Le droit d’asile en question.

Histoire de la famille blaireau.

Une histoire qui ne devrait pas vous raser

 

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La famille blaireau a bien des soucis. Des êtres odieux traquent leurs semblables dans la chasse la plus terrifiante qui soit. L’atrocité de cette poursuite au fond de la terre est telle que pour ne pas choquer les enfants, il est préférable de taire la monstruosité dont sont capables parfois ces maudites bêtes orgueilleuses qui vont debout sur leurs jambes postérieures.

Papa blaireau a décidé qu’il était préférable de déménager sa petite famille. Il n’est rien à attendre du gouvernement totalement à la botte des chasseurs en dépit des déclarations de principe en faveur de la nature. Il sait encore que dans la population, la crise est si profonde que son sort risque de ne toucher personne. Blaireau n’a aucune illusion sur la condition humaine. Comment lui donner tort.

Blaireau a pris une décision, c’est à lui de prendre son destin en main d’autant que madame va mettre bas pour une nouvelle portée, attendue avec fierté par le couple et leurs rejetons de l’année passée. Il n’est que temps de se mettre en quête d’un refuge acceptable, confortable si possible et surtout, à l’abri des effroyables déterreurs.

Puisque la mort surgit au cœur de la nuit des entrailles de la terre, Blaireau a levé le museau pour aller quérir un refuge en hauteur. L’animal a remarqué que les humains, toujours à la recherche de nouvelles sensations ont décidé depuis quelques années de singer bien des espèces en allant faire leur nid au faîte des arbres. Les terrassiers de la mort atroce seraient bien en peine d’aller les débusquer dans une maison perchée dans un chêne majestueux.

Papa Blaireau tenta d’investir une belle demeure qui d’après ses observations, n’est habitée que durant la belle saison. Il escalada l’escalier avec grande difficulté, trouva porte close sans la moindre excavation pour s’y glisser subrepticement. « La location ne prévoit sans doute pas un séjour dans les cimes forestières en compagnie de son chat », se dit l'animal fouineur et raisonneur. Il rebroussa chemin.

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L’épreuve physique avait été rude et la déception grande. Blaireau pensa qu’il devait chercher un pied à terre. Le plain-pied est une garantie de décourager les fossoyeurs sanguinaires. Il lui fallait trouver un refuge en lisière de la forêt et des grandes plaines qui constituaient jusqu’alors son domaine. Hélas, la civilisation ne cesse d’empiéter son espace vital par d’affreuses constructions inesthétiques qui hébergent la grande distribution et les activités industrielles. Blaireau pensa à juste titre ne pas y disposer du calme requis pour les siens, y compris le dimanche, jour des saigneurs.

Il allait renoncer quand il découvrit un peu à l’écart du Cap Satan, une charmante construction hébergeant un artisan à la devanture engageante. Blaireau s’y engagea le cœur confiant. Il avait l’intuition qu’en ce lieu, les blaireaux avaient leur place. Il ne fut pas déçu, il fut accueilli à bras ouverts par une charmante dame qui coupait des cheveux en quatre. Il avait mis les pattes dans un salon de coiffure. Il était convaincu que sa recherche arrivait à son terme lorsqu’un client réclama à la dame qu’elle lui fît la barbe. Ce fut l’effroi, elle s’équipa d’un curieux objet qui manifestement était équipé de poils qui lui évoquaient un vieil ami perdu de vue. Blaireau prit ses jambes à son cou et rebroussa chemin sans demander son reste.

Blaireau se faisait des cheveux, il avait pris un coup au moral. « Décidément, les humains sont des êtres infréquentables ! » pensa-t-il au bout de l’espoir. Ne lui en voulons pas, il venait de connaître un terrible choc. Il ignorait jusqu’alors que sa vie pouvait être un enfer pour une histoire qui n’a ni queue ni tête. Il venait de sentir la lame du rasoir lui effleurer la carotide. Il en eut des frissons dans le dos.

Pourtant, il n’avait pas le choix. Sa famille était trop en danger dans un terrier. Au printemps, les fous furieux allaient revenir avec pioches, pelles, pinces à rallonge et chiens terriers. Il ne voulait pas que les siens subissent cette infamie. Cette image d’apocalypse lui redonna du courage, il repartit à la recherche d’un havre de paix...

Un peu en périphérie des habitations, il vit alors une vaste construction sans étage qui disposait d’une grande cour équipée d’installations assez curieuses certes, mais qui devraient ravir ses enfants. Blaireau avança le bout de son museau. Il sentait là de bons effluves lui qui se fie davantage à son odorat qu’à sa vue. Il osa s’aventurer plus avant…

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Il entendit des enfants chanter, rire, réciter, compter ou s’amuser. Il y avait certes beaucoup de bruit mais rien d’inquiétant, bien au contraire. Blaireau était entré dans une école primaire. Il comprit que la série de grandes salles était destinée à l’enseignement des enfants. La place ne serait pas propice à la tranquillité.

C’est un peu plus loin qu’il vit un petit chalet en bois cossu. Il s’en approcha assez pour parvenir à déchiffrer les 4 grosses lettres inscrites l’entrée : ABCD. Une gentille petite fille s’approcha de l’endroit, un livre à la main. Blaireau qui jusqu’alors avait fui consciencieusement la fréquentation de ceux qui marchent, ressentit en cet enfant tant de douceur, qu’il osa lui adresser la parole : « Chère enfant, que signifie ce sigle gravé ici ? »

La gamine qui venait de lire un merveilleux documentaire animalier, ne fut en rien surprise d’être ainsi questionnée par un mammifère charmant. Bonne élève, la petite avait l’amour des mots. Elle répondit avec un appoint magnifique : « Accueillons Blaireaux Contre Caresses ».

C’est ainsi que depuis dans cette école, une famille de blaireaux vit à l’abri des mauvaises rencontres dans une bibliothèque scolaire. Là, tous les enfants viennent avec un immense plaisir partager le bonheur ineffable de la lecture et la douceur incomparable de la fourrure des blaireaux. Il n’y a pas meilleurs lecteurs dans toute la région que ces gamins qui lisent en caressant un animal lové sur leurs genoux.

Naturellement, il convient de ne pas ébruiter la chose. Il est presque certain que l’Inspecteur d’académie et plus encore le ministre de l’Éducation Nationale s’opposeraient sans tarder à cette pratique qui a fait ses preuves au-delà de toutes les espérances. Mais voyez-vous, dans cette nation, que tous les petits des humains sachent vraiment lire et apprécier les histoires, n’est pas du goût de ceux qui dirigent le pays.

Quant à la famille Blaireau, elle vivait un vrai conte de fée. Elle prospéra dans cette bibliothèque, échappa aux abominables monstres de la forêt, et profita de cette merveilleuse occasion pour apprendre à lire. Il se murmure qu’un des rejetons aime tout particulièrement les sornettes d’un Bonimenteur de Loire. Il a bien de la chance car habituellement, jamais ses livres ne trouvent leur place dans les écoles.

Déterrement sien.

La chasse aux blaireaux : une horreur absolue

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