Le terrain du Presbytère

L’aventure sous le regard de Dieu

Mon Pays d'en-France

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Juste derrière le Presbytère et l’église Saint Ythier, il était un endroit où nous aimions nous retrouver, un espace qui nous semblait alors un vaste terrain d’aventure alors qu’il n’avait la taille que de deux terrains de basket. Pourtant, il y avait là un charme tout particulier, une configuration inhabituelle dans notre Val avec ce mur de pierres, ces petits reliefs, ces arbres qui laissaient à croire que nous étions en un ailleurs, loin des adultes.

Tout avait commencé pour moi avec l’homme qui tenait le Familistère. À mes yeux de gamin de 6 ou 7 ans, c’était un géant débonnaire qui nous initiait au basket sur un terrain en terre battue. Le ballon était immense pour nos petites mains et les paniers, qui n’ont pas changé depuis cette époque si lointaine, semblaient inaccessibles.

C’est sans doute l’impossibilité matérielle de marquer un panier qui me fit quitter ce sport pour aller découvrir le football sur le terrain des Épinettes. Souvent nous allions chercher le ballon dans le fossé. C’était un terrain bosselé, sans limites précises. L’essentiel était ailleurs, nous savions que la ville allait s’équiper d’un beau et grand complexe sportif que nous attendions tous.

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Le terrain du Presbytère, nous le retrouvions à la moindre occasion pour des parties acharnées de foot avec un des sacs d’école pour délimiter le but de l’autre côté du poteau de basket. Nous quittions l’école pour nous retrouver là, entre garçons. Les filles jouaient sans doute ailleurs, c’était encore l’époque d’un développement séparé.

L’église elle aussi favorisait cette distinction. Nous étions nombreux à aller au catéchisme mais c’était uniquement entre garçons. Le terrain nous attendait après des leçons de morale que nous écoutions d’une oreille distraite. Pourtant l’abbé avait toute notre sympathie et devint bien vite un adulte référence avec lequel certains d’entre nous allaient vivre de nombreuses aventures.

Puis vint le temps du collège, de la mixité et des retraites qui précédaient les grands moments de la vie des catéchèses. Pour la première communion, la confirmation et la communion solennelle, nous quittions l’école pour une retraite spirituelle qui nous menait vers notre terrain préféré. Garçons et filles enfin réunis, nous rédigions de belles promesses vis à vis du ciel que nous oubliions bien vite quand nous nous égayions joyeusement sur cet espace magnifique.

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Il y en a eu des parties de chats perchés, des jeux du gendarme et des voleurs, des sessions de croquet et d’autres jeux qui se terminaient par des pique-niques ou des goûters et toujours des fous rires. Nous nous découvrions, nous nous sentions bien après des années de vie séparée. Les filles devinrent nos amies. Avec certaines, se constitua alors une complicité qui semblait alors éternelle.

Le terrain du Presbytère était encore notre piste de cyclo-cross. Quand je l’ai retrouvé pour écrire ce texte, j’ai demandé au curé actuel s’il acceptait de m’ouvrir la porte pour y prendre quelques photographies, j’avais bien du mal à croire que ce fût là que nous nous prenions tous pour des cascadeurs, affrontant une redoutable pente, nous envolant sur une bosse qui était la préfiguration des futures pistes de bi-cross. L’enfance se construit des rêves qui se moquent souvent de la réalité.

La fréquentation du Presbytère pour une petite bande ne s’arrêta pas à la grande communion. L’abbé Philippe était notre ami au point d’ailleurs qu’il finit par abandonner la prêtrise pour se marier avec l’une de nos amies. En ce temps-là, naissait sans doute leur passion sans que nous en percevions les prémisses ! C’était pour nous l’aventure d’un roman photo, de longues conversations philosophiques qui resteront à jamais dans nos mémoires.

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Les années lycées n’eurent pas immédiatement leur effet délétère. Notre amitié résista à nos destinations respectives jusqu’à ce que les premiers émois amoureux et les déménagements séparent le groupe pour toujours. L’enfance s’achevait, le terrain du presbytère n’était plus notre point de ralliement. Nous étions nombreux à quitter pour toujours Sully.

Puis les années passèrent, la mémoire semblait s’effacer ! Longtemps après, mes écrits sur mon village d’en-France firent écho, je retrouvai quelques amies de l’époque. Le temps semblait s’être aboli. Nous nous sentions en communion, porteurs de valeurs communes qui s’étaient façonnées en quelques lieux symboliques de notre enfance. Le terrain du Presbytère était de ceux-là.

Je ne peux vous décrire le bonheur que j’ai de retrouver ces camarades, le sentiment incroyable quarante ans plus tard de les revoir sans que rien n’ait changé. Nous étions encore en complicité, en connivence, en accord parfait. Nous avions grandi dans un univers préservé qui nous a façonnés pour toujours.

Spirituellement vôtre.

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