La Colère.

Vous allez rire Jaune

Ras la casquette et le gilet

 

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Le dix sept novembre la Colère sera à son comble, se parera de Jaune et descendra dans la rue, les campagnes et envahira les têtes. Quoique couleur chaude, un gilet très élégant exprimera la Colère froide d’une plèbe qui n’en peut plus d’être méprisée, rackettée, ponctionnée, bâillonnée et déconsidérée par des élites qui n’ont de cesse de se servir et de favoriser leurs amis au détriment du plus grand nombre. Il semble donc nécessaire d’expliquer un peu à ceux-là même qui ne veulent jamais rien entendre quand les propos viennent d’en bas, ce qu’est une saine et légitime Colère.

Il convient tout d’abord de briser une expression qui soudain fait recette dans les milieux autorisés à s’exprimer « la Colère serait mauvaise conseillère ! ». Voilà une belle distorsion d’une inquiétude qui ne dit pas son nom. Comment, les manants sont en Colère sans que personne ne les conseille ? Est-ce possible ? Alors immédiatement, ces gens importants cherchent qui peut être l’âme de la révolte, pour naturellement agiter un épouvantail devant ceux qui hésitent encore.

Les membres élus appartenant à des partis politiques, habitués à être les seuls à parler au nom du peuple, forts de la formule totalement obsolète : « Représentants du Peuple » ont depuis longtemps oublié que ce dernier était Souverain. Ils considèrent encore que la seule expression citoyenne réside dans le vote qui leur donne quitus pour de longues années de larcins, de mensonges et de tromperies manifestes.

Que ces gueux puissent se mettre en Colère sans que la moindre organisation propose, finance, encadre, voilà qui échappe à leur entendement. Alors ils font front, se retrouvent tous sur la même communication « On vous leurre ! On vous trompe ! Une organisation secrète est derrière tout ça, vous allez être instrumentalisés par des canailles ! » Accordons-leur au moins le mérite de définir parfaitement la nature même de leurs différents partis dans cette crainte, étayée par des dizaines d’années de pratique pour eux.

D’autres tentent vainement de Piquer (voler, détourner) non pas une mais La Colère du peuple. Soudain alarmés par la vague de fond qui va submerger le pays, le gouvernement annonce des mesurettes en déclarant : « On vous a compris! » Il convient naturellement de se méfier d’une telle affirmation qui dans le passé a toujours permis de nous mettre le nez dans la farine. Ce qu'ils font là est bien un vol manifeste du mouvement tout en démontrant par l’absurde que la saine Colère était légitime. Mais, ils ne peuvent s’empêcher de mentir en déclarant tout de go, « Que la Colère ne sert à rien ! » Allez donc leur expliquer qu’ils se gourent et vous récolterez comme d’habitude une réplique cinglante.

Pour montrer également combien ils sont droits dans leurs bottes et en dépit de leurs allégations mensongères : « Nous n’avons pas peur de cette Colère ! », ils multiplient les menaces, les mises en garde, les rappels à la loi, les promesses de sanction. Là, ils sont forts dans ce domaine, ce sont bien les seules promesses qu’ils soient en mesure de respecter, pourvu que les futurs punis ne soient pas de leurs amis. Ils mobilisent le bras séculier d’un pouvoir qu’ils ont confisqué pour brimer ceux-là même dont ils ont un jour lointain tiré leur légitimité.

Nos démocrates facétieux n’ont de cesse que de se gausser de cette Colère infondée, de ridiculiser son expression, de se moquer de son inorganisation, de pourfendre des manifestations qui ne sont pas déclarées en préfecture. Ils veulent du tangible, du sérieux, de l'homologué, du discernable et au lieu de quoi ils se trouvent face à du diffus, de l'impalpable, de l’insidieux et pire que tout d’un mouvement général, éclaté, national. Ils en perdent de leur superbe et se tiennent tous les coudes pour défendre la légitimité d’un état qui n’en a plus aucune depuis belle lurette.

La Colère n’est pas rouge ni noire, pas plus qu’elle n’est blanche. Ce n’est pas non plus une bonne Colère qui ne fera que passer avec quelques colifichets ou des chèques cadeaux. Elle est profonde d’autant plus qu’elle fait ressurgir le souvenir d’un référendum trahi par tous ceux qui disposaient d’un pouvoir : politiques, médias, intellectuels. Chat échaudé craint l’eau froide, les gueux iront jusqu’au bout cette fois !

Mettre un gilet, c’est une belle métaphore qui signifie à toutes ces classes politiques d’aller se rhabiller. Ils ont montré leur incompétence tout autant que leur vénalité. Ils sont corrompus, impuissants, serviles aux puissants, incapables d’agir sur la catastrophe planétaire qui nous menace, inconséquents, enfermés dans des logiques qui ne sont pas celles du peuple. Ils ont bien raison d’avoir peur, c’est la fin d’un système confiscatoire du pouvoir ! Cette saine et nécessaire Colère annonce la fin de l’acceptation docile d’un joug inique.

Colériquement leur.

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