La pintade orgueilleuse

Au fil de la plume …

Chronique de la "volière" !

 

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Une pintade à l’ambition démesurée voulut quitter son humble condition. Vivre ainsi dans une basse-cour avait pour elle un côté dégradant, il lui fallait trouver oiseau à son goût pour voler de ses propres ailes et côtoyer si ce n’est les anges du moins les hautes sphères. La chose peut vous paraître surprenante mais elle est tristement réelle : même quand on dispose d’une paire d’ailes, il n’est jamais simple de s’élever dans la société, fut-ce celle des gallinacés !

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Elle  fit des œillades tout d’abord aux plus chamarrés des oiseaux de la contrée. Le faisan dont les couleurs tranchent si magnifiquement avec celles de sa malheureuse femelle, ternes et sans charme. Ne dit-on pas d’ailleurs en notre Sologne un mariage de faisan quand l’homme est le plus élégant ? Bien vite cependant la pintade songea qu’elle risquait, en ce terroir de chasse, d’hériter de plombs qui dans son cas iraient plus certainement dans l’aile que dans la tête !

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Elle renonça à ce premier projet jugeant plus prudent de jeter son dévolu sur un animal protégé. Elle y gagnerait en notoriété, jouissant par là même du prestige de son époux. Son appétit sexuel la poussa tout d’abord à lorgner du côté du paon. La demoiselle confondant sa doute la parure et l’organe, on peut lui pardonner cette gentille méprise. L’animal ne vit pas la demande sous un bon jour. Le choisir pour sa roue c’était courir le risque de se faire rouler tôt ou tard. Sans le savoir, le paon avait eu l’intuition des noirs desseins de la volaille quémandeuse.

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Le coq des bruyères fut à son tour sollicité. Il avait appendice fort prometteur quoique sa couleur ne fut pas à la hauteur des attentes d’une dame qui se désespérait de n’avoir que du gris et du blanc pour orner sa robe. Ce nouveau candidat repoussa une fois encore la requérante désirant toujours faire le coq alors qu’il devinait en sa solliciteuse l’envie de porter la culotte ou de lever la cuisse. Voulant s’épargner des prises de bec, il lui tourna le dos.

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Faute de grives on se contente de merles. La Pintade était lettrée, elle songea à ce proverbe de sagesse en pensant qu’il ne s’agissait pas de brûler les étapes. C’est d’abord dans sa basse-cour qu’il lui fallait trouver chaussure à sa patte. Il y avait là un jars ma foi un peu pataud, sans doute maladroit pour les choses de l’amour mais d’une fort belle réputation dans le quartier. Elle lui fit de l’œil et le malheureux se prit au jeu de ses simagrées.

Le jars et la pintade convolèrent. Maintenant que nous connaissons la fin de l’histoire on peut se demander s’il n’aurait pas fallu écrire ce verbe en deux parties séparées par un trait de désunion. Nul ne peut prédire l’avenir, le jars allait s’en mordre les griffes qui s’usèrent plus que nécessaire dans la pratique quotidienne de sa versatile compagne. Il y perdit sa réputation et plus encore l’appétit et le sommeil. Ne pouvant satisfaire à toutes les exigences de la dame, il tomba dans une profonde dépression aviaire.

La suite ne fut que conforme à ce que certains drôles d’oiseaux avaient rapidement envisagé avant qu’on les qualifie de mauvaises augures. La pintade remplaça le jars, c’est elle qui commanda à la basse-course laissant tristement déplumer. Devant l’état déplorable de son époux et n’y tenant plus elle le congédia sans ménagement. Le jars alla se réfugier en Sologne, une terre d'accueil pour les animaux de son espèce.

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La pintade se sentit soudainement libérée par ce qu’elle considérait être un poids, une entrave à sa progression sociale. Il lui fallait franchir le pas, quitter la basse-cour pour vivre pleinement ses espoirs et ses rêves de grandeur. Le hasard ou son obstinée chasse la mirent en présence d’un dindon qui allait bien vite devenir celui de la farce. Mais qu’importe, elle continuait de tenir les cordons de la bourse tout en vivant pleinement son rêve de grandeur. Le prochain de la liste risque fort d’être un cygne indien ou mieux encore Tétras Cupidon dont le nom recèle bien des promesses lascives.

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Je ne puis vous en dire davantage. Je me suis tourné vers le gentil jars pour le consoler et lui redonner cette amitié que sa compagne avait quelque peu empêchée. Désormais, moi le Kiwi du jardin zoologique je me suis pris d’amitié pour ce charmant compagnon. Nous évitons le sujet qui fâche pour nous contenter d’admirer les autres oiseaux de nos jardins histoire de nous changer un peu les idées. Moi, exilé de ma Nouvelle-Zélande Natale, lui chassé de sa basse-cour pour toujours. À défaut de se donner la main, nous aimons nous rendre au stade, assister à un match de rugby où des humains aiment à se voler dans les plumes. Nous trouvons cela réjouissant.

La Pintade orgueilleuse © C'est Nabum

Gallinacéement vôtre.

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