Ils sabordent sciemment la démocratie.

Comment rendre une élection caduque.

Dites " 34"

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Rien n’est plus détestable que le double langage, les grimaces de façade que contredisent les actes véritables. C’est ainsi que nos bons démocrates, donneurs de leçons qui dépenseront des sommes conséquentes pour nous convaincre de voter lors des prochaines élections européennes, agissent en sous-main pour décourager le plus grand nombre à glisser un bulletin dans l’urne.

La stratégie employée relève d’ailleurs de la haute voltige. Nous devrions applaudir des deux mains aux exploits de ces artistes qui bénéficient de l’argent public pour saborder la Démocratie. Leur calcul est d’ailleurs des plus simples ; puisqu’ils deviennent de plus en plus inaudibles, qu’ils ont perdu toute crédibilité, il convient de décourager le plus grand nombre possible d’électeurs à commencer par les exclus de la galette, afin d’assurer leur élection par le seul vote des rares bénéficiaires de cette société de plus en plus inégalitaire et injuste.

En tout premier lieu, passer sous silence le plus longtemps possible ladite élection. Sa disparition des écrans radars permet d’ankyloser l’électorat d’autant plus aisément que le chef de bande assure le spectacle médiatique par des sorties innombrables et totalement en décalage. Faire diversion est un art dans lequel les partis de gouvernement ont toujours fait des miracles.

Puis, choisir un générique de nature à endormir toute curiosité. Les seconds couteaux n’étant pas de la partie : ils ont les dents longues et risquent de se faire une place au soleil, il convient d’aller quérir des têtes d’affiche totalement inoffensives pour les futures luttes intestines qui préoccupent davantage les appareils que l’avenir du pays. En la matière, pour les prochaines européennes, jamais ce procédé n’avait été poussé aussi loin.

La nouveauté cette fois réside dans une technique poussée à l’extrême cette fois : celle de l’éparpillement ventilé. L’accumulation délirante du nombre de listes vise à provoquer les réflexes de repli, de découragement et de renoncement. L’électeur qui vote en conscience et non le client inféodé à un clan, cherche à se faire une opinion, à effectuer le meilleur choix possible dans le contexte du moment. Devant 34 listes, il risque la migraine.

Qui espère tirer les marrons du feu ? Celui qui a fait de la fin du système ancien son credo, sa marque de fabrique, notre brave Freluquet. Fort de son matelas de privilégiés, de profiteurs, de candidats à la bonne fortune, de conservateurs retournés, de socialistes reconvertis, il escompte conserver la première place en dénaturant totalement le principe même du vote. Sa formule, qu’il a apprise de ses glorieux prédécesseurs en tout poussant le bouchon plus loin encore est empruntée à un de ses modèles : « Après moi, le déluge ! ».

Il agite un épouvantail fort commode puisqu’inventé par les caciques de la Politique. Mais cette fois, il a réussi le coup de force d’éliminer toutes les autres propositions, non pas en les supprimant, mais en les diluant totalement dans un maelstrom électoral sans consistance. Pour attester de ce brouet indigeste, le premier débat démontra à l’évidence la cacophonie de la chose. Les oreilles brisées par les élucubrations diverses, parasitées par les coupures des autres, le brave citoyen renoncera à se déplacer.

Malgré tout, notre stratège en destruction massive de la chose politique s’aperçoit que l’hydre belliqueux, la bête immonde conserve ses partisans tandis que les partis convenables ont été totalement laminés par sa stratégie funeste. Il prend peur, en appelle au sursaut des consciences pour éviter que le monstre termine à la première place. C’est un peu tard me semble-t-il puisque pour cela, il eut fallu au préalable ne pas caricaturer la Démocratie, ne pas détruire les partis, ne pas éparpiller l’offre électorale, ne pas avoir dénaturé la parole politique à commencer par celle du Chef de l’état.

La messe est dite, tout est en place pour un hold-up ou bien une catastrophe. Doit-on applaudir l’artiste ? Jupiter nous conduit tout droit en enfer. Hélas, tout ça ne rime à rien, c’est bien là le plus terrible dans cette farce lamentable.

Éparpillement sien.

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