Donner du sens

Quand l’exemple vient d’en haut

Ma lecture sans dicter

dic1

 

Les derniers tests l’affirment, les jeunes français ne donnent pas sens à ce qu’ils lisent. La chose est regrettable,la lecture est sans nul doute la porte d’entrée de la liberté de pensée, de l’accès à l'imaginaire, de la réflexion et de l’esprit critique, mais il convient de reconnaître que ces chers élèves ne sont en rien aidés dans cette vaste quête du sens par les adultes qui les entourent.

En premier lieu, il apparaît que la question du lexique se pose de plus en plus gravement dans une nation qui brade sa langue pour des raccourcis anglophones. L’art de la complexité est essentiel pour manier les concepts, aborder les nuances, comprendre plus finement et chercher toujours à parfaire son expression. Comment nos chers chérubins pourraient-ils seuls, échapper au rouleau compresseur d’une pensée limitée à des mots qui claquent, à des slogans, à des raccourcis sémantiques ?

L’art oratoire se perd dans les instances qui devraient montrer l’exemple, seule la petite phrase qui fait mouche est retenue. Le développement de l’argumentation n’a plus aucune importance, le discours relève désormais de la réclame publicitaire. Fort de ces exemples navrants, les élèves mangent les mots, avalent les conjonctions, nient les subordinations, effacent la syntaxe. Il convient d’être efficace, concis, rapide, tout le contraire de ce qui est utile à l’expression d’une pensée et à l’épanouissement du sens.

Mais pire encore, les valeurs sont nivelées, l’important est mis au niveau du futile, l’essentiel est perdu de vue au profit de la surface des choses. La dernière hystérie collective autour de l’idole des jeunes a démontré combien l’échelle des valeurs ressemble de plus en plus à une corde lisse. Tout glisse, tout est mis au même niveau à moins hélas, que seule la vacuité ait droit au chapitre.

Le représentation nationale n’est plus là pour donner de la distance, fixer des grands objectifs, déterminer un cap ambitieux. Elle se contente de flatter le derrière des vaches, d’honorer les amuseurs publics, de reprendre à son compte les saillies d’humoristes sans idéaux. L’argent, les paillettes, les êtres sans consistance sont mis au premier plan. Tout passe sous la toise du nivellement par le bas, par l’absence totale d’ambition intellectuelle.

Et c’est dans un tel contexte - où Mac Donald et Coca Cola ont gagné la partie et bien d’autres encore, tous plus immanquablement et irrémédiablement attirés par le vide - qu’il faudrait par la magie d’une dictée quotidienne, remettre nos têtes blondes, brunes ou rousses sur le chemin de la compréhension.

Quand le premier d’entre-nous fait d’un rockeur énervé un héros national, on imagine aisément que l’ambition des jeunes générations se limitera à se hisser au palmarès du top cinquante, à figurer dans les grandes équipes de football, à faire la couverture de la presse caniveau. C’est certainement comme ça que nous aurons des prix Nobel, des grands philosophes, des poètes ou bien des savants capable de changer le monde.

Tout est à revoir et pas seulement le nombre de dictées par semaine. C’est d’abord à nos élites de montrer la voie, de cesser de se compromettre dans les stades, sur les plateaux télé, en compagnie de pantins dérisoires. Tous les députés qui ont fait ovation à la mémoire de Johnny ont à ce titre une énorme responsabilité. Ils ont démontré que la représentation nationale est dénuée de toute hauteur de vue, de toute raison.

La bataille du sens passe par une totale transformation du paradigme sociétal. La course à la vacuité n’a que trop duré. Le vide nous menace, les abysses de la pensée sont à nos portes. Le pays est en marche forcée vers la décadence intellectuelle et a pour ce faire, un chef exemplaire. Nous ne pouvions rêver tête de gondole aussi parfaite !

Sensément vôtre.

dicte-e2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.