Les mémoires de Pantalon

La comédie du raté.

Le syndrome de la page blanche

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Il était une fois un Prince qui avait tout fait de travers. L’homme s’était retrouvé propulsé au pouvoir par un malencontreux concours de circonstances, le seul d’ailleurs qu’il n’ait jamais réussi. Il venait d’épuiser, sur ce triomphe factice, tout le crédit que la destinée lui avait consacré. La suite ne serait plus qu’un long chemin semé d’embûches, de drames, de coups foireux et de pitreries grotesques.

Pantalon premier avait été jusqu’alors habile à retourner sa veste, à sentir le vent venir, à jouer de la synthèse et du consensus pourvu qu’il fût , à son image, mou et sans saveur. Non seulement la suite allait lui faire prendre une veste mais bien souvent il s’amusa à singer le bon Roi Dagobert, un modèle pour lui qui aimait à ne rien faire …

La Pantalonnade était en place et cinq années durant l’homme brûla les planches, amusa la galerie, fit se tordre de rire les spectateurs du balcon et se permit même d’étaler ses frasques amoureuses pour distraire les lecteurs de la presse caniveau. Du grand art en scène et à défaut de masque et de grand nez, il s’affublait d’un casque pour courir le guilledou sous les objectifs amusés de quelques voleurs d’instant.

Nous aurions pu nous poiler, réclamer encore et encore ce joli numéro de fantaisiste, si la situation du pays avait été favorable. Au lieu de quoi Pantalon traversa bien des tourmentes, connut des heures sinistres et dut prononcer des discours pour remonter le moral en berne d’un pays en deuil. Le comique troupier se trouva pris au dépourvu, il eut beau se faire écrire ses interventions par les meilleures plumes du royaume, son ton de premier communiant ne tenait pas la route, le pitoyable était au rendez-vous.

Pantalon n’en avait cure ! Il n’écoutait pas la colère du pays. Il passait son temps avec ses amis les gazetiers, leur faisant des révélations oiseuses, leur ouvrant parfois les secrets de l’état. Il était fait pour la conversation en boudoir, non pour l’action au grand jour. Son règne sera ainsi un long crépuscule, un moment atone dans l’histoire du royaume.

Il est vrai qu’il avait mieux à penser. Le démon de minuit, la crise de la soixantaine vinrent le titiller. Après avoir étalé ses déboires conjugaux, il avait besoin de relever la tête et le gland. Il jeta son dévolu sur une petite starlette, Madame Pompadour n’étant plus de ce monde. Voilà, pensa-t-il de quoi redorer son blason, à l’image de son prédécesseur qui avait joué de la même stratégie.

Ce fut un fiasco colossal d’autant que l’heure n’était pas vraiment à la minauderie. Il fut si ridicule qu’il dut se résoudre à ne pas prétendre à sa propre succession. Pantalon prenant une déculottée, si l’idée eut été plaisante, la chose n’était guère avantageuse pour l’image de la nation. En fin stratège qu’il était resté, uniquement pour les coups tordus et les conspirations souterraines, il mit en place un pantin, un jeune freluquet qui allait conquérir par ses soins la chaise percée qui lui avait servi de trône.

Même là, il se leurra. Si son plan machiavélique fonctionna parfaitement, l’élu de son cœur, fit exactement tout le contraire de ce que Pantalon espérait. Une fois en place, Freluquet mit à bas la forteresse de Pantalon. Un champ de ruines qui faisait de son ancien parti, un pédalo à la dérive, un frêle esquif privé de passagers. Pantalon avait échoué sur toute la ligne.

Que pensez-vous qu’il fit ? Il eut pu choisir l’exil pour aller ruminer sa honte et se cacher de tous. Non, il croit toujours en sa bonne étoile et aime à se ridiculiser plus encore. Il a couché sur le papier ses mémoires d’un raté, son récit pathétique de tout ce qu’il fit de travers. Il trouva maison d’édition pour publier ce manuel du parfait incompétent et il se murmure qu’il y aura encore des gogos et des crédules, des nostalgiques et des ignorants pour acheter la chose.

Pour éviter que ce parasite qui vit déjà à nos dépens, ne vienne vous détrousser de quelques écus supplémentaires, j’ai pris la peine de résumer sans l’avoir lu, cette épopée de l’échec, ce récit de la déconfiture. Épargnez vous perte de temps et d’argent, bottez le train à ce vilain Pantalon et à tous ceux qui participent encore à cette comédie d’un raté !

Vacuitement sien.

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