Naturellement participatif

La taille patron !

 

Il fait la course en tête ...

 

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Il m’est venu l’envie incongrue d’aller écouter la profession de foi d’un échevin en quête d’une première élection sous son nom. L’aventure n’est pas banale tandis que notre édile se propose « d’échanger ensemble », une formulation qui eut l’intérêt d’attiser ma curiosité. Pour ce faire, je me rendis naturellement si j’ose dire à la réunion publique sise dans mon quartier en un lieu que je découvrais pour la première fois : l’Argonaute.

Pour trouver l’endroit ce fut une affaire d’initié. Je fis le tour de cette grande structure aux usages aussi multiples que variés sans en saisir l’endroit par où rentrer. Nulle affiche pour avertir de la tenue de la réunion. Il est vrai que les habitants de ce quartier ne sont ni des électeurs assidus ni un cœur de cible pour notre homme. Après un tour infructueux, je me hasardai à suivre une jeune femme et sa trottinette. Dans le hall, nouveau jeu de piste, le grand raout se déroule-t-il en catimini  ? Au hasard j’enfilai l’étage et me retrouvai dans le Saint des saints.

Dix-neuf heures passées, l’exactitude est la politesse des rois, le candidat arrive en tenue décontractée. Il a tombé la cravate, a aminci sa silhouette, l’homme est prêt pour le rude combat de cette campagne fratricide. Un public bien loin des rumeurs du centre-ville s’installe, tout disposé à écouter sagement. Il est aisé de juger aux apparences ceux qui sont issus du quartier et la cohorte qui chaperonne le candidat. 19 h 05, le micro en main, notre impétrant prend la parole avec une faute de français inaugurale et quelques bredouillements. Par la suite, il maîtrisera parfaitement l’exercice, rendons-lui cette grâce.

« On est là pour construire ensemble Orléans ! Vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez ! » Un court monologue de cinq minutes ouvre le bal du Grand-Débat, une appellation inspirée sans doute d’une référence qui n’apparaît pas sur l’affiche. Puis c’est une chauffeuse de salle, une animatrice spécialiste de la démocratie participative qui prend le micro. Les présents sont conviés à poser des questions à l’oral ou bien par écrit. « La parole est à vous »

Immédiatement une intervention très précise sur une problématique d’aménagement. L’animatrice réclame d’autres questions afin de répondre ultérieurement (j’ai craint à ce moment-là qu’il s’agissait de noyer le poisson et d’oublier les questions embarrassantes. Ça ne sera pas le cas). La question suivante porte sur les transports. Troisième intervention, encore une question de terrain. Le candidat répond en démontrant sa parfaite connaissance du quartier et s’adresse personnellement à ses questionneurs. Il répond quand la question est de sa compétence et use du conditionnel quand elle échappe à sa responsabilité.

Le micro change de main pour la question sur les transports. Un conseiller départemental joue le rôle de l’expert. Le discours maîtrisé qui prépare l’idée que la gratuité ce n’est pas d’actualité. La tête de liste rebondit sur la tarification des transports en commun. Une nouvelle envolée de 5 questions dont une particulièrement ironique sur la présence d’un représentant du quartier dans la liste. L’animatrice synthétise d’une manière si plastique que ses interventions finiront par me paraître artificielles. Elle a sans doute été choisie pour détourner mon courroux sur un autre objet : pari réussi.

L’échevin répond d’emblée sur la question des passerelles puis évoque la Loire, « élément identifiant notre territoire, tout comme la forêt d’Orléans ». S’en suit un plaidoyer pour la dame Liger très précis pour des projets qui ne doivent pas rester lettre morte. Il en appelle aux acteurs de la rivière, j’aimerais qu’il ne m’oublie pas, ce qui est loin d’être gagné.

« Nous sommes réellement dans la démocratie participative » nous souffle mon sujet d’exaspération qui compte oublier une question. Elle est rappelée à l’ordre par le public pour que le sujet des ralentisseurs soit évoqué. Un nouvel intervenant prend le micro, quoi qu’il en dise, il ne connaît pas le dossier et constitue pour l’heure le maillon faible de la soirée.

Nouvelle série de questions, cette fois de nombreux doigts se lèvent. Un homme en colère prend le micro et se lance dans une série d’invectives. Son accent merveilleusement exotique rend cocasse son numéro agrémenté de quelques mots très familiers qui provoquent l’hilarité. Ces remarques sont pleines de bon sens, précises et vindicatives. L’animatrice lui retire le micro de la main pour calmer le jeu. Un nouveau citoyen se plaint des fraudes dans le tramway tandis qu’un dernier interroge sur la place des communautés.

