La grande confluence des influences.

Quand la Loire se jette dans le Yang Tse Kiang

Un cas d'école

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Les amateurs de la géographie classique vont y perdre une fois le nord et s’en trouver parfaitement déboussolés. La politique a des exigences que la logique ignore. La Loire va désormais se jeter dans le Yang Tse Kiang dans un grand élan d’abandon total, de mise sous tutelle, enchaînée qu’elle sera à cette immense puissance économique. Notre rivière a oublié qu’elle fut sauvage autrefois, elle se plie désormais à la volonté du grand ami chinois, se prosterne et accepte de se vendre sans vergogne, de se couler dans le grand fleuve jaune sous la seule volonté de sa capitale auto-proclamée.

Des personnes d’influence, des « influenceurs » comme ici on aime à les nommer, ont été triées sur le volet pour s’envoler avec pelles et pioches afin de réunir les deux lits. Ce sont les meilleurs d’entre-nous, des ligériens exemplaires et néanmoins remarquables qui savent faire courbette, compétence très appréciée dans ce grand Empire du milieu. J’avoue parfois ne plus savoir de quel milieu il s’agit, sans doute parce que je vois le mal partout.

Revenons donc un peu sur notre joyeuse colonie de vacances. Ils sont les éclaireurs de la pensée occidentale, les soutiens sans faille de l’échevin de Saint Berdolin sur Loire. Il convient ainsi de les choyer, les promener, les flatter pour qu’ils continuent de lui servir la soupe en déroulant le tapis rouge (encore la Chine) à chacune de ses initiatives. L’eau ne coule plus sous le pont Royal, elle a été détournée pour prendre le Cap à l’Est, nos amis de Louisiane apprécieront ce divorce si rapide …

Mais qui sont donc ces pionniers du grand bond en amont ? Des serviteurs zélés, des flatteurs adroits, de ceux qui savent toujours trouver le bon sens du poil et tressent sur du papier glacé les louanges du pouvoir local et quelques personnes qui n’ont rien demandé et servent de justificatif. Les premiers ont bien mérité cette récompense, l’obséquiosité reçoit sa juste rétribution, en nature ici, comme partout ailleurs, les seconds sont montrés du doigt, mis dans le même panier que les coquins. Nulle voix d’ailleurs ne s’élève dans la Métropole pour dénoncer la politique des privilèges, des arrangements, des passe-droits et autres coupe-files accordés avec complaisance à ceux-là et à quelques autres.

Soyons certains que les principaux heureux routards renverront l’ascenseur à moins que ce ne soit la passerelle - Je ne suis pas habitué aux voyages au long cours et j’ignore comment on atteint les sommets - Ils sont passeurs d’émotions frelatées, adorateurs patentés de la bergère de Lorraine, hagiographes officiels de la saga municipale, guides d’un tourisme qui ne trouve pas place dans la cité. L’influence de ceux pour qui l’opération a été menée est à la confluence de la soumission et de la compromission, de quoi naviguer en eaux troubles et y perdre son honneur tout autant que sa liberté de penser.

Il n’est pas question de passer à côté de la farce. Elle en dit trop sur les manières cavalières de gouverner par la bande, de favoriser toujours la coterie, de préférer l’entre-soi d’une caste méprisante et hautaine à la gouvernance pour tous tout en semant le trouble par d'astucieuses pirouettes. La cité des chiens mérite bien son surnom, ceux-là n’aboient pas ; ils mordent : de préférence les plus faibles, les exclus, les miséreux, les étrangers. Aller quérir quelques leçons de démocratie en Chine risque encore un peu plus d’aggraver la situation, on sait l’amour immodéré de nos lointains amis pour la justice sociale et la nuance.

Bon voyage donc aux influenceurs patentés, gens de valeurs et de grands destins. Nous applaudissons à cette nouvelle farce qui singe à notre petite échelle municipale les insupportables comportements présidentiels. J’attends avec impatience leurs reportages dithyrambiques, leurs récits enthousiastes, leurs reportages merveilleux sur le meilleur des mondes. En bons petits soldats d’un échevin en goguette, d’un homme qui assurera sa réélection en s’appuyant sur eux, ils cireront les pompes de leur maître et bienfaiteur. Ils ont été choisis parce qu’ils sont gens d’influence et de compromission, en d’autres temps, on eut évoqué les termes de propagande ou de réclame, ici ce n’est que la juste récompense des mérites. Les mots changent, la vassalité demeure tout autant que les flatteurs. Quant à ceux qui se retrouvent là par hasard, qu’ils ne se sentent pas visés par cette diatribe qui ne vise que quelques coquins, toujours en première ligne des privilèges et des cadeaux princiers.

Chinoisement leur.

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