Le petit jardinier

En quête d’un emploi

Conte du Duché d'opérette

 

ø Traverser la rue © C'est Nabum

 

 

Il était une fois un jeune homme passionné par le travail de la terre. C’est son grand-père dans un jardin ouvrier qui lui avait transmis cette passion. L’enfant grandit avec la volonté d’en faire son métier. Il s’orienta tout naturellement vers un lycée agricole. Son amour de la nature y trouva son plein épanouissement. Il obtint un beau diplôme, promesse de trouver rapidement du travail.

Hélas, les plus belles graines ne germent pas toujours. Le pauvre se retrouva rapidement le bec dans l’eau. Ne disposant pas d’un carnet d’adresses, de relations, n’habitant pas dans une région de maraîchage, il ne parvenait pas à trouver un travail selon ses compétences et son désir. Il se mit en quête d’un emploi en allant frapper à une grande porte, celle d’un palais de la République, là où il y avait un grand parc qui ne demandait qu’à nourrir les locataires de la place.

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Le gentil jardinier avait ouï dire qu’une journée portes ouvertes y était organisée. Il se mit en demeure de venir tenter sa chance, apportant dans un magnifique panier d’osier, tout son savoir faire, comme une succulente démonstration. Il apporta des poireaux, des carottes, des oignons, des navets, des pommes de terre, un superbe chou pommelé et des branches de céleri. Reconnaissons qu’il dénotait avec son chargement dans la longue file des curieux qui se pressaient devant les grilles du palais en cette journée du patrimoine.

Quand vint son tour, il se trouva devant un grand étal sur lequel, le locataire en titre avait étalé des colifichets, des gadgets, des babioles que des produits fabriqués en Chine mais pour sauver les apparences, bariolés aux couleurs nationales. Les caisses de cette grande et vaste demeure étaient vides. Les frais pour refaire la façade de la marraine du Panda grevant terriblement le budget de fonctionnement.

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Quand vint le tour du quémandeur, le plus courtoisement possible il proposa ses services au noble personnage, monarque de son état, qui jouait au camelot l’espace d’un direct à la télévision. Le vendeur de pacotille lui répondit vertement qu’il avait autre chose à faire que d’écouter les récriminations d’un quémandeur, la foule attendait, il convenait aux loyaux sujets de payer leur écot après les somptueuses dépenses de vaisselle de la première dame du Duché.

Le solliciteur saisit la remarque au bond. « Mon seigneur, quand on dispose d’aussi belle vaisselle, il convient d’y déposer les plus beaux légumes qui soient. Vous avez un grand parc dans lequel je me propose de produire selon votre bon plaisir ! » La remarque déplut à Freluquet qui lui fit remarquer que l’heure était au dégraissage des effectifs, à la restriction budgétaire en dehors des frais de fonctionnement de la cour. Qu’il aille au diable ou alors qu’il traverse la rue pour devenir cuisinier. La restauration cherche du personnel.

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Le jardinier ainsi éconduit n’avait d’autre solution que de suivre l’ordre qui émanait de ce noble personnage d’autant plus que les caméras et les micros avaient saisi ce dialogue. Tous les regards se tournèrent vers l’homme au panier. Qu’allait-il se passer ? La foule, toujours désireuse de croire aux belles paroles, voulaient savoir. Il y eut un murmure qui se fit plus pressant encore : « On veut voir ! »

Le garçon n’eut d’autre solution que de répondre à l’injonction du puissant. Il se lança dans l’aventure ! Sur cette chaussée, dans de grosses berlines aux vitres teintées, des passagers profitaient de la suppression de l’ISF pour porter leurs biens en Suisse ou en Luxembourg avant que les gueux contraignent le monarque à changer d’avis. Il fallait aller vite. Le pauvre piéton devait les éviter sous les acclamations d’une foule qui se croyait à la corrida.

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À mi-chemin, notre homme se figea sur le terre plein central. Il hésitait de nouveau. Les spectateurs lui hurlèrent des encouragements. Il reprit sa périlleuse traversée, fit un pas de plus vers le trottoir d’en face. C’est alors que le président d’une grande marque automobile, désireux quant à lui de mettre ses modestes économies à l’abri aux Îles Caïman passa à bord d’une camionnette blindée. dans sa course folle, le véhicule faucha le pauvre garçon qui était encore sur la ligne jaune.

La foule hurla. Le spectacle qui s’offrait à elle était abominable. L’homme et son panier avaient été réduits en charpie. Tous, horrifiés de se tourner vers celui qui était, à leurs yeux, responsable de cet odieux massacre. Freluquet, interloqué qu’on puisse ainsi s’en prendre à lui, sans se départir de ce ton hautain qui sied à la grandeur de sa fonction déclara alors : « Mais que me reprochez-vous là, méprisants vermisseaux. Vous remettez en cause ma parole de manière, il me semble, bien présomptueuse. Je n’ai rien promis d’autre à ce personnage que de devenir cuisinier s’il avait foi en ma parole. Cessez dans l’instant votre persiflage et admettez une réalité que nul ne peut remettre en cause. Je n’ai nullement manqué à ma parole. Vous pouvez remarquer tout comme moi, qu’il vient de réaliser là, la plus belle soupe de légumes qui soit ! »

Potagement sien.

fin

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