Peigner la girafe

à Grande échelle

Elle peut aller se brosser ...

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Il convient de monter sur ses grands chevaux pour réaliser ce prodige et encore faut-il que la dame ne se monte pas du cou. On peut s’étonner alors que la demoiselle ne préfère pas qu’on lui passe la brosse à reluire dans le dos, souhaitant un peigne pour se faire belle. Belle vigie de la brousse, elle a toujours refusé la queue de cheval, elle qui roule sa bosse loin des hippodromes et des caravanes du désert.

La girafe est échevelée, c’est bien là son principal problème, celui qui la pousse à réclamer votre intervention à grande échelle pour remettre un peu d’ordre dans sa tenue. Refusant de s’abaisser à vous tendre le cou, elle reste la tête dans les nuages, attendant celui qui saura se mettre à sa hauteur, qu’importe le moyen. Les coiffeurs de girafe sont légion, ils sont capables d’une imagination débordante pour atteindre les sommets de la coiffure animalière.

Il y eut tout d’abord les bergers landais, venus d’un territoire qui ignorait tout de ce curieux chameau à long cou comme l’appelaient alors les romains, toujours un peu fous quand il s’agit de classer les espèces. Nos bergers prenant ainsi de la hauteur voulurent lui manger la laine sur le dos et découvrirent que la belle, aimait à ce qu’on lui flatte l’occiput. Ils ne se firent pas prier, étant galants hommes et bons pasteurs.

Puis il se trouva des gardiens de phare pour venir examiner celle qui menaçait d’après eux leur activité. La jalousie a toujours poussé les individus à penser du mal de ceux qui se différencient d’eux. L’animal ignorant tout, de sa savane maternelle, des écueils de l’océan, se gaussa de ces pauvres diables et accepta d’éclairer leur lanterne. C’est ainsi qu’ils se mirent en demeure de lui faire belles nattes sur la tête.

Les sous-mariniers virent quant à eux une possibilité d’embarquer la donzelle pour remplacer le périscope. L’idée pour saugrenue qu’elle puisse nous paraître leur avait pourtant caressé l’esprit. La ruminante en fut marrie, elle qui avait si peu de goût pour l’immersion profonde ; cela la défrisait ! Il fallut l’intervention d’un mousse pour lui faire shampooing et mise en pli réglementaire. L’honneur de la marine était sauf.

Les moustachus de tous poils se pendirent à son cou. Sa belle robe excitait leur imagination et provoquait troublante érection capillaire chez eux. Certains se firent des frisettes sous le dessous du nez pour lui plaire et c’est alors que l’animal réclama sa part. Le peigne à girafe fut ainsi inventé au nez et à la barbe des merlans qui ne surent jamais l’utiliser.

C’est la confrérie des chauves qui se mit en demeure d’établir une procédure détaillée pour peigner l’animal. Sans doute doit-on voir dans cette pratique curieuse, une manière de supporter la frustration de ne pouvoir se faire des cheveux. Les arcanes de la pensée humaine sont si complexes ! Ils établirent des tours de rôle pour remplir leur mission sans coup férir.

Tout se passait le mieux du monde, la girafe voyant d’un assez bon œil ces étonnants personnages qui venaient lui proposer un service dont elle avait nul besoin quand un orthophoniste chauve découvrit le pot aux roses. Tout en peignant une bête de haute stature, il eut envie de lui parler de la pluie et du beau temps. La girafe est sans doute l’animal terrestre le plus à même d’évoquer le sujet des précipitations, se trouvant si près des nuages.

Elle répondit à son coiffeur du moment qu’il faisait fausse route, que la raie qu’il était en train de lui faire dans le cou n’était pas de nature à favoriser l’écoulement de l’eau. L’homme alors, tomba de haut, la girafe s’exprimait avait un énorme cheveu sur la langue. C’était donc ça ! Les hommes avaient fait grande confusion et quelques séances d’orthophonie suffirent pour que plus personne n’ait besoin de peigner la girafe.

Ceux qui s’aventurent encore à se lancer dans cette fastidieuse opération cherchent sans doute du poil aux œufs, ignorant que la dame ne peut être confondue avec une autruche. Ils sont capables de se mettre la tête dans le sable pour nier l’évidence. Alors laissons les se ridiculiser de la sorte, ils ne font pas de mal à une mouche !

Défrisement vôtre.

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