Genèse d'un conte

Les ricochets sur l'eau

Julien l'Hospitalier

nabum-par-georges

Il m'était venu l'envie d'aller faire un tour du côté des fontaines miraculeuses. Même si elles portent toutes le nom d'un bienheureux ou d'une sainte de l'église catholique, elles étaient connues des gaulois bien avant que l'on leur accole un nouveau patronyme issu du calendrier. S'il n'est pas toujours simple de démêler le vrai du faux, il apparaît clairement que bien souvent le Saint en question n'avait jamais trempé ses lèvres dans le précieux liquide.

Là n'est pas la question. J'avais le dessein de raconter une histoire avec une eau qui apporte du réconfort pour un mal sournois, histoire sans doute de rappeler que la médecine avait par le passé d'autres formes d'action qui ne nécessitait pas une industrie chimique. J'effectuais ainsi, au hasard des recherches quand je tombai sur une fontaine Saint Julien au bord de la rivière Loiret dont les explications indiquaient que le sus dit personnage était également patron des mariniers.

La chose, vous n’en doutez pas attira mon attention. Voilà un nouveau nom dans la liste déjà longue des assures célestes qu'invoquaient les gars qui vont sur l'eau. Je voulus en savoir plus d'autant que ce brave garçon disposait encore d'autres compétences, étant patron de seconde main pour les voyageurs et les chasseurs. Un petit palmarès qui méritait de changer de projet.

J'allais donc fouiller dans la légende dorée, un puits sans fond de menteries toutes plus invraisemblables les unes que les autres. L'imagination des pères de l'église étant en la matière parfaitement débridée et peu soucieuse de la vraisemblance. C'est alors que je tombai sur l'évocation d'une légende qui avait eu l'honneur d'être reprise par un grand auteur : Gustave Flaubert.

Il en avait même fait un conte qui n'avait jamais dû être conçu pour être raconté tant il était long, descriptif et alambiqué. Je renonçais même à le lire, lui reconnaissant ça va de soi des qualités littéraires auxquelles je ne pourrai jamais prétendre mais l'absence du rythme qui fait la spécificité des histoires à raconter oralement. J'en savais assez pour tailler ma propre route en prenant deux ou trois éléments aux uns et à l'autre.

Il ne restait plus qu'à trouver un port d'attache à ce fameux Julien, chasseur, voyageur, parricide et hospitalier. Comme vous le savez, j'ai la spécialité de tout ramener à la Loire, encore fallait-il que cela colle avec les éléments incontournables du récit. Il me fallait compter sur la chance et trouver un lieu-dit qui allait servir la petite idée qui me trottait dans la tête.

Un logiciel cartographique remplit parfaitement sa mission en me permettant de trouver l'oiseau rare, un lieu-dit évoquant un animal qui se chasse. Le tour était presque joué, ne manquait plus que de mettre en scène la situation initiale qui allait mettre en branle le récit, justifier un voyage, expliquer faussement un nom de village tout en apportant des éléments véridiques pour donner de la consistance à cette menterie.

L'anthropomorphisme est en ce domaine fort commode pour déclencher le processus, assurer un rebondissement et éventuellement apporter le point final. Il n'était plus qu'à laisser glisser les doigts sur le clavier et oubliez totalement la fontaine miraculeuse qui n'avait servi que de déclencheur à ce curieux processus. Gustave Flaubert ne m'en voudra sans doute pas, son conte n'a au demeurant strictement rien à voir avec le mien.

Pour rester dans les gens de lettres, je plaçai un épisode aux Vernelles, la résidence de Maurice Genevoix, sans doute pour me faire pardonner cette honteuse manière non de plagier ou paraphraser mais bel et bien de jouer les flibustiers, pilleur de grands écrivains, vulgaire falsificateur du réel. Voilà vous savez tout de cette étrange alchimie qui prévaut à la rédaction d'une nouvelle Bonimenterie. « Sous le pierré, le plagiat ! »

Confessionnallement mien.

ancre

https://www.youtube.com/watch?v=hd6BiGcMpVA

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