Le carré des hypothèses nulles

La politique par le bas

Élections municipales Round 1

 

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Il était une fois un adjoint à la fulgurante ascension. Homme affable, patelin tout autant qu’urbain, il était reconnu de tous pour son côté débonnaire, bonhomme diront ceux qui maîtrisent la langue française. Il faisait alors contre-poids avec des poids lourds de la mairie, personnages rugueux, cassants, autoritaires et souvent virulents. C’est ainsi que le tapis rouge se déroula sous ses pieds et qu’il devint, promotion alors méritée, député de la nation.

Sur des entre-faits, son maire et néanmoins complice d’alors fut mis à mal par une maladie sournoise le contraignant à passer la main. C’est tout naturellement vers le meilleur des siens qu’il se tourna, lui confiant son sceptre, dans un enthousiasme contrastant avec son état de santé des plus préoccupants.

Le vertige des hauteurs transforma progressivement notre personnage. Il se fit cassant, distant, hautain même affirmèrent certains de ses proches. Il est vrai que le pouvoir isole tout autant qu’il enivre. Il n’échappa pas à la griserie, se sentant pousser des ailes qui allèrent jusqu’à remettre en cause sa vie personnelle. Être ainsi sous le feu des projecteurs attire les convoitises, les inimitiés et les regards.

La vie eût été un long fleuve tranquille si quelques soubresauts n'étaient venus troubler la réussite de notre bon échevin. La loi sur le cumul des mandats le contraignit à choisir entre son siège de maire et la députation. Il y avait beaucoup à perdre dans l’affaire, il se vota une augmentation substantielle, il convient d’avoir un train de vie de sénateur pour briller dans la société locale au riche passé bourgeois, et se fit prince de la Métropole pour récupérer le lustre qui sied à sa grandeur.

Il eut alors son heure de gloire. C’est en effet sous son patronage que la comète Macron se mit en orbite. Lors d’un passage dans sa bonne ville, le pas encore candidat entendit des voix célestes, il allait sauver la France en boutant les partis traditionnels du paysage national. La longue marche du petit banquier débuta sous l’aile protectrice d’un échevin admiratif mais quelque peu circonspect.

Faire allégeance au nouveau monarque supposait de se brouiller avec son ancien mentor, fort heureusement remis sur pied. L’homme prudent devait préserver ses chances de conquérir par les urnes un poste qui ne lui fut échu que par passation de pouvoir. Il y tenait, c’était là manière d’asseoir véritablement sa légitimité en bon orléaniste qu’il est. Mais se retrouver le cul entre deux chaises n’est pas aisé pour qui veut conserver son trône.

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La suite prouva que se prétendre en communion de pensée avec le nouveau monarque sans pour autant adhérer à son mouvement, relevait d’une contorsion impossible. La grogne s’installa chez ses anciens amis, il se murmurait même qu’un terrible combat des chefs allait opposer l’ancien et le supplétif. Les rumeurs bruissaient dans la patrie de la chose.

Revenu à la sagesse, notre adroit et matois échevin trouva un nouveau subterfuge. Il sacrifiait son ambition municipale sur l’autel de sa grandeur nationale. Des négociations souterraines avaient lieu au Palais et à l'hôtel de ville. Le Monarque lui aurait promis, si l’on en croit les sources bien informées, une marocain lors du remaniement ministériel qui suivra les élections européennes, montrant ainsi son attachement pour les représentants du territoire, car comme chacun ne le sait pas, cette grande métropole symbolise à elle seule la France profonde. En contre partie de cet immense sacrifice, l’échevin laisse la voie locale à son prédécesseur.

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Des échotiers ont prétendu qu’en agissant ainsi, notre échevin de transition trouvait une issue par le haut à la crise qui couvait en sa bonne ville. J’avoue avoir un peu de mal à juger que ce coup de Jarnac soit de nature à élever la considération que nous, humbles citoyens, pouvons avoir de la chose politique. Au jeu des hypothèses nulles et non avenues, voilà bien un parfait exemple de ce qui dé-crédibilise les représentants de la nation.

Puis tout ce savant montage, soudain tombe à l’eau. La rumeur serait infondée, l’homme démentirait, ce qui habituellement n’est pas bon signe pour la gente politique. Il serait bien candidat en dépit des échos côtiers ; les rives de Loire bruissent souvent de propos évanescents. Voilà qui nous rassure, le jeu démocratique jouera peut-être le rôle d’arbitre dans cette querelle. Si combat de coqs il y a, autant que ce soit celui des anciens colistiers. La chose me réjouit d’autant plus que j’aime à me gausser, simplement pour le plaisir d’apporter une note discordante et grinçante dans un univers local peuplé de flagorneurs. Les hypothèses se suivent et demeurent suppositions oiseuses, supputations improbables, conjectures incertaines, extrapolations métropolitaines, pour le bonheur du bouffon de l’endroit.

Géométriquement sien.

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