Chou, Fleur, Chou, Fleur ...

Un jeu d’enfant …

La procréation végétale ...

 

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Il était une fois un chou vert tout aussi pommé qu’il était auvergnat, fier de ses origines comme tous ceux de cette terre rude et ingrate. Il était convaincu d’appartenir à la plus belle espèce de légumes et désirait par-dessus tout s’ouvrir au vaste monde. C’est ainsi qu’au hasard de ses pérégrinations, il fit la connaissance d’une rose avec laquelle il se sentit immédiatement en communion d’idées. Une longue conversation débuta durant laquelle ils en vinrent tous deux à se confier…

Nos deux amis devisèrent tout d’abord de contraception. La chose peut naturellement surprendre ceux qui sont nés en ce siècle, vingt et unième de cette ère. Mais elle paraîtra très naturelle à leurs ainés à qui l’on avait voulu faire avaler que les garçons naissaient dans les choux tandis que les filles surgissaient d’une rose sans même se piquer, ce qui en passant en disait long sur la nature de la femme…

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Le chou avait, doit-on s’en étonner, les idées larges et une conception assez novatrice de la sexualité. C’est ainsi que ce diable de légume rêvait de s’accoupler avec un homologue bruxellois. Une lubie sans doute à moins que ce ne fut un désir profond d’assumer ce qu’il était au plus profond de son être. La rose, émue par cette confidence, lui confia à son tour son rêve le plus secret. Celui-ci, s’il ne bouleversait pas la théorie du genre n’en demeurait pas moins épineux pour la belle. Elle en pinçait pour un œillet d’Inde.

Nos deux amis, forts de ces confidences en conclurent que tous deux étaient confrontés à un problème qui les dépassait. Leurs désirs respectifs supposaient pour qu’ils convolent, de pouvoir tout d’abord voyager pour trouver l’objet de leurs fantasmes respectifs. La question les laissait perplexes, chacun étant contraint par la nature à rester coller à sa terre.

C’est alors qu’une cigogne, égarée semble-t-il en ce territoire, vint se poser non loin d’eux. L’oiseau au long bec est réputé pour sa curiosité tout autant que sa faconde. Bien vite, elle prit part à la conversation, n’était-elle pas, elle aussi, en lien de parenté avec le chou et la rose sur tout ce qui touchait jadis à la natalité ? Elle s’autorisa donc à s'immiscer dans le débat.

L’oiseau suggéra alors de mener l’un en Belgique et l’autre en Inde par la seule force de ses ailes. La proposition fut naturellement accueillie avec ferveur par les deux plantes. Quitter la terre, découvrir le vaste monde par la voie des airs, ce n’était rien moins qu’un rêve que jamais ils n’auraient songé à pouvoir matérialiser. Ils acceptèrent sans se rendre compte des difficultés de la chose.

Le chou se pâmait, la rose s’ouvrait plus encore, exhalant un doux parfum exotique. Le trouble tout autant que l’impatience les coupaient totalement des tristes réalités de leur condition terrestre. La cigogne plus pragmatique leur demanda comment ils comptaient couper leurs racines, l’oiseau ne disposant pas d’un quelconque objet tranchant.

La rose, poussée sans nul doute par une intuition toute féminine conseilla à la cigogne d’utiliser son bec pour la libérer ainsi que son compagnon des contingences terrestres. L’oiseau découvrit ainsi qu’il disposait d’une arme redoutable. D’un coup de bec virulent, il coupa la rose. Il lui fallut un peu plus d’efforts pour que le chou se retrouve sans entrave.

Cette fois, une nouvelle question s’imposait. Comment transporter ces deux passagers ? L’oiseau ne disposait pas d’un habitacle susceptible de prendre en charge un chou si rond qu’il risquait de tomber au moindre trou d’air. La rose quant à elle, ne lui aurait posé aucune difficulté pour peu qu’elle accepte de se glisser dans son bec. Hélas, la fleur avait émis le souhait de voyager en compagnie de son petit chou !

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La cigogne suggéra alors de prendre un panier d’osier et d’y glisser les deux compères. Si la suggestion convenait à la fleur, elle déplaisait souverainement au légume. Il voyait dans ce contenant un mauvais présage de nature à le faire passer à la casserole. La rose eut beau le rassurer, rien n’y fit, le chou resta planté sur sa position.

L’oiseau se rappela le temps glorieux où c’est à lui que l’on confiait la venue des enfants au monde. Il chargeait le chérubin dans un linge, un beau drap confortable et fort solide fabriqué alors dans les multiples filatures alsaciennes. De plus, le chou et la rose y seraient plus à leur aise que dans un panier rugueux. Il en fut décidé ainsi.

La cigogne chargea donc le chou vert et la rose déclose. Naturellement en bonne voyageuse, elle choisit de débuter son voyage par la Belgique. L’Inde était si loin, la rose attendrait son tour. Nos deux voyageurs embarquèrent et se lovèrent confortablement dans du kelsch, ce tissu traditionnel à carreaux rouges et blancs ou à rayures, tissé en Alsace depuis le Moyen-Âge, à base de lin ou de chanvre et que l’on trouve encore à Muttersholtz.

L’envol se passa sans anicroche. La suite fut délectable. Le chou et la rose étaient aux anges, se sentirent en affinité si bien que chacun d’eux renonça à son projet initial. Ce qui se trama alors dans le Kelsch demeurera éternellement une énigme. La cigogne devinant qu’il se déroulait quelque chose sous son bec, infléchit son vol en bifurquant vers le ponant. C’est du côté de Saint Paul de Léon qu’elle déposa ses passagers juste à l’instant où la rose mit au monde un enfant : un chou -fleur, fruit des amours adultérins et aériens de nos deux amis.

La cigogne s’en retourna chez elle en Alsace, heureuse d’avoir pu contribuer ainsi à la création d’un nouveau légume. La rose avait un cœur d’artichaut, elle ne resta pas fidèle à son chou vert. Qu’importe, elle avait mis au monde une nouvelle lignée qui désormais se passerait d’elle pour fleurir sur les étals de nos marchés.

J’espère que cette histoire ne vous laissera pas sur votre faim. Elle est née d’un voyage au pays des cigognes qui méritait de mettre au monde un nouveau conte. Bon appétit à tous.

Cigognement vôtre.

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