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Billet de blog 16 mai 2022

Pour que le soufflet ne retombe pas

Le piano à Grenelle.

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La cabale populaire ...

Il était une fois un jeune Prince brillant qui aimait à jouer du pipeau pour distraire les manants, les gueux et les crédules. Il parvenait à les envoûter un peu à la manière d'un charmeur de serpents sauf que c'est le musicien qui distillait savamment son venin. Si la chose n'était pas pour lui déplaire, elle le privait cependant d'un art qu'il maîtrisait à la perfection.

Il aurait aimé pouvoir associer la flagornerie et la démagogie à la douce mélodie de son petit instrument. Mais comment faire pour tenir joli discours trompeur tout en soufflant dans sa délicate petite flûte. Le problème semblait insurmontable et ses proches conseillers restaient le bec dans la bouche, incapables de trouver parade à cette difficulté.

Dans cette Principauté, quand un problème plus épineux que les autres met en échec les courtisans, le maître de céans n'a d'autre choix que d'en appeler à un cabinet conseil étranger, une officine fort coûteuse certes mais toujours de si bons conseils qu'un enfant eut pu les tenir si on l'avait consulté.

Les experts arrivèrent en nombre pour justifier leur colossaux émoluments. Ils demandèrent à examiner le problème lui confiant un flageolet afin de mieux sentir la problématique. Que l'instrument fût à vent ne fit aucun doute d'après le premier rapport remis par les doctes conseillers. Il n'était pas besoin d'être grand clerc pour le savoir même si en avoir confirmation est essentiel pour une gouvernance éclairée.

Il y eut même un de ces observateurs qui évoqua la possibilité de régler la crise du gaz Russe en généralisant l'usage du flageolet dans tous les foyers français. Sa proposition fit long feu et le pauvre garçon rentra tout péteux dans son pays d'origine. L'heure n'était plus à la plaisanterie. Du reste devant la gravité de l'heure, le Prince musicien se retroussa les manches, comme il aime si souvent à le faire.

C'est en voyant la chemise faire ainsi des plis désordonnés qu'un membre de la délégation eut une formidable intuition. Il se rappela le soufflet qu'il actionnait pour aider son fermier de grand-père quand il marquait les bovins au fer rouge. Il cria dans le Palais : « Mais bon dieu, c'est bien sûr ! »

Chacun de retenir son souffle tandis que le Prince cessa de jouer du flageolet, inquiet certes mais impatient de trouver parade afin de parler à son bon peuple sans se défiler. Justement, il y avait urgence, la situation était si tendue qu’un nouveau Grenelle de l'environnement venait d'être convoqué. Il lui faudra à cette occasion associer la berceuse et les propos anesthésiants.

L'homme cependant affirma qu'il lui fallait mener des recherches approfondies avant que d'exposer son idée. Il n'était pas certain de parvenir à ses fins. Le Prince lui octroya un pognon de dingue afin que cela fùt fait dans les plus brefs délais. Cette mesure serait la clef de la réussite de son règne, il en était convaincu.

Il y eut alors dans le pays un appel à innovation avec un cahier des charges très précis. Il était question d'un soufflet mécanique pour actionner des flûtes qui seraient sollicitées par des touches, libérant ainsi la bouche pour que le musicien puisse parler. Un petit luthier breton, un certain Benoît Le Tour Malin trouva bien vite le dispositif qui remplissait les impératifs fixés.

Ce fut le point de naissance d'un instrument à vent actionné mécaniquement qu'on appela bien vite le Piano à Grenelle car précisément à cette occasion le Prince en joua pour la première fois. Il en fit si bien, il embobina si parfaitement ses interlocuteurs entre mélodie aimable et propos enjôleurs que tous s'accordèrent sur des propositions somme toute parfaitement insignifiantes et inefficaces. L'essentiel étant acquis pour le Monarque et tant pis pour la Planète.

De ce jour, l'instrument fut nommé grâce à cette illusoire résultat et on l'appela « L'accordons-nous ! ». Puis l'usage prévalut, le peuple qui se rendant compte que le Prince aimait à mettre en application son nouveau gadget sur les réseaux internet accola le fameux « e » à ce vocable. C'est ainsi que le piano à Grenelle devint l'accordéon. Tout ça pour un souffleur de vent peu recommandable aux manches retroussées dans l'intention de détrousser ses sujets.

À contre-vent.

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