Ne ménageons pas nos torchons et nos serviettes.

Tout ce qui se vend est béni.

On se fait rouler ...

 

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Nous avons découvert le téléphone qui faisait tout autre chose que téléphoner. Ce fut le point de départ d’une nouvelle ère du consumérisme. Il y a alors la télévision qui se passait aisément de diffuser des programmes télé, il est vrai de plus en plus médiocres mais ceci n’était qu’un premier pas vers l’inconnu. Il y eut encore le robot ménager qui se mit à faire les courses, intégrant une puce dans chacun de ses plats et communiquant avec un réfrigérateur connecté. Nous pensions avoir en la matière touché le sublime.

C’était sans compter sur la trottinette pour laquelle il n’est plus besoin de trottiner, le vélo qui ne réclame plus le moindre coup de pédale, la roue qui se permet d’être unique pour transporter un être hybride juché sur ce promontoire mobile. Le progrès allait ainsi toujours de l’avant, non pas sur des charbons ardents mais sur des monceaux de déchets nucléaires.

Puis soudain, la modernité a sauté le pas dans l’absurde et le synthétique. Nous ne pouvions penser que ce besoin toujours plus poussé de nous prendre pour des gogos nous conduirait vers cette extrémité. Dans un louable souci de gain de place tout en demandant à des ingénieurs de mouiller la chemise dans des recherches élaborées sur les matières textiles, a soudain surgi dans les rayons un produit enfin révolutionnaire.

Ne nous y trompons pas, celui-ci ne s’inscrit pas dans une démarche durable, un souci qui tombe souvent dans l’oubli dès qu’il est question de remplir le tiroir-caisse, fut-ce encore en liquide. La chose, à bien l’examiner ne doit rien à la nature, même si elle est censée parfois y servir dans une tenue proche de celle des origines.

Ses matières premières sont issues de la pétrochimie, une branche pleine d’avenir quand on envisage avec optimiste la fin de l’espèce. Mais nous n’allons tout de même pas contraindre les usagers à retourner à l’âge de pierre avec des matériaux aussi archaïques que le lin et le chanvre qui de plus ont l’incroyable désavantage de pouvoir pousser dans notre pays. L’industrie textile se doit de tomber la tête la première dans l’exotisme.

C’est donc dans une parfaite conformité avec le délire ambiant qu’est apparu ce produit révolutionnaire à plus d’un titre. Tout d’abord, il offrait un gain de place considérable dans les valises et les sacs de voyage des candidats au déplacement au long cours. Cet aspect des choses n’est absolument pas négligeable quand on sait que les usagers compulsifs de l’avion sont limités à la fois en volume et en poids.

Car non seulement la chose ne prend pas de place mais elle est légère comme une plume ce qui facilite la tâche de celui qui doit écrire à son propos. Car à vrai dire, remplir une page sur un tel objet relève de la gageure. Car à franchement parlé cette pièce de tissu ne bouleversera pas le monde même si elle lui fera faire un pas décisif vers l’absurde.

Car, mettre sur le marché une serviette de bain qui n’essuie pas et la vendre en des millions d’exemplaires relève de la farce, de l'énarque savamment orchestrée et de la plus remarquable manipulation qui soit. La chose se trouve dans tous les sacs à dos et sac de voyage. Seuls les clients des hôtels et des chambres d’hôte ignorent le déplaisir de devoir tenter de se sécher avec un linge de maison qui ne remplit absolument pas sa mission.

Il a fallu qu’un génie de la marchandisation se jette à l’eau pour mettre sur le marché ce merveilleux produit simplement capable d’essorer nos économies/ Je tiens à leur adresser ici toute mon admiration.

Sèchement sien.

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