Gibier de potence.

La langue bien pendue.

Nœud coulant

 

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Est-ce parce qu'ils ont la langue bien pendue, qu'ils ne respectent ni dieu ni maître et encore moins les margoulins qui nous gouvernent que certains sont voués aux gémonies, à la marque d'infamie et pour finir à cette fameuse potence installée indifféremment en place de grève ou des martyres ? La censure, le rejet, la disqualification sociale deviennent la perspective de ceux qui ne s'alignent pas sur la parole du Méprisant de l'Arrêt Public depuis que notre Jupiter national s'est paré lui-même du principe d'infaillibilité jusqu'alors exclusivité papale.

Puisqu’il en va ainsi, examinons à la loupe cette potence qui se dresse comme un épouvantail à oiseaux de mauvais augure. En tout premier lieu, il semble qu'il y ait un terrible malentendu sur l'expression susnommée. Le Gibier craint plus sûrement le plomb que ceux qui ne l'ont pas dans la tête lui réservent pour prix de leur irrespect. Seul le collet pourrait correspondre à cette mise en suspension - hélas définitive – des libres parleurs, penseurs, créateurs. La métaphore gagnerait en clarté cynégétique ce qui serait de bon aloi pour entamer la future chasse aux sorcières qui se profile à l'horizon.

Gibier quant à lui qualifierait plus opportunément des êtres sauvages se refusant à la grande domestication des masses en cours. À plumes, ils déversent des tombereaux d'insanités sur les réseaux sociaux sans prendre de distance vis à vis des habituelles règles de déférence dues aux maîtres. À poils, ils mordent, chargent, agressent les nobliaux dans leurs palais de la République. Il convient de les déclarer nuisibles et de les prendre au collet.

Mais je fais certainement fausse route. Ce ne doit pas être à cette potence là que le pouvoir autoritaire voue ses opposants. Ils se prétendent En-Marche, ne cessent d'évoquer des rayons de circulation et ainsi trahissent leur volonté de punir ces garennes qui se refusent à se mettre au pas. À courir deux lièvres à la fois, l'abolition des libertés et des acquis sociaux, notre Freluquet a dans le collimateur les réfractaires à son plan machiavélique. Il entend bien les clouer sur une bicyclette, les placer sur un parquet de vélodrome pour qu'ils y tournent en rond jusqu'à ce que mort s'en suive. Une méthode assez curieuse mais avec ce personnage, rien désormais ne devrait nous surprendre depuis que les vélodromes ont retrouvé leur lustre d'antan.

La potence serait encore une pièce de charpenterie qui tente d'échapper aux lois de la gravité, de tenir en suspension des éléments qui pourraient ainsi se libérer des contraintes communes. Les mauvaises langues qui dénonceraient ainsi cette tentation du pouvoir de scier la branche sur laquelle est assis le peuple seraient mises au ban de la société, condamnées au silence pour que se poursuive sans entrave ce pillage des richesses nationales. Le Gibier, une fois dépouillé, serait promis au grand banquet des canailles, tous exploiteurs, profiteurs ou prévaricateurs.

Je m'égare. Ce n'est rien de tout ça. La potence est encore cette toise qui impose au peuple de se courber pour passer sous les fourches Caudines du Monde d'Après. Il conviendra de montrer patte blanche pour avoir le droit de vivre dans la société dépeinte par Orwell.

Perte des droits civiques, mise à l'écart sociale, les gibiers de potence se verront par la suite imposer des réserves, des zones de non droit. Ils seront reconnaissables à une marque jaune indélébile tracée sur leur front. Dans ces zones naturelles, installées dans des territoires ruraux abandonnés, les humains pucés s'offriront la dernière proposition culturelle et touristique, un fusil en main pour éliminer la racaille. Bel avenir que voilà !

Sauvagement leur.

François Villon la Ballade des pendus lu par Gérard Philipe © Henosis - Association Culturelle

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