La course d'obstacles

Le monde merveilleux de l'hôpital public

À notre santé !

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Elle voue son temps libre à l’accompagnement d’un ami vers ce qu’on nomme aimablement le service public de la santé, manière d’exprimer avec élégance un établissement en manque cruel de moyens . Elle n’ose décrire par délicatesse, pudeur ou bien décence l’effroyable parcours au quotidien qui est le sien dans un hôpital théoriquement au service de tous. Je me fais ici son truchement maladroit, l'interprète de ses colères, dépits et incompréhensions face à ce système où l’humanité n’a plus guère sa place.

Elle accompagne avec ferveur et patience celui qui souffre et qui ne peut faire entendre sa voix. Pourtant, ancienne infirmière, elle ne peut accepter le mépris et l’indifférence qui prévalent désormais dans nos hôpitaux. Elle avait une toute autre opinion de son métier et elle entend faire valoir sa conception du service de santé en aidant au mieux son ami. Elle se débat pour qu’il soit soigné, pris en compte comme un humain, pour qu'il conserve sa place en dehors d’un simple numéro de dossier ou bien de carte vitale.

Tout pourtant est de nature à se compliquer, à rendre la vie impossible pour celui qui se bat contre la maladie, repousse l'inéluctable, réclame attention et soins. Le médecin qui prend en charge celui qui souffre va partir en vacances, une perspective sans doute joyeuse pour lui mais à coup sûr sans enthousiasme pour celui qui est en souffrance.

Le vacancier putatif se dédouane en affirmant qu’un confrère va prendre sa succession, qu’il n’est rien à craindre et que rien ne saurait entraver ici la louable espérance de soin. Elle croit naïvement ce qu’un carabin vient lui promettre afin de faire passer la pilule. Elle doit faire bonne figure pour tenir le cap sans prendre en compte la dureté du moment. Le temps passe, la promesse est vaine, elle ne voit rien venir et doit se résoudre à aller quérir le remplaçant.

Elle doit alors informer ce personnage qui n’a manifestement pas lu le lourd dossier. Il écoute, elle lui présente la gravité de la situation ; son ami malade se retrouve ainsi avec un confrère qui ignore tout de sa pathologie. Au début, le jeune médecin est formidable, une batterie de tests s’impose, le praticien ne ménage pas sa peine et les dépenses, du moins au début avant que de disparaître des écrans radars au bout de cinq jours.

Les résultats des examens ne sont pas communiqués, la dame s’en inquiète, d’autant qu’elle sait l’importance du bilan sanguin dans le cas de son ami. Elle doit relancer le bonhomme qui avoue qu’il doit approfondir le dossier puis découvre devant son interlocutrice que les bilans sanguins imposent une transfusion en urgence qui n’aurait pas eu lieu sans l’intervention de la dame.

Furieuse, elle entend dire par le personnel soignant qu’elle est arrivée dans une mauvaise période, que le service est chamboulé suite à la démission surprise d’un chef de service et qu’il n’y a pour l’heure qu’un seul médecin, intérimaire de surcroît, totalement débordé. Il y a de quoi ne pas être serein !

Douze jours plus tard, la situation n’a guère évoluée. La dame patience a dû remettre le couvert, retournant vers l’intérimaire débordé qui n’a pas vraiment suivi l’évolution du dossier. Une fois encore, sous l'instance de la dame, il consulte les analyses et se rend à l’évidence : une nouvelle transfusion s’impose encore ! Il y a de quoi se faire du mauvais sang dans pareil cas.

La suite sera hélas du même tonneau. Un jour, une infirmière entre dans la chambre du malade pour lui demander de descendre passer un IRM. Le malheureux est harnaché à un pied de perfusion, les couloirs sont un véritable dédale et bien habiles sont ceux qui ne s’y égarent pas alors qu’ils sont en bonne santé… Il s’en plaint au radiologue qui le renverra par la même procédure sans même faire appel à un brancardier. Les économies se font sur le dos des malades qui n’ont qu’à filer doux.

Les résultats deviennent alarmants. Le malade est au plus mal et personne dans ce service en plein naufrage n’est en mesure d’agir quand un médecin de passage décide de sa propre initiative de perfuser l’homme. La femme n’en peut plus de réclamer attention et respect pour son ami, elle s’est même entendue répondre qu’elle n’a qu’à aller voir ailleurs si les conditions de soins sont meilleures. Il est vrai qu’il doit être aisé de trouver mieux car dans ce service, personne ne fait la toilette du malade et c’est son amie, ancienne infirmière qui doit suppléer aux odieuses carences de l’endroit.

Les jours passent, immuablement ! L’intérimaire se décide enfin à transférer son patient dans un grand hôpital, reconnaissant implicitement son impuissance à lui venir en aide. Il lui a fallu presque un mois pour arriver à ce terrible constat. Sa phrase : « Ici, on ne peut plus rien faire ! Il sera mieux pris en charge à Pompidou » résonne encore dans la tête de la femme. Pareille incompétence et laxisme sont pour elle totalement inimaginables. Que se serait-il passé pour son ami si elle n’avait pas été si présente ?

Depuis, cet homme est dans un service adapté, avec des médecins formés à sa pathologie. Il n’est plus qu’à espérer qu’il parvienne à se remettre de son séjour dans un service en total déliquescence. La femme a signalé les faits à la direction du premier hôpital, évoquant à juste titre des faits de maltraitance médicale. Des mesures seront-elles prises ? Autant pisser dans un pistolet sans aucun doute, notre système de santé publique est si malade !

Témoignagement sien.

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