Du complot en général

La logique d’un système aberrant.

La rumeur élevée en système de pensée

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À toujours manier le mensonge comme moyen de gouverner, le balancier vous revient en pleine figure. Rien n’est plus crédible, tout est sujet à controverse. Chaque événement désormais passe au crible de l’improbable manipulation. Des experts en clairvoyance cherchent à la loupe des poils aux œufs afin de dénicher l’entourloupe, la manipulation, le biais qui permettra de dénigrer. La toile est l’espace du doute congénital à moins qu’il ne soit chronique et signe des temps de la décadence absolue.

Puisque le vingt et unième siècle devait se vouer à la spiritualité, tout est examiné sur la seule perspective de la croyance. Nul besoin d’examen des faits, d’analyse des données objectives, il suffit de se faire un avis, loin de l’opinion étayée. Je crois ou je ne crois pas est désormais la seule alternative pour l’opinion publique qui, à trop naviguer sur des chaînes d’informations, reine de l’immédiat, a perdu le goût de la réflexion.

S’émouvoir ou réfuter. Voilà la seule posture résolument moderne. Le cerveau a tellement adopté le vide sidéral qu’on s’évertue de lui proposer, qu’il se satisfait de l’émotion basique ou de la dénégation systématique. Bien sûr, chacun peut alterner d’un bord à l’autre de ces deux rives qu’/d' un flot ininterrompu d’informations qui seront autant de propositions à cette double possibilité.

Comme tout passe, tout défile bien trop vite pour fixer son attention, examiner les tenants et les aboutissants, repenser les faits dans un contexte plus large tout en tirant de son expérience et de sa culture, des compléments d’analyse, le quidam est poussé toujours plus dans cette spirale infernale de l’actualité spectacle.

Nier immédiatement l’information ou en faire un sujet d’angoisse, de peur, d’émotion ou d’enthousiasme délirant revient au même. Vous devenez sujet d’un fait sans raison, adepte d’une réaction sans mesure, pion dans la grande manipulation des communicants, eux-mêmes dépassés par le monstre qu’ils ont créé.

Sur les plateaux ou sur le terrain, les journalistes ne font plus leur métier. Ils se font simplement les passeurs de la peur, les pleureuses de service, les répétiteurs inlassables d’un message porteur d’angoisse ou d’hystérie. Face à eux, il y a ceux qui sombrent dans le délire ambiant, ils sont fous d'inquiétude ou bien ivres de joie, sur-consommateurs d’images et de sons qui n’apportent strictement rien à l’expression de la vérité. Il y a les autres, ceux qui repoussent la parole officielle, qui vont élaborer une théorie abracadabrante pour démonter les données exposées.

Le complot se nourrit alors de rumeurs, de choses tues, de données manquantes, d’intentions scabreuses, d’opportunités surprenantes. Il enfle, se nourrit des phantasmes, des frustrations, des colères d’un peuple devenu totalement exclu de la marche du monde. C’est l’autre versant de la gangrène qu’insinue une actualité déversée à chaud pour le seul besoin de faire du fric, de vendre des pubs ou de récolter de l’audience.

Les émissions spéciales, les caméras filmant le vide ou le désespoir, les micros qui se tendent vers des gens sous le choc, la place donnée aux images violentes qui tournent en boucle ou les propos affligeants du connard qu’on met sous les projecteurs, tout cela n’a d’autre but que de faire de vous des moutons apeurés qui vont se jeter dans les bras des bons bergers bien attentionnés. Quant aux complotistes, ils veulent vous pousser vers les prédateurs, ceux qui, tapis dans les coins obscurs, veulent vous convaincre que le pire est préférable à cette société devenue folle.

Deux versants d’une même idée : le peuple n’est plus à même de comprendre ni même de raisonner. Je crains que les journalistes n'aient depuis longtemps oublié d’être les médiateurs éclairés, les sages qui s’accordent le temps de l’analyse. Ils agissent dans la précipitation, le nez sur les téléscripteurs. Ils sont les premiers responsables de la naissance des complots, les marqueurs de la dégénérescence intellectuelle collective.

Théoriquement leur.

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