La baguette ou la miche

Question de saveurs ou de valeurs ?

Une histoire qui sort du four

 

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Un gentil député éminemment naïf qui en dépit des tourments qui agitent la nation continue malgré tout de soutenir indirectement le pouvoir en place, se lance dans une grande opération de communication afin de brouiller les pistes, occuper les plateaux et sans doute éviter de faire un four aux prochaines élections législatives. Son cheval de bataille : la baguette de pain qu’il entend élever au rang de patrimoine mondial de l’humanité.

On pourrait en rire, d’autant que cet homme sandwich de la Macronie en déliquescence est le pourfendeur officiel et toléré de la grande distribution. Un bouffon dans les rangs, ça permet toujours d’amuser le bon peuple tout en lui évitant de rester sur sa faim. On ne donnera pas un os à ronger aux râleurs mais une bonne baguette industrielle afin de les préparer au pain sec des prochaines gardes à vue.

L’homme profite de son exposition médiatique pour distribuer des miettes aux pigeons. C’est une intention louable, il continuera son opération de propagande en envoyant des croûtons aux oies et aux dindons, oubliant que ce n’est pas leur rendre service puisqu’ils sont granivores. C’est justement ce que souhaiterait faire le bon peuple : casser la graine au lieu de se la péter. Je n’emploie d’ailleurs pas ce verbe en pensant à ce député qui en la circonstance est parfaitement sincère.

Qu’il veuille élever la baguette au rang de trésor national sans s’affubler d’un béret me semble quelque peu cavalier et de plus c’est faire oubli de la véritable histoire du pain. La miche a précédé la baguette qui est l’expression même d’une nation qui bascula dans une autre époque. On devine qu’en bon libéral, notre législateur mitron pense devenir le chef d’orchestre d’une partition qu’il entend jouer sans fausse note.

Je perçois cependant tous les écueils qui l’attendent tant sa tendre baguette est le plus souvent incapable de supporter les variations du temps. Elle ramollit ou elle durcit, elle se fait insipide et sans coloration. La demande de la clientèle penche désormais vers ce fameux : « Pas trop cuit » qui sonne le glas des fours à bois. Encore heureux si elle ne provient pas d’un pâton congelé. La baguette est devenue magique dans toutes ces chaînes de boulangerie industrielle qui font leur beurre sans en mettre beaucoup dans leurs fadasses productions.

Est-ce ce que souhaite mettre en avant l’arpette qui pense qu’en agissant ainsi il sortira le pays du pétrin ? On peut lui faire crédit de sa crédulité alors que nous devrions attendre de lui la réhabilitation de la belle miche. Imaginez alors combien son combat prendrait de volume, obtiendrait l’adhésion de tous les gros bonnets, recevrait le soutien de Margot et de toutes les charmantes boulangères.

Oui, c’est la miche qu’il convient de mettre en avant, de porter sur son cœur auprès des instances internationales. La miche et rien d’autre, un cri de ralliement qui ferait de notre trublion la vedette des prochains débats de l’assemblée. Ils ne manqueraient d’être croustillants, de craquer sous la langue et d’avoir sous une croûte épaisse, une mie dense et goûteuse.

Allons mon cher Richard, ressaisissez-vous. Oubliez cette baguette, ce pain en forme de bâton dont il conviendrait d’éviter le retour. Elle fut un temps le symbole du sandwich avant que celui-ci se mette au triangle afin de démontrer sa dangerosité. Et puis j’y pense, il ne serait pas bon de faire une scène ni même un coup de sang à propos de pain, un exemple précédent incite à la prudence. Laissons donc notre ami le député s’agiter une baguette sous le bras. Je ne serai pas son Judas !

Michement sien.

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