Une pierre sans les patins.

Et un grand coup de balai

Ça c'est du sport

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Une fois tous les quatre ans, de curieux techniciens de surface s’invitent sur votre petit écran. Ils se glissent subrepticement entre les rois des acrobaties, ceux de la vitesse, les maîtres du palais/palet et les fondeurs armés d’un fusil et de deux bâtons. Ils viennent briser la glace tout en lustrant une surface parfaitement lisse, sans mettre de patin, eux qui pourtant, ont soigneusement nettoyé la place.

Petits diablotins anachroniques, ils usent encore d’un balai pour s’envoler, l’espace de quelques jets de pierre, sur les cimes d’une gloire éphémère. Ils rêvent d’un podium, d’une estrade pour gagner cette hauteur à laquelle aspirent tous les sportifs du monde. Eux, ils balaient devant leur porte, à l’ancienne, avec un petit ustensile sur lequel il n’est même pas possible d’accoler son coude.

Pour bien montrer que l’activité sort totalement du cadre habituel, elle se pratique en mêlant hommes et femmes dans une discipline qui jadis relevait de la seule responsabilité de la femme et qui paradoxalement n’est devenue mixte que cette année. C’est sans doute pour marquer l’évolution des mœurs que ces étranges balayeurs se démènent pour qu’une pierre aille au cœur de la cible.

Une piste de glace de quarante cinq mètres de long, un sol d’un blanc glaçant avec deux cercles un rouge et un bleu pour focaliser toute l’attention des fondus de la propreté. C’est la magie des jeux olympiques que d’ouvrir ainsi une fenêtre pour laisser entrer chez soi, le petit personnel de service. On se pince, on croit rêver avant de s’étonner de ne voir que, seuls des dignes représentants de la race blanche, sont ainsi en action.

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Ce n’est donc pas les équipes de ménage, il y aurait bien plus de diversité dans les origines. Nous sommes bien là devant le reste d’un sport de classe même si le balai pourrait nous leurrer. Il remplace agréablement ici la crosse ou bien le club mais nous sommes dans ces loisirs qui ne peuvent se concevoir ailleurs que dans des nations riches. Qu’importe, nous regardons, interloqués ou bien étonnés, les pierres glisser, tourner, se choquer, tournoyer, se poser au centre de la cible. C’est du grand art et un exercice absolument pas télégénique et pourtant, il fascine et vous laisse spectateur pantois d’une agitation étrange.

Le plus beau geste, celui qui laisse le spectateur médusé, est le lâcher de la pierre. Une génuflexion magistrale est en mouvement, une lente inclinaison vers la surface, la main tendue, agrippant par une poignée l’objet entre lequel le compétiteur met tous ses espoirs. Il glisse sur la surface, se tend mentalement vers sa cible et après un long dérapage, donne une petite rotation pour que les jeux soient faits.

La suite ne sera qu’une interminable glissade, accentuée par des balayages frénétiques afin de donner vitesse et trajectoire à l’engin devenu projectile virulent ou bien délicate offrande à la cible. On suit le souffle coupé, la lenteur et la majesté ont pris place sur la glace. Nul besoin de dopage pour le Curling, au moins là réside sa grandeur d’âme.

Bien sûr, vous ne risquez pas de vous retrouver en situation de dépendance. La prochaine fois que ce sport reviendra s’inviter chez vous, ce sera lors de la prochaine olympiade d’hiver, le temps nécessaire pour oublier les subtilités de son vocabulaire tout autant que les règles de ce qui est, il faut bien l’admettre cette curieuse activité sportive

Cette fois, je dois m’avouer vaincu, je n’ai pu aller au bout de ma page. Le sujet était trop ténu pour remplir ma mission. Fort heureusement j’apprends que la dernière pierre s’appelle le marteau. Une bonne manière d’enfoncer le clou en guise de conclusion.

Glissadement vôtre.

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