À l’hôtel de la peau lisse

Les frais de robe du Marquis

 

Quand la farce est en marche

 

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Nous ne sommes jamais au bout de nos surprises dans ce petit village d’irréductibles maladroits. Il n’est pas question de chinoiser une fois encore, ni même d’aller chercher le gite du côté du Mississipi. C’est en bord de Loire que se déroule un nouvel épisode des aventures de l’échevin, l’homme qui défraie la chronique en dépit de son bilan et de sa bonne mine.

Tout a commencé quand il voulut quitter la chambre, craignant tout autant la défaite qui toucha son compère de l’époque que le surcroît de travail puisqu’il lorgnait sur une autre fonction. Refuser un mandat national c’est ne pas vouloir pantoufler, bien au contraire. Notre ami se fit pigeon voyageur, allant par monts et par vaux pour la renommée de sa cité.

Il avait acquis la confiance du Prince du Royaume, le bon Freluquet premier sans pour autant porter ses couleurs. Pour remercier ce nouveau vassal, le monarque accrocha à sa veste une rosette mettant en évidence sa bonhommie. Ce changement de mine lui donna des ailes, c’est sans doute pourquoi il lui fallait trouver nid douillet pour se poser lors de ses escapades.

Un soupçon insidieux vint jusqu’aux oreilles d’un canard sourcilleux qui fit écho de quelques interrogations. La tempête si elle ne déstabilisa pas un homme qui avait retrouvé une seconde jeunesse dans ce combat âpre le mit cependant en difficulté vis à vis de quelques anciens camarades qui piaffaient d’impatience de le déchoir de son trône. Il fallait qu’il se défende lui qui tenait la barre avait quelques soucis avec le barreau.

Il se tourna vers des gens de robe pour laver son honneur injustement sali par des allégations mensongères. C’est là le droit élémentaire de tout justiciable. Notre pauvre échevin avait cependant quelques soucis de trésorerie, des changements dans sa vie privée ayant mis à mal ses bourses, qui sonnaient creux, cru bon de faire payer sa défense par le budget municipal.

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Naturellement on lui reprocha cette démarche qui après tout n’est qu’une procédure normale puisque ce n’est pas l’homme qui est remis en cause mais l’échevin dans l’exercice de ses fonctions. La chose a cependant mis la puce à l’oreille à des enquêteurs qui voulurent l’entendre comme simple témoin. Dans la ville nombreux sont ceux qui firent des gorges chaudes sur cette curieuse coïncidence en pleine campagne électorale.

Nul doute que les persifleurs et les moqueurs vont saisir ce nouvel épisode pour jeter de l’huile sur le feu. Les gens sont si mesquins ! Ne voulant pas être en reste, j’apporte mon grain de sel, de plus en plus convaincu que le prochain scrutin a des relents si détestables que je m’interroge sur l’opportunité de faire un choix dans ce marigot.

Les uns et les autres nous régalent d’une profession de foi alors que justement tout ce qui se trame lors de cette détestable période indique aux braves citoyens qu’il n’est pas aisé d’apporter la moindre créance aux uns et aux autres. Il y a bien des anfractuosités insondables sur le cuir tanné de ces candidats loin d’avoir la peau lisse. Les uns et les autres seraient-ils à mettre dans le même sac ? Pourvu que ce ne soit pas un panier à salade !

Laissons s’achever cette farce. Les urnes rendront leur scrutin, avec je le crains, un vote qui se fera au petit bonheur la chance tant les honnêtes gens se sentent démunis et désorientés par la tournure de la farce. Je ne vais pas me faire ici l’avocat du diable, il faudrait encore mener l’enquête pour savoir à qui profite le crime et pour qui roule ce maudit diablotin. Je ne compte présenter la note à personne, voilà au moins une facture qui ne sera pas versée au dossier. Je retourne dans ma chambre froide, celle réservée à ceux qui ont un humour glaçant dans notre bonne ville.

Moqueusement leur.

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