C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

3666 Billets

1 Éditions

Billet de blog 15 janv. 2022

Tiré par les cheveux.

Chercher l'époux dans la tête ...

C’est Nabum
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Farce capillaire

Tout avait commencé d'une étrange manière. Comme toutes les semaines, le rituel de la pause des bigoudis s'imposait à elle. Sa vieille tante conservait cette ultime coquetterie, certes quelque peu surannée mais à laquelle elle s'accrochait, en souvenir de son passé. Qui irait le lui reprocher ? Quand un petit plaisir est aussi facile à satisfaire, il n'y a aucune raison de le refuser.

La pose des rouleaux avait commencé. Nièce et tante devisaient tranquillement, abordant comme à chaque fois le vaste et inépuisable sujet de la pluie et du beau temps avec, il faut bien l'admettre, un angle d'approche assez particulier. La vieille dame qui, jadis tenait salon de coiffure, avait un dada, une fantaisie toute personnelle ; elle avait élaboré une théorie météorologique sur l'effet du temps sur la chevelure.

La nièce, tout au début, avait tenté vainement d'éluder ce qui relevait d'une pure discussion spéculative, largement tirée par les cheveux. Mais à quoi bon. La dame s'accrochait d'autant plus à sa lubie que ses cheveux se faisaient plus rares. Elles n'allaient tout de même pas se crêper le chignon ni même couper les cheveux en quatre.

C'est alors que survint le drame, l'anicroche qui allait déclencher une tempête qui échappait aux prévisions de la dame. Coincé dans un rouleau, un petit papier s'était entortillé là par la grâce du hasard ou plus sûrement d'une intention coupable. La coiffeuse en herbe par curiosité, déplia la feuille et y découvrit un message.

Une personne bien intentionnée l'avertissait sournoisement que son compagnon menait une existence particulièrement échevelée dès qu'elle avait le dos tourné. Elle ne donna pas crédit à cette méchanceté gratuite, se demandant cependant qui pouvait bien lui chercher son époux dans la tête. Elle poursuivit, imperturbable en apparence, son délicat jeu de patience quand une autre missive fit son apparition.

Cette fois, le message était plus explicite, il était question d'une certaine Marie Rose qui avait l'heur de séduire le brave homme. Le venin de la jalousie se fraya un chemin. La malheureuse eut envie de s'arracher les cheveux si elle avait eu le bonheur d'en avoir encore. Elle sortait tout juste d'une terrible maladie qui vous laisse un temps le crâne dégarni.

Est-ce là la raison du comportement de son cher et tendre ? Elle aurait aimé tirer les choses au clair dans l'instant. La tête retournée, elle se mit à dresser les rouleaux sur la tête de la pauvre femme qui n'y était pour rien. La tante, interloquée, cessa de disserter sur les conséquences de la neige sur la nature d'une chevelure. Elle alerta sa nièce que quelque chose ne tournait pas rond.

La pauvre de s'excuser, prétendant qu'elle n'avait plus toute sa tête ce qui quand on pose des bigoudis n'est pas recommandé. Elle tenta de retrouver ses esprits, repoussant ses idées parasites quand justement, son mari fit son entrée, la bouche en cœur et l'humeur guillerette. Ceci eut le don de semer le trouble plus encore.

Il venait justement prévenir qu'il avait une visite à faire en ville et qu'il ne fallait pas l'attendre pour le repas. Il semblait signer son forfait sans qu'il fût besoin de lui tirer les vers du nez. La moutarde monta au nez de celle qui se croyait trahie. Ce fut une jolie empoignade, une bataille de chiffonniers. Les bigoudis volaient en tous sens devant la vieille tante médusée.

Quand le calme fut revenu, les belligérants n'ayant plus un poil de sec, la tante hirsute se gratta la tête pour tenter de comprendre la scène qui venait d'avoir lieu sous ses yeux. Le mari quant à lui tombait des nues, son comportement ne prêtant à aucune critique. S'il y avait anguille sous roche ce n'était pas de son fait. Qui donc avait pu ainsi vouloir semer la zizanie dans cette maison ?

Puis le pot aux roses fut mis à jour. Les bigoudis, source de ce drame conjugal provenait d'un cadeau publicitaire. La tante, ancienne coiffeuse je vous l'ai déjà dit, continuait encore de recevoir des échantillons professionnels dans ces fameux rouleaux envoyés justement par le fabriquant de Marie-Rose l'expert antiparasitaire.

Les messages glissés dans les rouleaux étaient destinés à faire sourire tout en attirant l'attention sur ce vilain hôte indésirable des cheveux. La chose avait failli tourner mal, à un cheveu près c'eut été un nouveau drame de la jalousie. À la suite de cette sombre histoire, la tante se fit des cheveux blancs et renonça à jamais à ces précieux rouleaux tout comme à sa théorie météorologique. Il n'est pas certain que la science s'en porte mieux pour autant.

À contre-emploi.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Nouveaux vaccins, traitements… : des pistes pour protéger les plus fragiles
Avec des vaccins peu efficaces pour limiter la transmission d’Omicron, le raz-de-marée des infections se poursuit. Si une quatrième dose est écartée, des vaccins plus adaptés et de nouveaux traitements sont attendus pour aider à protéger les plus vulnérables.
par Rozenn Le Saint
Journal — Énergies
Nord Stream 2 : le gazoduc qui ébranle la diplomatie allemande
Entre intérêts économiques et alliances, Nord Stream 2 se retrouve au cœur des contradictions de la politique allemande. Sous pression, la coalition gouvernementale accepte finalement que le gazoduc construit pour écouler le gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique soit inclus dans les sanctions en cas d’invasion de l’Ukraine.  
par Martine Orange et Thomas Schnee
Journal — Politique
À Drocourt, le bassin minier oscille entre abandon et vote Le Pen
Dans cette petite ville communiste du Pas-de-Calais, les échanges avec les habitants laissent apparaître l’ampleur de la déconnexion avec les thèmes et paroles qui rythment la campagne électorale médiatique.
par Jean-Louis Le Touzet

La sélection du Club

Billet de blog
L'étrange éthique de la « primaire populaire »
La primaire populaire se pose en solution (unique) pour que la gauche gagne aux présidentielle de 2022. Si plusieurs éléments qui interpellent ont été soulignés, quelques détails posent problème et n'ont pas de place dans les média. Il faut une carte bancaire, un téléphone portable et une adresse e-mail pour participer. La CNIL est invoquée pour justifier l’exigence d'une carte bleue.
par Isola Delle Rose
Billet de blog
Pour en finir avec la Primaire populaire
[Archive] Allons ! Dans deux semaines aura lieu le vote de la Primaire populaire. On en aura fini d'un mauvais feuilleton qui parasite la campagne « à gauche » depuis plus d'un an. Bilan d'un projet mal mené qui pourrait bien tourner.
par Olivier Tonneau
Billet de blog
Pour la « primaire populaire »
[Archive] Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.
par Jean Baubérot
Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier