En attendant le pape

Sous le regard de Dieu

François reconnaîtra les siens

 

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La bonne ville de Jeanne est dans l’attente fébrile de la bénédiction papale pour le centenaire de la béatification de son héroïne, une lorraine égarée en bord de Loire. En attendant 2020, il convient de se concilier le Très-Haut et après que la main de Dieu a oint la cathédrale Sainte Croix, seul édifice religieux de l’hexagone sanctifié par Dieu en personne sous Saint Euverte en 340, le sympathique échevin de l’heure, homme de grande foi si on en croit sa moralité personnelle, a souhaité se concilier le regard du Seigneur des cieux !

La cité, toujours prompte depuis qu’elle est devenue Métropole, à saisir toutes les opportunités pour mettre en avant ce que la technologie permet de réaliser - après le téléphérique pour pénétrer les voies du Seigneur et survoler celles de la SNCF - a pensé brancher une web-came directement reliée au Paradis.

Il n’était pas convenable de mettre cette merveille de technologie dans la cathédrale. Dieu se serait offusqué d’y voir en pleine gloire l’oriflamme de Gilles de Rais, ce monstre pédophile, vénéré comme il se doit dans une cité peu regardante sur la morale ! Non, le très haut aurait assisté aux turpitudes d’une assemblée de fidèles plus soucieuse de préserver les apparences que de la véritable charité chrétienne.

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C’est ainsi que, à proximité de l’endroit, une statue en bois se dressa pour s’opposer à l’invasion des Normands. Elle plaça, bonne mère, la cité sous sa haute protection. La statue de bois se trouva ainsi fort à propos au cœur de toutes les dévotions. Elle trouva dans l’instant hébergement dans l’église Saint Paul. On peut remarquer que les temps ont bien changé dans cette ville qui reçoit depuis, bien moins spontanément les frères et les sœurs de couleur de la bonne dame. Il est vrai, à la décharge de nos édiles, que la menace ne vient plus du Nord de l’Europe !

Au XI ième siècle, les Vikings revinrent faire du tourisme sur nos rives. Ils avaient trouvé refuge et villégiature en Normandie mais n’aimaient rien tant que venir se refaire la cerise en pillant quelques trésors de notre sainte mère l’église. En bord de Loire, ceux-là ne manquaient pas, dissimulés à l’appétit des manants dans les abbayes et les monastères qui poussaient comme des champignons tout au long de la rivière.

C’est lors de l’une de ces sournoises et odieuses attaques que les assiégés crurent bon de compléter leur système défensif en plaçant la statue de bois sur les remparts, face à l’ennemi. Armée de sa seule assurance céleste, la dame protégea un vaillant archer en tendant son genou afin qu’une flèche vienne s’y ficher. L’homme avait été sauvé par le doigt de Dieu ce qui lui donna le droit de tuer en réponse le méchant assaillant. Devant ce prodige, les normands rendirent les armes et rebroussèrent chemin tandis que la statue et sa flèche trouvèrent une nouvelle résidence dans la chapelle des miracles.

Quand une série est placée sous de tels auspices, il n’est pas de raison qu’elle s’arrête en si bon chemin. La Vierge noire était née sous une bonne étoile, elle allait continuer son chemin de gloire, semant la désolation contre ceux qui s’en prenaient à elle. En 1562, des forbans, des soldats huguenots indisciplinés vinrent tenter l’aventure de lui régler son compte. Puisque la vierge était noire et que de plus elle trônait dans la cité johannique, c’est par le feu qu’elle devait périr. Les soudards furent pendus par le frère de Coligny leur chef pour d’obscurs motifs de discipline. Une fois encore, la vierge noire pouvait voir la vie en rose.

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La suite fut du même tonneau. Un gougnafier décréta lui faire son affaire à coup de marteau. Il s’empara d’elle et la séquestra chez lui. Nous étions en 1793 et le marteau s’avéra impuissant à venir à bout de la statue miraculeuse. Dépité, voyant là l’œuvre du malin, l’homme s’avoua vaincu et rapporta son larcin pour qu’elle retrouve son église. Puis le ciel en personne se prit d’affection pour la petite statue. L’envahisseur allemand bombarda, le fourbe, notre ville en 1940. Les bombes mirent le feu à l’église des miracles mais les flammes s’arrêtèrent sur le seuil de la Chapelle où était conservée précieusement la Vierge Noire. Elle avait une fois encore montré combien elle était en mesure d’entraver le dessein de tous ceux qui sont hostiles à notre bonne cité.

Nous sommes donc, comme l’histoire le prouve devant une dame qui souhaite véritablement protéger la ville de toutes les invasions qui la menacent. Notre échevin ou l’un de ses subalternes pensa donc légitime de placer la tour Saint Paul sous haute surveillance d’autant que depuis quelques temps, des hordes venues du Sud, des gens sans la bonne foi ni toit, avaient trouvé refuge sous un préau installé juste en face du lieu Saint.

C’est donc sous la surveillance divine que la plèbe qui couche dehors fut épiée du haut la maison de Dieu. Qui a pu donner pareille autorisation ? Qui a osé mêler la foi avec l’introspection honteuse d’un pouvoir terrestre indigne ? Se méfier des plus humbles, eux qui d’après les évangiles sont promis au royaume des cieux, ressemble bien à la doctrine honteuse d’une bourgeoisie qui déteste les gens de peu et plus encore ceux qui viennent d’ailleurs.

Les gens de la rue, les migrants, surtout en cet endroit, des mineurs isolés, sans papiers ni parents, sont donc épiés d’un édifice religieux. C’est insupportable et cette surveillance n’a malheureusement pas pu empêcher un meurtre il y a peu de temps de cela. Dieu reconnaîtra les siens et les cerbères de la bien-pensance orléanaise peuvent dormir tranquilles, tout cela n'implique pas les électeurs.

Est-on en droit de demander des comptes à ces gens capables d’agir ainsi ? J’en doute. Jésus sur sa Croix doit en avoir des frissons dans le dos. « Aimez-vous les uns les autres », son message fondateur a dû échapper à ces curieux paroissiens qui ne visitent un édifice religieux que pour y installer une vidéo-surveillance contre ceux qui ne sont pas les bienvenus ici. Jeanne, reviens vite, les tiens sont devenus fous.

Surveillancement vôtre.

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