Spécial Festival de Loire 1

Le petit peuple d'la rivière...

ep2

 

 

Ils sont les crève-la-faim

Gagne-petit, pauvres misères

Tout juste des bons à rien

Trimant au bord de la rivière

Que les marchands au ventre gras

Exploitent jusque z'à la trogne

Se nourrissant sur leurs gros bras

Et sans pitié et sans vergogne

 

ep3

Bienvenus dans le petit peuple de la rivière, celui qui durant toute l’histoire a vécu chichement de cette formidable aventure qui transforma la Loire en poumons économiques du royaume. Comme souvent, pour que les richesses s’échangent et circulent, il convient que des humbles s’échinent au profit des riches marchands, des nobles et du roi.

Si l’histoire aime à retenir les mariniers, ces seigneurs de l’eau aux mœurs douteuses, au langage peu châtié et au comportement fort peu exemplaire, il y a une myriade d’activités qui gravitent autour d’eux. Les  chie dans l’eau , s’ils méprisent les culs terreux plus par folklore que par rivalité concrète, sont tous issus de la plèbe, de ce peuple des gueux qui, pour l'essentiel, est accablé de taxes, impôts et corvées.

Quittons les bateaux pour se rendre sur la berge où s’activent ceux qui ne naviguent pas mais sans lesquels rien ne serait possible. À tout seigneur tout honneur, il convient de commencer par les charpentiers fluviaux. Ils fabriquent les bateaux : chalands, fûtreaux, toues, plates, sapines suivant les besoins des uns et des autres. Chacun exprime à sa manière les impératifs de la construction, il n’y a pas de modèles déposés même si pour l’essentiel, les grands principes viennent encore des Vikings.

Le bateau construit, il faut en assurer l’étanchéité. Les calfats étalent le goudron et la poix, ils colmatent les interstices du bois avec de l’étoupe. Ils respirent des odeurs et des effluves malsaines pour empocher trois fois rien, comme beaucoup d’autres métiers qui vivent d’expédients. C’est le lot de la rivière, les hommes y grouillent comme dans une fourmilière et bien peu sont ceux qui en vivent aisément.

Pour franchir les ponts, les trains de bateaux sollicitent les gobeux, ces hommes forts qui louent leurs bras pour tirer cet ensemble de 18 mètres de long, lourdement chargé. C’est un effort terrible, bref, intense pour quelques pièces qui améliorent tout juste l’ordinaire. Quand il y a du vent porteur, les mariniers font l’économie de cette dépense en passant le convoi sous voile dans une manœuvre spectaculaire dite à la volée.

Sur le quai, les portefaix, les charretiers, les marchands attendent les bateaux. Les uns déchargent, les autres transportent quand les derniers font des affaires. Une grande partie du fret arrivant en Orléans jusqu’à l’ouverture des canaux de Briare puis d’Orléans, transite ici avant de partir vers la Capitale. La place du Martroi est devenue au fil du temps le nœud essentiel de cette activité.

Sur l’eau nous trouvons encore les tireux d’jard, les pêcheurs, les meuniers sur les moulins à nefs, les producteurs d’osiers, les passeurs. Chacun revendique sa place, peut parfois entrer en concurrence avec d’autres métiers. C’est la foire d’empoigne et la loi du plus fort est souvent la règle. Les contentieux sont légion et les naufrages pas rares. La Loire n’est pas un long fleuve tranquille et les gens d’alors l’appellent affectueusement la rivière.

Tous ces hommes dans la force de l’âge et pour certains fort loin de chez eux attirent naturellement le plus vieux métier du monde. Pour les mariniers, ce sont des bordeaux, maisons borgnes éclairées par des lanternes rouges où parfois le service est rendu pour quatre sous. Il convient de ne pas trop vider des bourses qui ne sont guère pleines.

D’autres femmes s’affairent. Elles lavent le linge sale des familles bourgeoises, accroupies sur leur caisse à savon, maniant le battoir tout autant que la langue. Le métier est rude, si difficile que pas un homme ne s’aventure à mettre les mains dans l’eau froide. Les bateaux lavoirs offriront sur le tard de l’eau chaude et un peu de confort mais c’est bien tard quand la marine marchande a laissé place au chemin de fer. Prenez bien garde de ne pas vous leurrer avec le terme trompeur et ensoleillé de lavandière. Elles étaient laveuses et s’échinaient par tous les temps plus sur les rivières et les canaux que sur la Loire, peu propice à cette activité.

à suivre

ep4

Tableaux de MESSEMIN

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