchée sur le bâton, le croyant est poussé par sa foi. Les autres sentiers sont négligés alors que pourtant, le mécréant préfère avoir des ampoules pour découvrir lui aussi la lumière.

La randonnée est sans pendant, une marche au long cours qui n’a pas besoin de suivre une étoile. Elle s’accorde le temps d’oublier le sien, de se perdre en chemin à moins qu’il ne soit fléché. Le marcheur devient indien sur un jeu de piste, il balise à l’idée de se perdre sans accepter de se diriger avec des moyens électroniques. Ce voyage exige de se doter d’un bagage qu’il convient de porter de la manière la plus ergonomique possible. Certains optent pour le porteur et pour se faire vont dans des territoires lointains, d’autres font les ânes, sans trop les charger quand même.

L’itinérance s’accorde des détours et des contours. L’errance est une philosophie tout autant qu’un art de vivre. C’est un vagabondage bienheureux. Le but n’est plus l’essence même de l’activité. Il s’agit simplement de se mettre en branle en se laissant porter par les circonstances. Chaque rencontre est une occasion, chaque monument un prétexte. La montre est abolie pour ce curieux qui n’a rien envisagé et se laisse porter

La cheminade est plus bavarde. Il convient d’écouter le guide, de se placer en cercle autour de celle qui a préparé son affaire. Le chemin ne sera alors constitué que de petits sauts de puce, d’étapes qui conduisent vers d’autres explications. C’est un voyage dans le temps et l’histoire qui ne dévore guère l’asphalte. C’est une petite conférence mobile en somme, qui flâne plus qu’elle n’avance.

La balade s’interroge toujours. S’accordera-t-elle un autre « l » pour se donner des ailes ? C’est alors la porte ouverte à la poésie et la chanson, l’impromptu et le surprenant. Il faut non seulement avoir le nez au vent mais les oreilles dressées. Qu’importe si on vous traite de baladin, le mot quoique désuet et fort agréable pour qui ne supporte pas la conformité. C’est encore se mettre en marche sans aucun but si ce n’est que se laisser surprendre, aller de l’avant les mains dans les poches et les yeux aux aguets.

La pérégrination inquiète tant sa prononciation impose des efforts et une belle agilité de la langue. C’est bien le seul muscle sollicité en la matière. Le pas se fait tranquille, incertain, vague. Le marcheur est flâneur, il profite de chaque occasion pour se poser, s'arrêter, discuter. Il n’a d’autre but que celui de lenteur élevée en mode de vie. Il découvre ainsi que la ligne droite n’est pas assez tortueuse pour son esprit retors.

Le vagabondage déplait désormais. Il est entaché d’oisiveté tout autant que de mauvaise réputation. Les vagabonds ne sont pas dans les petits papiers des gens au pouvoir. Ils étaient jadis trimards, chemineux, cheminots et trouvaient alors toujours bol de soupe et grange pour passer la nuit. Le temps est venu de montrer patte blanche, ce qui n’est jamais aisé pour qui toujours en chemin.

La marche forcée sous bonne garde, un brassard de police sur un bras et le mensonge en guise de plan de route n’est pas pour nous. On peut bien nous rouler, nous en avons pris l’habitude mais nous faire ainsi marcher tout en nous leurrant dans la farine, ça non ! L’activité est trop plaisante pour permettre ainsi une telle falsification. Je ne vois que le coup de pied de l’âne pour remettre au pas ces imposteurs. A les voir ainsi en souliers vernis, nous aurions dû nous méfier du reste. Ces gens sont incapables de se sentir bien dans une paire de brodequins eux qui étrangement sont des godillots honteux.

La marche au pas n’est sans doute pas encore tout à fait d’actualité mais ça ne saurait tarder. À l’allure avec laquelle on nous force le pas, nous allons bientôt entendre le son du tambour et celui du clairon. Le canon chez eux, ce n’est pas ce délicieux petit vin de chez nous mais bien tout au contraire, les déflagrations d’une société qui se délite. Les beaux marcheurs que voilà, qui ont parfois besoin de porter un casque pour donner des coups bas. Le pied n’est pas un objet contondant, prenons le, redonnons lui ses lettres de noblesse en boutant petit marquis et sa bande de traîne lattes. Ils veulent mener grand train, qu’ils aillent au diable sans billet retour !

Alors, si vous voulez retrouver la paix et la sérénité, laissez-vous conter en avançant d’un pas raisonnable et sage. N’écoutez plus les vrais menteurs, contentez vous d’un bonimenteur. Lui au moins vous fera passer un bon moment. C’est une autre façon de prendre son pied, elle n’est pas désagréable non plus.

Pédestrement leur.

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