Le Canal lacrymal

Un canal s'est perdu ...

Consternation et complaisance

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En ce petit matin de début septembre, revenu au pays, il m’est venu l’envie d’aller porter mes pas sur le mur digue, pour une promenade matinale. En 1908, les orléanais ont eu l’envie de rallier leur ville au canal qui portait étrangement son nom. Situé à 5 kilomètres de là, l’accès du canal se faisait alors dans le charmant village marinier de Combleux, perle de la région.

Un canal a donc été dressé, sur le lit même de la Loire. Folie pour les uns, défi pour les autres, cet appendice n’avait d’autre but que de satisfaire au désir hégémonique de la grande ville. Se prétendre capitale ligérienne suppose quelques entorses à la raison. Néanmoins, au-delà des difficultés récurrentes d’approvisionnement en eau de ce tronçon tout autant que sa vacuité puisqu’il demeure cul de sac depuis 1954, la balade est de toute beauté entre rivière et voie d’eau.

Mais ce matin, la voie d’eau avait vécu. Plus j’avançais vers Combleux plus le spectacle me désolait. Au delà de la pancarte annonçant la sortie d’Orléans, le canal se perdait dans l’absence d’eau. Des nénuphars, de la vase, des détritus, des immondices, des canards devant aller à pied, des poissons morts constituaient le merveilleux point de vue qui m’était proposé.

C’était si désolant que je cherchai à en connaître la raison. La Bionne, seule petite rivière à fournir un peu d’eau ne parvenait sans doute plus à étancher les fuites et l’évaporation d’un été très chaud. La petite rivière d’ailleurs n’était plus qu’un mince filet d’eau, impuissante à alimenter ce tronçon désolant.

Puis je me souvins que des éclusées eurent lieu au début de l’été pour complaire à quelques personnes en mal de sensation en se rendant au marché en bateau. Quelques cagettes qui ne pouvaient sans doute pas se porter à la main tandis que des grosses légumes qui venaient de s’offrir le canal avaient voulu jouir du privilège d’y naviguer au risque de désoler les pêcheurs.

Maintenant que le mal est fait, il conviendrait d’agir pour sauver les poissons pris au piège tout en profitant de l’aubaine pour nettoyer ce cloaque. Hélas, les nouveaux propriétaires du canal ne semblent pas être des amis des locataires des flots. Il est vrai que les poissons ne votent pas ce qui n’est pas le cas des pêcheurs, de plus en plus énervés par la situation.

Me penchant de l’autre côté, je vis également une Loire désespérément basse. Le niveau d’eau est à sa périgée. Pour lutter contre cet étiage qui dure, le barrage de Villerest lâche de quoi alimenter les centrales nucléaires qui dénaturent nos paysages. Tout ceci est à pleurer. C’est tout juste si des canoës peuvent se faufiler entre les cailloux qui parsèment le chenal. De l’autre côté du duit, la petite Loire semble impraticable, elle se noie sous des tonnes de sable.

Dans l’eau, les poissons là encore sont en recherche d’oxygène. Je me souvins alors du spectacle qui me fut proposer en début de semaine lors d’une navigation sur le barrage de Villerest. Des eaux très très chaudes d’un vert fluo, de quoi ne pas faciliter la vie aquatique. Nous savons depuis longtemps les responsables mais ceux-là sont bien mieux protégés que la faune et la flore ligériennes.

En passant tout près de l’égoutier, je fus marqué par l’odeur nauséabonde qui émane de cette rivière devenue égout qui se déverse directement dans la Loire en passant sous le canal. Je sais que depuis de longues années un amoureux de la Loire se bat pour dénoncer cette pollution sournoise. Il a le malheur de n’être pas honorable selon les critères douteux des responsables. Si bien que son combat demeure sans effet.

Tout au long de ma promenade, à chaque pas ou presque, un mégot sur le mur digue, une canette dans le canal attestent que des homos-pollueurs sont passés par là. Les bénévoles de « Je nettoie ma Loire » ont beau s’employer à suppléer les équipes de nettoiement de la métropole tout en tentant de faire œuvre de pédagogie auprès de la population, nombreux sont les fumeurs et les buveurs de bière sourds à ces appels.

Je ne prolongeai pas ma promenade sur les quais de la ville, devenus le point de rencontre d’une foule estivale. Je sais la désolation qui s’offrirait à moi. Le pierré transformé en dépotoir, le canal servant d’ultime réceptacle à la soif et la gourmandise d’une foule déplorable parmi laquelle certains profitent de l’aubaine pour commettre des actes de vandalisme sur les bateaux de bois.

Tout cela est sans doute le corollaire inévitable pour faire de notre ville, une cité ouverte sur la Loire, accueillante et dynamique. Je suis un idiot qui ne comprend rien à rien. Il faut bien passer outre quelques menus désagréments pour remplir les caisses de quelques-uns. Je rentre désolé de ce que j’ai vu en me disant qu’écrire ce constat va une fois encore énerver ceux qui en sont responsables. J’en prends le risque cat il leur appartient d’agir au plus vite.

Dépotoirement leur.

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