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La dame à nouveau synthétise pour justifier son rôle. Décidément elle ne passe pas ! Le candidat, en comparaison semble débonnaire, il répond avec détermination à l’homme en colère. Les impôts n’ont pas augmenté. Cette fois, avec sûreté, il défend son bilan sur ce point précis. Il se meut à son aise dans la polémique, il est vrai qu’il a gagné en expérience en ce domaine suite à quelques dossiers brûlants qui ont émaillé son parcours.

Pour la mobilité, un nouvel intervenant, rédacteur du projet à venir, prend le micro. La communication change de forme. Une allure résolument décontractée, une coiffure en pétard, il adopte le ton juste, le débit parfait. Manifestement nous avons à faire à un communicant plus efficace que notre animatrice. Il est convaincant, posé, clair. C’est du grand art. Je perçois là, l’inspirateur d’une campagne fort bien pensée.

Une nouvelle série de questions d’un ami marinier qui évoque les difficultés liées à la versatilité de la Loire et les incivilités subies par les bateaux tout comme les problèmes de stationnement, son désir de construire un bateau pour recevoir des handicapés. L’adjointe chargée du quartier pour lui répondre dit son envie de construire elle aussi un bateau avec les habitants du quartier. Il est plus difficile de suivre le cours de son discours en dépit d’une sincérité incontestable. Au terme de sa longue tirade, il n’est pas aisé d’en tirer un enseignement.

Clairement une reprise en main s’impose, le candidat s’y colle. Il joue de la main gauche, celle qui ne tient pas le micro pour une communication non verbale déterminée. Sa gestuelle pour redondante qu’elle soit est plutôt rassurante. Elle cesse quand la question est plus délicate. Un geste parasite surgit, il se gratte le lobe de l’oreille en proposant de confier le sujet à un collègue. Plus tard, il reprend le micro de la main droite. Elle a sa préférence. Serait-ce un indice ? La main gauche se fait alors beaucoup plus bavarde. Fort des conseils en gestuelle politique, elle compte sur ses doigts, elle fait la vague, elle enveloppe le discours de courbes et de vagues apaisantes.

Les bateaux reviennent sur le débat. Curieusement la Loire est loin des précautions des habitants de l’Argonne, elle va pourtant monopoliser une grande partie des débats. Les habitants poliment écoutent ce dialogue qui ne les concerne pas. Il est temps de revenir au quartier ! Un témoignage brise ce ronron. Il est certes plus difficile à comprendre mais il représente véritablement la diversité et les soucis de la population de l’Argonne. Hélas, la Loire revient encore dans les débats par un autre questionneur tandis qu’un résidant revient aux questions essentielles de voisinage, aux nuisances sonores.

Pour les problèmes de logement, un nouvel intervenant répond précisément aux problèmes locatifs. Ce sont effectivement des préoccupations très personnelles qui supposent des réponses individuelles. C’est l'écueil de tels moments, la nécessité d’ouvrir les perspectives s’impose sans que ce monsieur qui tourne un peu en boucle ne soit pas durement remballé. Le candidat sentant la détresse de l’interlocuteur tient à lui répondre par la généralisation en s’adressant à lui. C’est très adroit et je dois l’admettre, humain.

Dernière série de questions. La salle devient bavarde, il faut dire qu’elle n’a cessé de se remplir au fil du temps. Deux questions très ponctuelles puis les derniers intervenants sont remarquables de distance en faisant des remarques qui s’inscrivent dans une volonté d’être écoutés. Le candidat prend la parole. Deux heures de débat, c’est un peu long mais il a bien tenu la barre. Les questions sont globalement abordées puis il convient de conclure par une tirade sur la fameuse démocratie participative, tête de gondole de la campagne à venir. Une nouvelle fois, c’est le grand communicant qui traite le sujet. Il y a véritablement du volume chez ce personnage, chargé d’écrire le programme.

La surenchère verbale de l’animatrice vient rompre ce climat serein. Sa voix trop poussée, son débit très rapide, sa tenue déplacée en un pareil endroit, ses impatiences, tout concourt à créer de l’exaspération. Pour sortir de ce piège, le candidat parachève la séance. Une conclusion très politique qui fait surgir des mots qui n’ont pas été évoqués par les questionneurs. Le développement durable pointe son nez, naturellement.

« Porter une ambition ! » C’est le cœur de la profession de foi du candidat, c’est la moindre des choses. La prise de distance est forcément politique. Le discours peut échapper à la compréhension. Il le sent et revient aux questions plus basiques. L’homme a fait des progrès. Je pense avoir compris qui lui a donné les clefs de la taille patron. Est-ce celui qu’il faut pour la ville ? Je n’ai pas à prendre position en cette soirée même si je ressors de là persuadé qu’il a une grande avance sur ses opposants et opposantes.

Débateurement sien.

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