Un ornithorynque au gouvernement.

Le Dard en main

Le pangolin perd la main.

 

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Comparaison n’est jamais raison même s’il est curieux de constater que parmi les mammifères le seul qui possède un dard vénéneux soit ce brave et si exceptionnel ornithorynque. À le regarder de plus près, l’animal dispose de tant de particularités qu’il me fait immanquablement penser à ce curieux personnage qui a pénétré par effraction le ministère de l’intérieur, violant ainsi les consciences de toutes les femmes de la nation. Décrit comme farouche, il remplace sans problème son prédécesseur.

Sa nomination a de quoi surprendre ceux qui n’ont pas perçu le sens exact de sa mission. Il s’agit de redresser la Peau lisse, de faire preuve de fermeté et de se pénétrer d’une culture de l’ordre et de la discipline. L’animal politique est en tous points parfaitement adapté à ce « cahier décharge » qui se présente à lui.

Mais revenons à nos moutons ou plus précisément à cet ornithorynque qui lui servira de blason et d’emblème. Politicien endémique que l’on trouve exclusivement dans le marigot des gens prêts à tout pour être en place, reniant convictions et principes, parti et famille politique afin de trouver grâce au maître du moment, on ne peut l’observer que dans les allées du pouvoir.

À la différence de son modèle qui est le seul mammifère qui pond des œufs, notre ami se contente de pondre des circulaires et des lois qu’il couve amoureusement avant que de les imposer à tous. C’est ainsi que ces textes ne naissent pas complètement formés, ils doivent passer le stade de la maturation avec apport d’amendements de la part de congénères tout aussi spécieux.

Son apparence est, il convient de le reconnaître tout à fait particulière. C’est sans doute ce qui lui permet d’être objectivement dans une famille politique tout en prétendant le contraire. Son bec de canard nous pousse à croire à juste titre que c’est un drôle d’oiseau tandis que sa queue de castor affirme tout au contraire que ce n’est qu’un sacré luron, prêt à tout pour accueillir une femelle dans son terrier.

L'ornithorynque politicus se plaît à brouiller les pistes sans respecter la morale ni les règles d’usage de la société. Il est cependant conseillé de ne pas s’approcher de ce redoutable animal. Il porte en effet au niveau des pattes postérieures un aiguillon capable de libérer un redoutable venin capable de paralyser la volonté humaine et même de tuer toute résistance. Cette caractéristique lui donne un pouvoir étonnant de persuasion quand il est en quête d’une conquête électorale.

Sa queue lui sert d’ailleurs de gouvernail pour évoluer en eaux troubles tout en lui servant de réserve de graisse et de voix. Il dispose en outre de pattes de loutres, pour mieux tromper la gent féminine en l’attirant par sa somptueuse fourrure. Beaucoup d’observateurs ont pensé à une plaisanterie alors que c’est en fait une curieuse exception de la nature.

Depuis quelque temps, les botanistes et les experts en politique se penchent sur son cas pour mieux étudier l’évolution de l’espèce. Il semble qu’il soit emblématique de ces animaux capables de se transformer pour mieux circonvenir ses proies tout en se fondant parfaitement dans le milieu dans lequel il évolue. Il faut cependant se méfier car tout ceci n’est qu’apparence et vanité. L'ornithorynque politique demeure un danger qu’il convient justement de ne pas approcher de trop près.

Si l’espèce est protégée actuellement ce n’est que le fait du Prince, un certain Freluquet, grand amateur d’ambivalence et de faux-semblants. Il n’est pas certain que dans un autre environnement, l’animal au dard malin soit aussi bien considéré. Sa queue plate de castor traîne en effet de vilaines casseroles qui finiront bien par nuire à sa carrière jusque-là fort brillante. Comme son homologue austral, l’individu est quasi menacé si la justice fait convenablement son travail, ce dont on peut douter légitimement dans cette République bannière.

Zoologistement sien.

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