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Billet de blog 14 avr. 2018

Bien dans mon assiette.

La main au panier !

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Le marché du quai du Roy,  le plus beau des marchés !

Chaque samedi depuis plus quarante ans je rentre du marché. Le panier plein de victuailles, des bons produits cultivés par des gens qui aiment leur métier et respectent la nature. Je ne me hasarderai pas à fréquenter jamais les « usines à mal bouffe » : Hypers, Supers et autres estaminets de nos marchands de soupes infectes. Tout ce qui se trouve dans mon assiette vient de mes emplettes locales. Je connais les producteurs, je les ai choisi pour le sérieux de leur travail. Avec eux, je peux manger les yeux fermés.
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Les générations avant la nôtre n'avaient jamais pratiqué autrement. Leur sagesse voulait que pour être bien dans son assiette, il fallait se nourrir au gré des saisons et des produits du pays. Puis la folie des hommes a imposé l'exotisme à tout prix, le hors-saison en tous temps, le lointain toujours préférable au tout proche. Le repas est devenu l’expression du caprice et des fautes de goût.
Pour satisfaire ce délire consumériste, nos routes sont encombrées de camions frigorifiques usant de leur dérogation le dimanche pour déplacer d'un bout à l'autre de notre continent européen des produits qui pourraient tout aussi bien se trouver à portée de bicyclette. Mais, il faut que le commerce passe, que la planète trépasse et que les gros entassent, tandis que les gogos se gavent de produits sans saveur ni qualité nutritionnelle !
Une salade qui pousse benoîtement dans notre Val, partira bien loin se faire mettre sous vide et reviendra dans des petits sachets qu'on livrera à des consommateurs ignorants tout du fonctionnement du panier à salade ou de l’essoreuse. Pour que ce produit tienne la route, il aura subi quelques ajouts douteux pour complaire à des clients qui se pensent trop pressés pour éplucher une salade du pays.
Le haricot voyage tout autant, surtout lorsqu'il veut se retrouver dans une boîte qui cherche l'estampille sud-ouest pour lui conférer une saveur qu'il n'aurait pas à deux pas de chez vous. Et contre les gaz d 'échappement, le bicarbonate n'a aucun effet, j'en suis parfaitement dépité ! La tomate est la reine de l'aventure routière. Elle voyage toute l'année pour effacer les rigueurs de l'hiver. Elle prend le semis et sème à tout va sa rougeur. Plus elle vient de loin moins elle a de goût mais qu'importe, puisque ce critère n'est nullement pris en compte par les acheteurs de la grande distribution. Si le produit est standard, brillant, coloré, il sera satisfait car de toute manière, il mangerait de la M... si on la lui vantait dans une publicité.
Que la peste ou bien les pesticides soient des écologistes et des gourmets ! Bouffer est une nécessité qui n'a rien à voir avec la gourmandise. L'opération d'acculturation du mangeur est en marche depuis belle lurette. Excès de sel, abus de sucre, affadissement général des fruits et des légumes. La pomme golden, reine du grand n'importe quoi gustatif, est à ce titre exemplaire de la normalisation par la médiocrité. Il n'y a plus de bonnes pommes dans les hypermarchés. Allez donc sur nos marchés de pays pour retrouver des pommes qui craquent sous la dent !
La main au panier, je traîne mes guêtres sur tous nos marchés de France. Je cherche le producteur et me méfie maintenant comme de la peste de ces sous-produits du commerce malhonnête que sont devenus quelques producteurs bidons qui vendent des produits d'ailleurs. C'est pire encore que les brigands de la grande distribution, ceux-là trompent sciemment leurs clients et crachent dans la soupe.
Je vois des producteurs de pays, qui en bord de Loire vendent des ananas et de l'ail mexicain. C'est de la filouterie et l'envie me prend de les jeter dans le canal. Qu'ils aillent vendre ailleurs et cessent de tromper sur leur bonne mine de braves gens bien naïfs ! Ils sont le déshonneur du marché et de la profession. Qu’on les laisse agir de la sorte me rend furieux.
Mais point de colère quand j'achète chez le petit maraîcher local des produits qui tiennent l'assiette à défaut de la route. De la saveur et pas de coût carbone. De la diversité et non point l'uniformisation chère à Monsieur Monsanto. Et cette relation humaine que je ne parviendrai jamais à établir avec la balance électronique de nos grands magasins de l'ailleurs lointain.
Voilà j'ai mis les pieds dans le plat depuis que je suis tout petit. C'est à cette époque que j'allais chercher les légumes chez des maraîchers merveilleux. Ils cueillaient devant nous ce que nous venions chercher et lavaient les légumes à l'eau du puits en faisant tourner la grande roue. Si le temps a passé, le souvenir reste, les saveurs demeurent et jamais je ne me ferais à l’idée d’acheter des fruits et des légumes ailleurs que sur un marché.

Légumineusement vôtre.

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