En Harmonie

Et sans fausse note.

Retraite : L'accroche pointée ...

 

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L’harmonie joue sous le kiosque à musique. Ils sont nombreux, joyeux, chacun apportant sa pierre à l’édifice musical. Pourtant, les passants, indifférents, poursuivent leur chemin sans les écouter. Le cuivre ne fait pas plus recette pour ces musiciens qui se fondent dans le collectif. Il y a bien longtemps que cet ensemble harmonieux a cessé de briller au firmament de la mode. Les uns le pensent désuet, les autres s’en amusent quand les plus jeunes ignorent même son existence. L’harmonie a il est vrai trop souvent marché au pas pour représenter cet idéal de paix qu’elle porte malgré tout dans son magnifique nom.

Il serait grand temps de revenir à cette définition essentielle du vivre ensemble : être en symbiose et plus encore en harmonie. Un souvenir lointain quand tous les chœurs battaient la mesure à l’unisson. Mais revenons sur les raisons de la cacophonie actuelle. Tentons de comprendre ce qui provoqua dissonance, altérations, couacs et désaccord dysharmonieux

Tout se passe dans le joli palais du grand chef Freluquet. Son épouse, dans une colère qui va crescendo vient de casser la vaisselle pourtant achetée à prix d’or. Il faut couvrir les bruits de la dispute. Le clairon sonne la charge des CRS, le pays essaie de reprendre son souffle avec un tuba pour sortir la tête de l’eau. L’hélicon survole la scène, le chef d’orchestre ne donne plus la mesure, il a une préférence appuyée pour la démesure.

La grosse caisse bat le rappel. Les sous-fifres n’en peuvent plus de payer la note, d’être contraints aux soupirs à chaque nouvelle partition gouvernementale. La cymbale sonne le glas de nos espérances, la marche funèbre ponctuera la fin de nos avantages sociaux. Les fonds de pension donneront bientôt le « La » avec un pouvoir au diapason de leurs exigences.

Le premier violon nous joue un air de flûte pour nous faire avaler la pilule. Mentir est non seulement dans ses cordes mais nul besoin de s’accorder sur l’air qu’il convient de jouer. La charge dramatique passera en force, les harmoniques battront la retraite et enterreront définitivement la clef de sol. Les musiciens sont condamnés aux travaux forcés, ils joueront jusqu’à leur dernier souffle.

La clarinette a pris le maquis. Elle se terre dans le haut-bois, prête à bondir sur le compositeur fou qui réclame crescendo la fin de la partition sociale. Le saxophone pointe le bout de son nez tandis que la flûte se casse les dents sur cette loi qui fera un trou dans son budget. Ils rejoignent tous deux le camp des dissidents. Les instruments à vent sentant venir la tempête, se joignent à la rébellion.

La police se met en batterie, elle entend mener à la baguette ces trublions qui dépassent la mesure, refusent de se plier à l’appogiature qui retarde l’âge de la retraite aux flambeaux. C’est sans nuance, que l’orchestre militaire frappe le tempo sur le crâne des opposants. C’est pour les musiciens de l’harmonie sociale le point d’orgue de la rupture. Plus rien n’est désormais possible, le bon peuple déchante, celui qui devait les mettre en marche se contente d’un pas de l’oie de plus en plus martial.

C’est avec du trémolo dans la voix, que les musiciens de la fanfare défilent dans la rue, ayant troqué leurs instruments contre des banderoles. L’altération de la conscience collective a pris fin, les blanches comme les noires sont pointées pour une prolongation du combat jusqu’à la mise au silence du décompositeur en chef.

Quand celui-ci et ses sbires auront été contraints au bémol avant que de se taire définitivement, l’harmonie reviendra à nouveau sur le devant de la scène. C’en sera fini des orchestres de chambres des députés, des opéras bouffes aux frais de la princesse, des musiciens si peu sympathiques qui ne jouent que pour leur parti. Dans l’harmonie chacun joue pour l’autre, respecte la tonalité et le rythme des réformes. C’est le collectif qui l’emporte sur ces miséreux solistes qui jouent en sourdine pour des intérêts privés.

Dysharmonieusement vôtre.

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