Le nez au milieu de la figure

Du tarin au pif

Soixante douze heures chrono

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Jamais se mettre les doigts dans le nez n'aura été autant imposé par un état dont le chef d'état prétend naviguer le nez en l'air pour mieux sentir le pays. Le tarin est devenu la clef de voûte sinusoïdale de la conviction vaccinale. Un curieux cheminement il est vrai pour aboutir, par « nasitude » ou désespoir, à se mettre une aiguille dans l'épaule.

N'ergotons pas sur tous ceux qui sont de mèche avec cette pratique qui fait d'ailleurs couler plus de morve que d'encre. L'histoire du nez gagne en la circonstance une nouvelle page glorieuse, qui clouera le bec, un temps seulement aux vers que nous sortons de la péninsule de Cyrano. Cette fois, le nez met les points sur les i, pour dénicher éventuellement le sournois virus qui aime à se cacher, en bon faux-jeton, dans les fosses nasales.

Si me sortir les vers du nez n'a jamais été chose compliquée, ayant même souvent un doute sur l'orthographe du mot en question, je me pique d'y avoir une belle palanquée d'individus qui s'y trouvent bien. Les avoir dans le nez jusque là ne me posait guère de soucis. Désormais je dois prendre en considération la santé de mes ennemis personnels pour ne pas risquer de me retrouver positif par leur entremise.

Mon pauvre blaze qui n'a jamais pu blairer les contraintes de toutes sortes, se voit ainsi visité toutes les soixante douze heures par des inquisiteurs jouissant de torturer un pauvre malheureux. Je suis ainsi dans l'obligation de le rendre présentable, de nettoyer ces deux écuries d'Augias qui abritaient jusqu'alors ma réserve de protéines, sous une forme de petites boulettes. J'ai à la crotte cette nouvelle imposition de l'état qui met le doigt sur mon excroissance faciale.

J'ai bien peur qu'à force d'être ainsi l'instrument ou plus sûrement la victime d'une fouille méticuleuse, mon cher tarbouif ne soit plus au milieu de ma figure. Je le devine aux tiraillements qu'il ne manque pas de me faire ressentir, qu'il a une forte envie de se tailler de là, de me laisser en plan, de me poser un lapin. Je vais avoir bonne mine s'il joue la fille des courants d'air, lui qui du reste avait la fâcheuse habitude de s’enrhumer pour un rien.

D'ailleurs mon naze m'a soufflé à l'oreille qu'il en avait ras le cache-nez de ces visites inamicales qu'il se farcit à intervalle régulier. Il a l'intention de se pincer ou plus encore de se boucher totalement pour faire obstruction. J'ai eu beau lui rétorquer que j'allais manquer d'air, il n'en avait cure, prétextant que tous ces curetages l'avaient irrité.

J'ai depuis quelques temps, vous l'avez compris des relations délétères avec ce qui fut jadis une belle devanture, un appendice dont j'étais fier de montrer les couleurs à la face du monde. Mon nez m'a dans le nez. La chose vous semble impossible et pourtant elle reflète une bien triste réalité. Il pend misérablement au-dessus de ma bouche qui réclame le droit de prendre le relais pour éviter un divorce définitif. Hélas le test salivaire n'est pas reconnu par des autorités si compétentes que le test anal risque fort de voir le jour avant.

De tout ça, je préfère ne pas en dire davantage. Je risque fort d'être traité de complotiste et d'être mené en place publique pour une ablation nasale qui me clouerait sur le pilori de la bienpensance sanitaire. Le nez en moins, comment émettre la moindre objection ni la plus petite remarque ? Il ne me resterait plus qu'à mettre un voile sur une face hideuse, à porter ma croix.

Je profite des mes ultimes moments de cohabitation avec mon brave compagnon pour renifler une dernière fois les doux parfums de la vie. Bientôt, l'existence n'aura plus de saveur, privé de mon guide, de mon radar, de mon phare. Sans mon nez, que deviendrai-je ? Qui osera encore me traiter de morveux ? Vous imaginez bien que je n'ai nullement l'intention de vous priver de ce plaisir…

Nasalement vôtre.

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