Ils sont revenus …

Le rouge est mis.

Drôles d'oiseaux ...

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Chaque année à pareille époque, se produit dans nos contrées un curieux phénomène qui ne cesse de m’interroger. J’ai bien compris le caractère saisonnier de la chose même si des exceptions sont à déplorer à moins que ce ne soit une tentative de sédentarisation de l’espèce. L’essentiel pourtant réside dans la faculté de ces étranges animaux d’investir toute sorte d’habitation.

C’est d’ailleurs leur spécificité la plus notable. Nos visiteurs s’installent, s’incrustent plutôt de préférence sur des maisons individuelles, plus rarement des immeubles collectifs. Il est à noter chez eux, une aversion toute particulière pour les arbres et les végétaux d’une manière générale ce qui valide l’hypothèse que nous avons affaire à des mutants.

Autre particularité, ils n’élisent pas domicile sous les toits et dans les interstices des combles. Ils recherchent la façade, un balcon leur convient parfaitement. Ils cherchent manifestement à s’exposer, se montrer ne fuyant nullement l’humain à son approche. D’autres se fixent aux abords de la cheminée, ne craignant pas de se retrouver sur une pente glissante.

Leur nid, c’est du moins ainsi que je qualifie cette étrange construction, est composé de deux éléments fibreux d’une relative longueur, fruit d’un long travail de tressage sans doute dans des matériaux qui ont été certainement découvert dans les rejets de la civilisation. Pour accueillir un seul individu, je n’ai jamais perçu l’animal en compagnie, des branches à moins que ce ne soit des lattes sont fixées perpendiculairement aux deux fibres verticales.

Ce drôle d’oiseau a tout de l’échassier puisqu’une patte repose sur l’une des lattes tandis que l’autre cherche à s’élever un peu plus. La posture indique qu’il cherche à aller toujours plus haut, une preuve tangible de la théorie de l’évolution. Une observation attentive de cette étrange bête tend à attester la présence de sabots ou bien d’une proéminence au niveau des pattes. J’avoue ne disposer d’aucune hypothèse à ce sujet.

Sa parure est toute rouge, d’une teinte vive et souvent brillante quand le sujet est jeune. On peut désormais voir des individus au pelage largement passé sous l’effet de la lumière. Ce phénomène interpelle car dans le monde animal, ce phénomène est rarissime. Le plus extraordinaire encore réside dans un plumage blanc qui se trouve en plusieurs endroits du pelage d’une manière parfaitement symétrique du reste.

Ce plumage est lui aussi sujet au vieillissement et à l’affadissement de sa couleur. Il se peut également qu’il constitue un nid à poussière en raison d’une exposition permanente aux intempéries, dont la période n’est pas avare. L’animal dispose d’une excroissance sur la tête qu’on peut qualifier de huppe même si elle est tombante, disposant d’une boule blanche à son extrémité.

Pour ajouter à la perplexité de l’observateur, une poche noire se situe non pas sur le ventre mais dans le dos ce qui, en toute logique, l’exclut de l’ordre des marsupiaux. Même si des indices forts attestent de la présence de quelque chose dans cet élément dorsal, il est évident que l’ensemble de ces observations jette les taxinomistes dans un abysse de réflexion.

Son immobilité prolongée accentue les doutes sur la nature même de cet animal qui se fait parasite des demeures à l’approche de Noël. De sources autorisées, des spécimens ont peut-être été capturés par des scientifiques intrépides qui ont osé affronter le courroux des habitants des lieux de nidification. Les premières analyses sèment le trouble chez les spécialistes de la faune.

Nous aurions affaire, le conditionnel s’impose, à un clone industriel, élaboré à grande échelle, d’un animal chimérique, se déplaçant en traîneau dans les airs selon des légendes urbaines nées de la volonté des marchands d’illusion. Le choix de la zone d’implantation ne serait d’ailleurs pas du fait de l’animal mais bien des humains qui l’ont fait venir. Je me perds en conjectures pour qualifier ce curieux comportement.

Dubitativement leur.

NB : Un nouveau croisement avec le ver luisant ou les lucioles a sans doute eu lieu puisque l’animal est susceptible de produire de la lumière par un procédé dit de bioluminescence grâce à l’oxydation d’une molécule : le luciférine. Il peut même selon certaines observations récentes clignoter ou bien produire des éclats de couleurs différentes ce qui constitue une évolution spectaculaire qui pourra sans doute mettre à mal la théorie de Darwin.

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